Wirikuta…mines de rien !

J’ai écrit cet article sur la menace du Wirikuta il y a 6 mois…  Aujourd’hui la situation n’a pas changée: le peuple Wixaritari et les artistes qui les accompagnent continuent leur lutte pour le respect de cette terre sacrée au coeur du Mexique. Je vous laisse la dernière vidéo de dénonciation et soutien réalisé par le collectif AHO sur cette problématique et mon article sur la situation. Bonne lecture !

Depuis la colonisation, les peuples indigènes du centre nord du Mexique résistent. Raramuris, Wixaritaris et d’autres ont pris les armes pour s’opposer aux envahisseurs espagnols. Des centaines d’années plus tard, la lutte pour leur territoire et leur culture continue.

Comme de nombreux pays, colonies modernes, le Mexique n’échappe pas aux investissements étrangers qui représentent une forte part de son économie et s’infiltrent jusque dans sa politique. En est témoin le peuple Wixarika. Ces autochtones et leur culture survivent depuis des centaines d’années face aux métisses et aux invasions étrangères. Le territoire a toujours été objet de lutte, mais aujourd’ hui c’est le centre de l’univers, Wirikuta, qui est mis en danger. A l’heure où les prophéties murmurent la fin du monde, où la globalisation se mue en exploitation, je vois dans le sort du Wirikuta une métaphore de notre monde menacé. Certes nous n’avons pas tous des peuples indigènes dans notre pays mais des cultures proches de l’oubli, si.
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J’ai rencontré pour la première fois le peuple Wixarika dans la ville de Guadalajara au Mexique. Jeune étudiante enthousiaste en échange universitaire, toute blanche, lunettes de soleil sur le nez et short court sur les fesses, je débarquais au Mexique avec mon espagnol bancal. Au coin d’une rue, dans le centre-ville, s’étalent plusieurs draps couverts de couleurs. Assis a leurs côtés, silencieuses et graves, les femmes indigènes m’invitent d’un geste de la main à m’approcher et regarder leur artisanat. Le choc culturel était fort, moi et mon allure d’européenne en vacances, elles et leurs vêtements brodés traditionnels, leur teint mate et leur jargon mi-espagnol mi-wixarika. Quelques jours ou semaines plus tard, j’emménageais dans une grande colocation dans le centre-ville. Nouvelle rencontre interculturelle. Le propriétaire de la maison me présente à ses amis wixaritaris, vendeurs ambulants venus de la Sierra pour vendre leur artisanat: colliers, boucle d’oreilles et bracelets de perles fines entrelacées d’où jahissent fleurs, cerfs bleus et formes géométriques. Il n’y a ici que des hommes, discrets et silencieux, ils osent à peine me saluer alors que je leur claque une bise et leur serre la main en m’étalant d’éloges sur leurs produits. Plus tard, je comprendrais que cette discrétion est liée à la discrimination qu’ils subissent dans la rue, à leur espagnol vacillant et à une manière d’être profonde. Presque deux ans plus tard, de passage pour quelques mois dans la capitale, México DF, le nom des Wixarika revient à mes oreilles et leur artisanat coloré à mes regards. La rencontre ne se fait  malheureusement pas cette fois au détour d’une rue, mais lors d’un évènement important: le Wirikuta Fest. Les représentants des wixaritaris et plusieurs artistes se sont alliés pour lutter contre le fléau de l’avarice et des sociétés minières et sauver Wirikuta, un territoire sacré du peuple Wixarika.
 arte wixaritariCrédits : Elias Arrioza, Flickr.
Au commencement, de la mer sortirent les dieux. Tout était sombre. Le grand-père de feu, “Tatewari”, prit la tête du groupe et ils commencèrent à marcher en quête de la montagne de l’aube. Pendant le voyage de nombreux dieux abandonnèrent le groupe vaincu par la fatigue ou le désespoir et créèrent de nouveaux peuples. Seul un groupe réduit de dieux arrivèrent à la terre de Wirikuta et à la montagne de l’aube, aujourd’hui appelée “le mont brûlé”. Du haut de cette montagne naquit le soleil. Comme il peinait à s’élever, l’un des dieux, un cerf bleu, le prit entre ses cornes et le poussa vers les hauteurs du ciel. Ces dieux, les ancêtres du peuple Wiwarika restèrent vivre sur la terre de Wirikuta et ses alentours. Au travers des chamans et du peyote, les dieux racontèrent à leurs descendants la création et continuent de leur donner conseils et remèdes. Wirikuta est le lieu où poussent les peyotes, cette porte d’accès aux paroles divines. C’est le lieux où vécurent les ancêtres et où tout être vivant est sacré. Wirikuta est le centre de l’univers wixarika, sa terre la plus sacrée qui s’étale sur plus de 140 milles hectares.
 ojo de dios
Photo: Federico Lepe.
Mais Wirikuta ne recèle pas seulement cette richesse culturelle. Son sous-sol est aussi plein d’or, excréments du soleil, et d’argent, excréments de la lune, qui attirent la convoitise non seulement du gouvernement mexicain mais des étrangers. Officiellement “Site naturel sacré reconnu” par l’UNESCO depuis 1988, “Réserve minière nationale” et “Aire naturelle protégée de l’état de San Luis Potosi” depuis 1994, il est aussi régi par une loi de l’OIT sur les droits des peuples indigènes. Malgré tout, son exploitation est en cours et cherche à s’étendre sur tout le territoire. Le chef d’état mexicain Felipe Calderón, qui avait promis de protéger Wirikuta, a déjà cédé 70% des terres sacrées du Wirikuta à deux entreprises canadiennes, First Majestic Silver et  Revolution Resources Corp,  pour exploitation minière. Ses projets ne représentent pas seulement un danger pour le peuple wixarika, c’est aussi une menace pour l’environnement, les richesses naturelles de cette zone et la souveraineté même du Mexique.
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Au travers de 22 concessions mexicaines Minera Real Bonanza y Minera Real de Catorce, First Majestic Silver envahit déjà 6 milles hectares de l’état de San Luis Potosi pendant que la  Revolution Resources Corp et ses filiales Minera La Golondrina, Minera Cascabel, Minera Kennecott y DynaNevada de México cherchent à implanter le dévastateur “Proyecto Universo” sur plus de 59 milles hectares du Wirikuta. Qu’ont de si préoccupants ces projets? Les projets miniers canadiens appartiennent aux dits “méga projets miniers” ou “projets à ciel ouvert” qui cherchent à exploiter les mines sans passer par des souterrains mais en faisant littéralement “sauter” les collines et montagnes pour accéder aux veines de métaux. Ces procédés détruisent donc l’écosystème existant. Mais la catastrophe ne s’arrête pas là… les méthodes de traitement des métaux extraits sont coûteuse en eau (deux tonnes d’eau sont nécessaires pour extraire 1gramme d’or pur), ressource qui manque d’ores et déjà dans cette région, et hautement polluantes (utilisation de mercure, plomb, arsenic, cyanure) et menacent les nombreuses réserves souterraines d’eau qui alimentent non seulement le peuple Wixarika mais les habitants mexicains métisses des vallées environnantes. Cependant ces derniers ne partagent pas la préoccupation des wixaritaris et espèrent de ces nouvelles mines de nombreux emplois, rares dans cette partie aride du Mexique, et un futur meilleur.
 wirikuta
Crédit: larazonsanluis.com
Wirikuta est le centre du monde pour les wixarika, s’il vient à disparaître, c’est ce peuple tout entier qu’il entraînera vers sa fin. Les mayas annonçaient la fin du monde pour 2012. Pour les wixarikas, la prophétie pourrait se révéler dramatiquement juste. Bien plus que ces excréments de dieux, Wirikuta est plein d’une richesse naturelle: ses cactus, le plus grand nombre d’espèces au monde s’y trouvent, et parmi eux le “peyote”. Mystique et utilisé comme drogue, il ouvre aux chamans les portes de la connaissance, dévoile les voix des dieux. Cependant cette plante représente bien plus: plante médicinale par excellence, le peyote soigne de tous les maux au sein du peuple Wixarika depuis des siècles, morsures empoisonnées, coups, fractures, brûlures, antibiotique, il aide aussi à combattre la dépression ou la dépendance et le stress. Des maux que notre monde aurait bien besoin de soigner…
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L’histoire que dessine cette menace sur Wirikuta ne se limite pas au Mexique, c’est l’histoire de nombreux recoins de notre planète globalisée qui se réécrit. Le Mexique comme de nombreux autres pays reçoit une forte part d’investissements étrangers (19 milliards 439 millions de dollars en 2011 pour un PIB de 104 milliards de dollars soit 18.69% du PIB), qui, d’une manière ou d’une autre, impacte le mode de production, de consommation et jusqu’à la politique du pays. Céder à des compagnies canadiennes transnationales un territoire reconnu comme patrimoine culturel du Mexique et comme réserve nationale est donc un geste fort, c’est une forme d’acceptation de l’asservissement, de l’exploitation et d’une nouvelle forme de colonialisme. Un néocolonialisme économique où les sociétés minières canadiennes gagneront le gros lot sans se préoccuper de la culture qu’il dévaste, de l’immoralité que représente non seulement l’appropriation mais la dévastation de ressources d’un pays tiers. Si le Mexique allait raser les forêts canadiennes, que dirait-on? Voici la partie négative de la globalisation actuelle. Pourtant, et heureusement, le processus peut être enrayé par ce même système global. Si aujourd’hui je communique en France et ailleurs un problème mexicain avec rapidité, je permets une action commune et rapide. Je lis problématiques globales et locales, je glocalise mon univers et change de point de vue la mondialisation. Au Mexique, c’est tout le pays qui doit se développer en ce sens au vu de la mosaïque culturelle et linguistique qui le compose. Et en Europe, union de 27 cultures et même plus, le défi n’est pas si éloigné…

Deux sites pour se maintenir informé sur la situation :

– Frente en Defensa de Wirikuta  http://frenteendefensadewirikuta.org/wirikuta/

– Salvamos Wirikuta http://salvemoswirikuta.blogspot.fr/

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