Le chavisme sans Chavez ?

Soirée à rebondissement, le Venezuela se rappellera longtemps de la nuit du 8 décembre 2012 comme étant celle de la mise en place d’un chavisme sans Chavez. Qu’il sorte indemne de la maladie ou non, le pas est franchit, le Venezuela entre dans une nouvelle ère de son socialisme bolivarien.

Le Président Chavez désigne Nicolas Maduro comme son dauphin

A annonce exceptionnelle, flash exceptionnel. Toutes les chaînes vénézuéliennes interrompent leurs programmes et laissent place au décor bolivarien du palais présidentiel de Miraflores.

Côté cuba, les habitants de l’île se demandent pourquoi leurs programmes sont également coupés pour laisser apparaître Hugo Chavez, un président qui n’est pas le leur.

Chavez s’excuse de s’exprimer à une heure si tardive et rappelle lentement les bienfaits de sa politique. L’introduction est lourde, longue et Chavez ne semble pas sûr de lui. Soudain le président récemment élu lâche la phrase qui va changer le ton de la soirée : « Heureusement pour le pays, la révolution ne dépend pas d’un seul homme ». Une expression que l’on doit désormais entrevoir comme un premier aveu de faiblesse et l’indice de possibles lendemains sans Chavez. Jusqu’ici, le président avait toujours assuré être capable d’assumer la direction du pays. Sa maladie, véritable enjeu du scrutin présidentiel était selon les informations officielles une histoire ancienne, ou du moins, Chavez était en voie de rétablissement.
L’annonce tombe comme un véritable couperet quelques minutes plus tard : « A cause de quelques autres symptômes, nous avons décidé avec l’équipe médicale d’avancer les examens (…) et, malheureusement, dans ce bilan exhaustif, est apparue la présence de quelques cellules malignes récentes Il est absolument indispensable que je subisse une nouvelle intervention chirurgicale et elle doit intervenir dans les prochains jours.Les douleurs sont assez importantes, je suis un traitement à base de calmants. Je dois retourner à la Havane demain. » Puis il remet de manière officielle sa demande d’absence présidentielle pour une durée supérieure à cinq jours au Président de l’Assemblée présent également.

Chavez, fervent catholique, sort de sa poche un crucifix et confesse son lien avec le Christ et le sentiment d’avoir vécu de miracles en miracles : « C’était comme un miracle d’arriver jusqu’ici, dans cette maison du peuple. » (ndlr le palais présidentiel)

Soucis de transparence ou adieux cachés ?

 Dans un style paternaliste, Chavez explique un fait indiscutable : toute opération présente un risque. Il présente alors le petit livre de sa constitution bolivarienne et présente l’article 233 qui sera au centre de l’actualité du Venezuela pour les prochaines semaines. Si le Président n’est plus disposé à assumer la présidence, le vice-président devra convoquer de nouvelles élections présidentielles. Chavez appelle alors officiellement, et avec émotion dans sa voix, ses partisans à voter pour son vice-président Nicolas Maduro.

Alors transparence ou adieux cachés ? On peut s’interroger, car Chavez précise avoir nommé de nouveaux ambassadeurs dans la nuit précédent l’allocution et à la veille de son retour pour Cuba. La nomination d’ambassadeurs est généralement le signe d’une passation, de dernières volontés politiques et de dernières récompenses pour des partisans proches. Ces nominations pourraient entrer dans ce cadre.

Mais alors quel était le calcul politique de Chavez ? Pourquoi se présenter aux élections présidentielles s’il savait qu’il n’irait pas au bout de son mandat, générant inévitablement de nouvelles élections ? Soit, comme il l’affirme, sa santé présentait des signes positifs et cette rechute est effectivement une mauvaise nouvelle pour le PSUV. Soit il s’est présenté pour éviter les confrontations internes au parti, éjectant de fait les bolivariens les plus radicaux comme son ancien vice-président pour les remplacer par des hommes plus conciliants. Dernière hypothèse, Chavez espérait que son corps ne le lâcherait pas avant 4 ans (ce qui n’aurait pas provoqué de nouvelles élections puisque le vice-président remplace le président pour les deux années restantes).

Qui est Nicolas Maduro ?

Actuellement vice-président du Venezuela, il fut durant six années le ministres des relations extérieures et Président du parlement. Ancien chauffeur de bus et leader syndical, Maduro a connu Hugo Chavez alors qu’il purgeait sa peine après le coup d’état raté. Sa femme, Cilia Flores, avocate, était chargée de sa libération. Il fonde alors MVR avec le futur président qui jette la base au futur PSUV. C’est l’un des hommes de confiance du Président et l’a accompagné de nombreuses fois dans ses voyages à Cuba, il fut régulièrement le seul dans la confidence.

Lors de la conférence télévisée de ce 8 décembre, Chavez l’a décrit comme « un leader jeune avec les meilleures qualités pour continuer, avec sa main ferme, avec son cœur d’homme du peuple, il continuera à diriger avec le peuple toujours. »

Un avenir flou

La possibilité d’une disparition de Chavez est une catastrophe pour le PSUV qui a toujours misé sur sa personne et sur son charisme. Alors que Maduro est décrit comme une personne peu sûre de lui-même, peu charismatique et piètre orateur, le spectre d’une nouvelle élection présidentielle dans un délai de 30 jours a de quoi inquiéter le camp chaviste. A l’inverse, l’ancien opposant à l’élection présidentielle, Capriles est parvenu à gagner ses galons, à convaincre et à apparaitre comme un présidentiable : une première pour les partis conservateurs depuis dix ans. En le désignant de manière aussi claire, Chavez espère que ses électeurs se rabattront de manière spontanées sur son fils idéologique. Rien n’est moins sûr, le camp chaviste est de plus en plus contesté au point que même Chavez a vu son influence s’effriter. Si la personnage de Chavez n’est plus incontesté, il y a fort à parier que les prochaines élections seront bien plus dures pour le PSUV qui devra se contenter d’un candidat qui n’aura pas l’aura de son prédécesseur.

Les troupes concentrent déjà leurs efforts sur les élections régionales qui auront lieu le 16 décembre prochain et qui aura peut-être lieu de vote-test. Ils ne pourront compter sur la présence de Chavez malgré les nombreuses requêtes.

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