Quels risques comportaient les élections présidentielles au Venezuela ?

On la sentait compliquée, plus serrée que d’habitude. La présidentielle qui opposait Capriles à Chavez présentait tous les symptômes d’une élection à haut risque quel que soit le camp. L’un jouait sa crédibilité, l’autre son maintien au pouvoir. Derrière ce premier aspect s’entremêlaient une méfiance après le coup d’état de 2002 et un rééquilibrage des forces qui inquiète. Ce n’était pas seulement l’élection d’un président qui était en jeu, mais l’unité d’un pays qui aurait pu voir le scénario tourner à la catastrophe. Les élections terminées, les tensions s’apaiseront-elles pour autant ? 

Aucune garantie d’appaisement

L’UNASUR l’affirmait le jour de l’élection, tout est prêt pour que les élections se passent dans le calme et le respect de la démocratie. Comment ne pas le croire puisque le chef de la mission d’accompagnement électoral de l’UNASUR, Carlos Avarez, s’est entretenu avec les différents chefs de l’opposition ainsi que le candidat de cette coalition de droite -Capriles- et que tous ont souligné leur confiance dans le système électoral vénézuélien. Carlos Avarez a même obtenue un promesse de la part de Capriles : celle de respecter quoi qu’il arrive les résultats du 7 octobre.

Ouf, la démocratie fonctionne bel et bien au Venezuela et la victoire de l’un ou l’autre des camps se fera sans heurts ! C’est ainsi que l’UNASUR rassurait les pays voisins pour qui l’élection aura une importance sur l’échiquier politique régional.

Derrière une naïveté évidente de l’UNASUR, en était-on si certain ? Rien ne laissait présager une élection apaisée. Plusieurs responsables du PSUV l’affirmaient eux-mêmes, « nous respecterons le résultat des élections puisque Chavez sera élu et qu’il n’y a aucune autre issue ». Il semble que le chemin harmonieux d’une douce victoire de l’un ou l’autre des camps se trouble. Du côté de l’opposition rien n’indiquait un climat de confiance non plus : Leopoldo Lopez et Julio Borges, tous deux responsables de la coalition expliquaient n’avoir aucune confiance quant au déroulement de ces élections. Ils ajoutaient également ne pas pouvoir contrôler une possible escalade des violences si jamais la voix du peuple n’était pas respectée. Un discours qui rappelle étrangement les évènements de 2002 qui avaient débouché sur un coup d’état dont Hugo Chavez était finalement sorti victorieux. L’opposition avait manipulé la foule dans un vaste plan détourné de la réalité afin d’éloigner Chavez du pouvoir.

Comble des tensions, la rumeur courrait d’une manifestation prévue pour le dimanche 7 octobre à 16h dans les rues de Caracas afin de fêter la « victoire du camp Capriles » avant même les résultats puisque les bureaux de vote ne fermaient qu’à 18h et et que les résultats ne seraient rendus publics que quelques heures plus tard. Le camp chaviste se méfie d’une manifestation qui pourrait rapidement être détournée en coup d’état et chaque rumeur est prise au sérieux. Les cicatrices du coup d’état de 2002  sont toujours palpables.

Une coalition conservatrice qui jouait gros

 

L’opposition était parvenue en 2002 à renverser temporairement Hugo Chavez avec l’aide des médias privés

Pourtant, un scénario semblable à celui de 2002 était peu probable. La droite s’est reconstruite autour d’un seul candidat pour la première fois depuis l’accession au pouvoir de Chavez. Elle a subie une longue traversée du désert décrédibilisée par le coup d’état et affaiblie par son refus de participer au débat parlementaire, laissant l’Assemblée Nationale aux mains du PSUV de Chavez. Il n’est pas sans rappeler que Chavez à l’art de brandir le risque d’un coup d’état à chaque moment de tensions. Manipuler la foule dans l’optique d’un coup d’état qui aurait de fortes chances d’échouer serait suicidaire pour une droite qui paye encore les conséquences de ses actes.

L’opposition n’a pas hésité cependant à utiliser certains documents falsifiés pour parvenir à sa fin, comme l’utilisation d’un rapport médical soulignant « des prévisions peu optimistes devant la gravité de la maladie ». L’hôpital de Gregorio Maranon et le service de santé publique de Madrid ont affirmé n’avoir pourtant jamais soigné le président vénézuélien. La santé du président étant l’un des enjeux de l’opposition qui aimerait convaincre ses partisans que son cancer l’empêcherait de gouverner. Les conservateurs ne seront pas parvenus à prouver l’état de sa maladie (toujours tenu au secret).

L’inconnue militaire

N’allons pas croire que les chavistes soient des enfants de cœur pour autant. En effet, depuis le coup d’Etat de 2002, Chavez a créé des groupes paramilitaires qui ne dépendent que du pouvoir présidentiel. Une sorte de contre-pouvoir qui ne dépend d’aucune institution militaire mais qui a justement pour but de contrebalancer le poids de ces généraux impliqués dans la tentative de putsch.

Crées en réponse au coup d’état de 2002, les milices bolivariennes ne sont contrôlées que par le pouvoir chaviste. Qu’adviendra t-il le jour où le chavisme commencera à perdre des élections majeures ?

Les « Tupamaros » est le nom de code de ce groupe de paramilitaires, véritable bras armé de la révolution bolivarienne, dont leur nombre ne cesse de croître depuis dix ans en dehors de toute juridiction.

Lorsque leur chef -Alberto Carias- explique qu’ils affronteront s’il le faut la manifestation de 16h, il n’hésite pas à souligner que les tupamaros sont « préparés et bien armés ». « S’il y a de l’agitation dans la rue, nous mettrons notre capuche puis nous sortirons les armes« . Il prophétise : « si l’autorité électoral déclare Capriles gagnant, nous passerons à la résistance active. Capriles aura à faire face à un peuple agité et mobilisé« .

Vous l’aurez compris, le calme pour ces élections n’était pas une chose gagnée d’avance. Les élections terminées, un problème persiste : le poids des Tuparamos. Rien n’exclue qu’ils ne viennent à s’immiscer un jour dans le débat électoral. On ne pourra alors plus exclure une intervention de l’armée qui n’a jamais vraiment bien vécu la création d’une institution militaire parallèle qui lui fasse concurrence, bien qu’aujourd’hui encore les principaux cadres de l’armée soient chavistes.

Lafarge Florian

http://www.abc.es/20121003/internacional/abci-honduras-investiga-donacion-chavez-201210031011.html

http://www.abc.es/20121004/internacional/abci-plomo-chavez-capriles-201210041155.html

http://www.abc.es/20121005/espana/abci-chavez-batasuna-201210042052.html

http://www.vtv.gob.ve/articulos/2012/10/05/oposicion-venezolana-aseguro-a-unasur-que-aceptara-resultados-del-7-0-6856.html

http://www.rctv.net/index.php/2012/10/03/es-falso-el-parte-medico-espanol-sobre-la-salud-de-hugo-chavez/

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