Sur qui « Cassez » du sucre ?

Que ça soit dans les médias français ou mexicains, un mot apparaît dans les grands titres: le nom de la française libérée. Que l’on y aille de louange soude critique, on la cite. Pourtant de l’un et l’autre côté de l’océan on s’étonne de la réaction de l’autre, on fustige, on s’accuse. Qu’en pensez ?

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©afp.com/Damien Meyer

Pendant les quelques mois que j’ai passé au Mexique, on m’interpellait régulièrement sur le cas de ma compatriote. Je savais rarement quoi répondre. Si je commençais à la défendre, aussitôt l’on m’accusait, si j’émettais des doutes on pointait mon peu de solidarité. Au final, j’aurais pu dire n’importe quoi, j’aurais eu tort. J’ai fini par répondre par un demi-sourire et laisser les gens s’enflammer dans de longs soliloques. C’est fou ce que ça m’a appris ! Du regard que les mexicains peuvent porter, eux, sur cette affaire, et sur l’absence tout à coup flagrante d’une réelle opinion de ma part.

Si en France, il n’y a aucun doute de l’innocence de la française, au Mexique il en est  autrement: on ne doute pas des témoignages des séquestrés, compagnons d’infortune d’un peuple lui même pris en otage, même si on m’accorde qu’il est facile d’acheter des témoins et que l’on se plaigne de la corruption ambiante. On fustige l’ingérence de la France, en sirotant son Coca-Cola, un oeil braqué sur la chaîne Warner ou ESPN. Bref, on parade. En France, c’est la même, on brandit les valeurs des Droits de l’Homme comme un étendard en oubliant un peu vite la Françafrique et ses dictatures, on hurle au sacrilège en s’asseyant une fois de plus sur son trône impérialiste. Bref, c’est la débandade et finalement rester neutre c’est assez confortable.

Aujourd’hui on crie de joie dans un pays pour le retour d’une inconnue, criant « Justice est faite! » alors que  l’injustice se fait de plus en plus monnaie courante dans les rues françaises, défilant même par milliers sous le sceaux de la famille.

On s’indigne côté mexicain de la libération d’une « coupable » alors que personne ne réagit lorsque narcos et politiques sortent par un pied de nez d’inculpations en justice. Personne ou presque ne va déclarer les vols dont il est victime, personne ne contribue finalement à une possible justice, des deux côtés de l’Océan.

Ce que je vois dans cette affaire c’est le triomphe de l’injustice: injustice faite aux milliers de mexicains sans peine, enfermés et oubliés dans les prisons, qui eux ne bénéficieront pas d’appuis diplomatiques pour s’en sortir et injustice faite par la France en concédant une libération médiatique à un moment autrement important pour le Mexique: la résolution de l’Institut Fédéral Electoral quand à la distribution de cartes créditées Monex durant les récentes élections présidentielles par le PRI (parti révolutionnaire institutionnel).

Que Florence Cassez soit ou non coupable n’est plus tellement ma préoccupation, elle seule le sait. Mais que l’injustice gagne sur tous les tableaux me préoccupe, sur le vieux continent comme sur le nouveau.

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