Yasuni ITT, les enjeux d’une « idée un peu folle »

Yasuni ITT, les enjeux d’une « idée un peu folle »

Voir aussi ce lien sur le sujet : Yasuni ITT une petite explication

Au festival Festiv’arts, la salle est presque vide. Pourtant, Marlène, étudiante, a des étoiles plein les yeux. Elle va pouvoir diffuser son « cadeau » aux étudiants de Grenoble, elle va leur parler de Yasuni, une idée un peu folle, une idée qui fait rêver.  Elle va diffuser un documentaire «  Yasuni ITT, une idée simple et révolutionnaire » Il s’agit de relativiser la conception déjà dépassée du « deus ex machina » par la notion du « Sumak Kawsay » en langue indigène, ce fameux « buen vivir » qui réconcilie l’homme et la nature et protège ses droits comme le fait l’Équateur dans sa constitution de 2008.

Ainsi, Yasuni est le produit d’une autre idée, celle que nous avons une « coresponsabilité » vis-à-vis de la nature, que les pays du « Nord » et les pays du « Sud » ne sont pas opposés dans le développement, mais doivent être complémentaires, que le développement d’un pays ne passe pas uniquement par l’extraction de ses ressources mais au contraire s’inscrit dans un cadre général qui profite à tous. Finalement, cette idée, ce film peuvent se résumer à cela ; comment faire pour changer la conception « occidentale » du développement ?

Voir ce documentaire, c’est suivre un chemin initiatique, celui de la mise en oeuvre de ce projet qui doit faire face au scepticisme vis-à-vis de sa nature. Il bute sur deux obstacles majeurs qui renvoient aux concepts occidentaux de la gouvernance écologique: que ce projet constitue un précédent pervers  et les garanties à y apporter.  Tous les pays ont bien sûr besoin de pétrole pour faire fonctionner leur économie. Encourager ce projet serait un dangereux précédent à d’autres exigences ; que faire si d’autres venaient à réclamer un droit à une compensation financière pour ne pas exploiter leur pétrole ? Ne serait-ce pas un retour au registre passéiste de l’écologie culpabilisatrice posant des ultimatums ?

Heureusement, Yasuni se veut fédérateur et exclut toute idée de reproduire ce précédent au Moyen Orient par exemple. L’idée même de ce projet n’est pas la non-exploitation du pétrole mais plutôt la préservation de la riche biodiversité du parc Yasuni ( une des cinq zones les plus riches en biodiversité au monde).  Il s’agit de créer des « bons Yasuni ITT » d’une valeur unitaire de 50 000 euros, gérés  par un fond(s) fiduciaire et administré par le Programme des Nations unies pour le développement [Pnud], créé en 2010.

En 2011, les contributions ont atteint 100 millions de dollars, soit 20% de plus que le minimum requis par Rafael Correa pour la poursuite du projet, soit  80 millions.

. « Les premiers des quatorze pays contributeurs ont été l’Italie (35 millions d’euros) et l’Espagne (6 millions), par remises de dettes publiques. Depuis 2011, le fonds est aussi ouvert aux entreprises, et aux citoyens. » Si l’Équateur décidait malgré tout d’exploiter le pétrole, l’intégralité de cette somme serait reversée à ses contributeurs. En d’autres termes, l’Equateur demande au Nord de compenser sa dette écologique en participant à la gestion d’un bien public mondial en apportant des fonds, en échange, l’Equateur pourra conserver son milieu environnemental unique, absorbant une partie du CO2 excédentaire.

Le film s’achève, l’audience applaudit, les participants, un public jeune, engagé et plutôt porté sur l’alter mondialisme, ont communié autour de cette belle idée, ils veulent être inspirés par l’Amérique Latine qui est pour eux le continent du devenir, qui leur offre de nouvelles idées. Ils rappellent que Mélenchon, candidat pour le « Front de Gauche » aux présidentielles, a mentionné Yasuni dans son programme « l’humain d’abord ». Hélas, et c’est peut-être la faiblesse de ce projet, il ne touche qu’une minorité informée,  déjà sensibilisée à son message.  La communication du « Sud » peine à toucher les habitants du Nord.

C’est aussi un projet de communication qui permet au président soutenu par une mouvance écologiste de faire face à la contestation grandissante qui a lieu dans son pays, y compris par les organisations indigènes, où la population a besoin d’une union nationale pour se rassembler. Bien que l’Équateur soit exportateur net de pétrole depuis 40 ans, 83% de la population est opposée à son extraction à Yasuni. Pour le moment, il soutient le projet, après tout, les prochaines élections sont en février 2013…

 La discussion s’achève, les gens ont le sourire, ils savent bien que Rafael Correa a un discours ambivalent soumis à l’exigence contradictoire de l’économie et de l’écologie qu’il peine à allier.Les nécessités d’aujourd’hui peuvent parfois s’imposer aux besoins de demain.  Les participants  estiment que l’idée a besoin de toutes les bonnes volontés, que l’on n’est pas un écologiste de naissance mais qu’on le devient.  Aujourd’hui, de nouveaux écologistes rejoignent ce combat pour l’avenir de notre terre, et cela on le doit à Yasuni, une idée un peu folle, une idée qui fait rêver.

Photo et Texte par Thomas Mal

Pour plus de détails sur ce projet Yasuni et ce documentaire, vous pouvez vous rendre à l’article « Yasuni, petite explication » sur ce même site.

Quelques vidéos sur le sujet :

http://www.youtube.com/watch?v=2wupxTj7534: petite explication du projet

http://www.youtube.com/watch?v=ba5088TR5NE: sur la biodiversité du parc

http://www.youtube.com/watch?v=XWf2bA2YOc4: sur la communication Yasuni

http://www.youtube.com/watch?v=1n1cPGjo6Z8: Yasuni et le sommet de Rio+20

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