Les agrocarburants au Brésil : une initiative verte aux dérives inquiétantes

Produit à partir de la canne à sucre, l’éthanol est présenté comme  la nouvelle alternative « verte » du carburant. Son exploitation est sujette à controverse du fait des dérives environnementales et sociales de sa production. Si celui-ci est très populaire au Brésil, contrairement aux idées reçues, un agrocarburant peut être une menace pour l’environnement. Explications. 

État des lieux, décryptage.

L’éthanol comme biocombustible est donc un atout pour le Brésil qui se veut la nouvelle Arabie Saoudite du carburant vert, et défend le projet de l’éthanol comme viable dans d’autres régions. L’Afrique notamment, où le climat est propice à la culture de la canne à sucre ; le combustible vert y serait un moyen d’atteindre une forme d’autosuffisance et de visibilité sur la scène internationale.

Produit dérivé phare de la production d’éthanol ; la voiture « flex-fuel » a été mise au point en 2003 par la firme allemande Bosch de Volkswagen dans sa filiale de Campinas (SP). Ces voitures sont composées de moteurs « polycarburant » : le consommateur choisit alors son carburant au moment du plein. Il est libre de s’adapter aux fluctuations du marché puisque la rentabilité de ce projet ne va de pair qu’avec les prix élevés du pétrole. Aujourd’hui, 90 % des voitures brésiliennes sont « flex-fuel ».

Implications agricoles et environnementales : le revers de la médaille. Le Brésil a développé l’éthanol à grande échelle mais la monoculture de la canne à sucre est une alternative coûteuse aux carburants fossiles.

Si depuis 1975 le Brésil fait des efforts sur le rejet de CO2 dans l’atmosphère, – 960 millions de tonnes en moins dans l’atmosphère, la qualité de l’air est d’ailleurs devenue respirable à São Paulo – la question des ravages de la monoculture et des techniques de récolte contrebalancent fortement les premiers bilans positifs.

Les monocultures détruisent les agro-écosystèmes traditionnels et accélèrent le processus de dégradation des sols ; la concentration des terres bouleverse l’équilibre environnemental et social. La paille de la canne à sucre est actuellement brûlée avant la récolte. Or, cette opération libère du gaz carbonique, des substances cancérigènes chargées en nitrogène et en souffre, responsables de pluies acides. A cela s’ajoute la pollution due aux pesticides et aux fertilisants qui,  lors des pluies, se déversent dans des cours d’eau proches des exploitations et contaminent les nappes phréatiques en l’absence de traitement. Elle compromet également la survie de nombreuses espèces aquatiques.


Problématiques sociales

Autre paradoxe clé de ce système économique qui se veut alternatif et porteur d’avenir : les conditions de travail, proches de l’esclavage. La vie quotidienne, précaire, de la plupart des familles de travailleurs, se résume à trimer pour des salaires misérables – environ 200 euros par mois, cela dépend des rendements journaliers et du bon vouloir des contremaîtres – et des logements en villages dortoirs sans confort ni même décence.

La mécanisation, encore minoritaire, s’avère être le principal objectif du gouvernement dans les prochaines années. Si elle promet ainsi une amélioration des risques environnementaux, celle-ci  serait cependant synonyme d’une perte d’emplois. L’extraction de la canne à sucre emploie plus d’un million de personnes au Brésil. 52 à  64 % des emplois directement impliqués dans ce secteur seront perdus à cause de la mécanisation. De nombreuses familles sont dépendantes de ce travail dans les champs. La reconversion des travailleurs victimes de la mécanisation et une juridiction stricte réglementant les conditions de travail dans les plantations de canne à sucre doivent être pensées dès maintenant. Un vrai défi pour qui veut s’affirmer premier producteur d’éthanol, « l’essence de l’avenir ».

Agro ne veut pas dire bio ; et pourtant le Brésil veut à l’avenir exporter son modèle énergétique et agricole.

Selon l’Inra (Institut national de la recherche agronomique), l’utilisation des biocarburants agricoles  ne réduirait finalement que de 3 % les importations de pétrole.

L’équilibre consisterait à augmenter la production d’agrocarburant afin de répondre à l’urgence environnementale et à la nécessité d’économies chez les consommateurs. Cette production doit impérativement être orchestrée en fonction de la disponibilité des terres cultivables afin de ne pas bouleverser la sécurité alimentaire ou d’accélérer le processus de déforestation.

Le Brésil a toutes les cartes en mains. Récemment classée 6ème puissance économique mondiale devant l’Angleterre, la découverte de nouveaux gisements d’hydrocarbures pourraient renforcer ses ambitions de nouvelle puissance. Ces enjeux pétroliers remettent fortement en question la problématique « verte » des agrocarburants. Il lui reste désormais à  réussir le pari d’allier potentiel économique, respect des droits fondamentaux humains et gestion durable d’une terre, en adéquation avec sa quête de légitimité et de reconnaissance internationale.

 

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