Au Honduras, l’essentiel finira-t-il par arriver dans l’assiette ?

Par Marlène Pra

 Une telle animation semble être inhabituelle pour l’école primaire hondurienne Ramon Rosa située dans la commune de Santa Cruz, département de Lempira. En cette fin de mois d’août 2014,  les élèves et leurs parents, le corps enseignant ainsi que producteurs agricoles et élus locaux se sont effectivement tous mobilisés afin d’inaugurer un tout nouveau programme : « Escuelas Sostenibles » (Ecoles Viables). L’ayant mis sur pieds, les techniciens de l’Organisation des Nations Unis pour l’Agriculture et l’Alimentation (FAO) se sont rendus sur place.

 L’année 2014, proclamée année de l’Agriculture Familiale par les Nations Unis, donna effectivement naissance, au Honduras, à la mise en place d’un programme d’alimentation scolaire, « Escuelas Sostenibles » soutenu et financé par le fond de coopération FAO-Gouvernement du Brésil. Son principe est simple : il consiste à acheter aux agriculteurs locaux des produits alimentaires frais, en vue de les redistribuer sous forme de repas aux enfants scolarisés.

Quant à sa vocation celle-ci est plutôt double, voire triple. En achetant des produits issus de l’Agriculture Familiale du département, la municipalité a pour objectif d’assurer aux agriculteurs locaux un marché pour la commercialisation de leurs produits. Ces produits, majoritairement des fruits, des légumes, des œufs et des produits laitiers comme nous le signale le journal local La Tribuna, ont ensuite pour but de venir compléter et équilibrer les repas d’ores et déjà distribués aux écoles par la municipalité. Les mères d’élèves bénévoles chargées de la préparation des repas ainsi que le corps enseignant détiennent quant à eux le rôle d’accomplir la mission finale : diffuser une éducation alimentaire saine, basée sur la consommation de produits locaux.

Les nouvelles installations, cuisines et jardins pédagogiques, auront donc pour but de réaliser ce projet et de sensibiliser les jeunes sur l’importance de cultiver et consommer des produits frais pour rester en bonne santé.

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La Prensa, 2014

Lors de cette journée d’inauguration, le maire de la commune de Santa Cruz remercie le gouvernement brésilien et la FAO de leur initiative, et en profite aussi pour souligner la bonne volonté des enseignants de la commune, s’étant montrés plus enthousiasmés que d’autres par la mise en route de ce tout nouveau programme : «  il y’a des enseignants qui n’ont pas cette ouverture d’esprit » remarque-t-il. La commune de Santa Cruz n’est heureusement pas la seule à avoir accepté l’adoption de ce projet. Sept écoles des départements les plus démunis, Lempira et Intibucá, ont aussi mis cette année le programme en application.

Au Honduras, 23% des enfants de moins de 5 ans sont en effet en situation de dénutrition chronique, tandis que 5% des enfants de cette même tranche d’âge sont déjà en surpoids (Enquête Endensa, 2011-2012). La même enquête de 2005-2006 révélait par ailleurs que 46% des jeunes de plus de 15 ans étaient en surpoids ou obèses.Afin de mieux cibler les besoins nutritionnels des jeunes, les communiqués de la FAO nous indiquent qu’une enquête sur l’état de santé des 1 017 enfants des sept écoles participantes a au préalable été menée. Les mesures du poids, de la taille, de la pression artérielle et les prises de sang visaient effectivement à dresser un diagnostic médical des jeunes honduriens dont l’âge varie entre 3 et 16 ans.

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La Tribuna,2014

Les agriculteurs locaux quant à eux pourront bénéficier de ce système pour optimiser leur production et leurs revenus. En date du 17 Juin de cette année, le journal hondurien La Tribuna, dénombrait un total de 135 producteurs participants. Il affirmait en s’appuyant sur les sources de la FAO, que leurs revenus avaient augmenté en moyenne de 350 lempiras (environ 13 euros) ce qui, dans son contexte, peut-être encourageant. Si leurs produits sont sollicités, c’est aussi et surtout pour combler les carences en vitamines, protéines et minéraux des jeunes écoliers. Erlin Omar Perdomo, un producteur de bananes de la communauté voisine de Cañadas, du département de Lempira, explique: «  Les bananes se perdaient étant donné qu’on ne savait où les vendre ou parfois, au contraire, elles arrivaient en quantité telle qu’il y’en avait beaucoup trop pour notre consommation personnelle. Maintenant tout ce que nous produisons vaut, et regardez les enfants comme ils sont contents ! ».

Si l’initiative de la FAO et du gouvernement brésilien a été accueillie à bras ouvert par la communauté de Santa Cruz, la journée d’inauguration permit aussi aux quelques inquiets de s’exprimer. Dans le reportage de Juan Carlos Manevy, l’un d’eux souligne : « Il faut s’assurer que les produits soient en bon état à l’arrivée et qu’ils soient de qualité (…).Nous ne voulons pas que les enfants soient malades à cause de la nourriture qu’on leur donne à l’école. »

Pour cela, il sera nécessaire qu’une attention particulière soit portée aux agriculteurs. Un des enseignants explique dans ce même reportage que ces derniers devraient bénéficier d’une assistance technique afin d’améliorer la qualité de leur production. Les ressources financières de la coopération FAO-Brésil serviront à la financer ainsi qu’à réaliser les paiements aux agriculteurs participants, en passant par l’intermédiaire des autorités locales.

Issus de la coopération internationale, il est nécessaire pour la pérennité du programme que ces fonds continuent d’être investis jusqu’à ce que ce système d’économie locale ait réellement pu établir des fondements solides. Encore trop tôt pour l’évaluer, sa réussite pourrait pourtant donner lieu à son extension dans de plus nombreuses écoles. Le but à long-terme est effectivement d’étendre ce modèle à tout le pays, afin que les meilleures choses finissent par se trouver dans toutes les assiettes.


Origine de l’Initiative

C’est le Brésil, dans son rôle d’initiateur, qui mit en place en Amérique Latine, les premiers systèmes d’achats publics de denrées alimentaires, le « Programa Nacional para a Alimentação Escolar », (Programme National pour l’Alimentation Scolaire PNAE) le plus ancien, et le « Programa de Aquisição de Alimentos » (Programme d’acquisition d’aliments, PAA) datant de 2004. Le PNAE, mis sur pieds il y’a plus de cinquante ans, est un système d’achats publics dans lequel l’Etat centralise les achats de produits alimentaires et les revend aux institutions publiques éducatives : écoles, lycées, universités. Une tentative de faire profiter de ce système à l’Agriculture Familiale avait percée en 1994 ; sans franc succès. 15 ans plus tard, en 2009, le gouvernement décide pourtant de replacer cet objectif en tête de son agenda politique en introduisant une loi obligeant désormais à ce que ces achats se fassent au minimum à 30% auprès des petits agriculteurs locaux (CEPAL, 2013).

Si ce dernier touche déjà 45 millions d’étudiants au Brésil, pour lesquels le repas est assuré pour 200 jours de l’année, il est alors possible d’espérer que cette initiative fasse le bonheur des étudiants des pays voisins. Tout comme le Honduras, le Nicaragua, le Paraguay la République Dominicaine, le Costa Rica, le Guatemala et El Salvador ont donc également, avec le soutien de la FAO et du gouvernement brésilien, mis en place cette année des programmes identiques à celui d’ « Escuelas Sostenibles ». Par ailleurs, d’autres pays de la région ont d’ores et déjà constitué leurs propres politiques publiques auxquelles sont rattachées les lois concernant le droit à l’alimentation scolaire. On peut par exemple citer le Programme « Alimentación Escolar » (Programme d’Alimentation Scolaire) de l’Equateur, existant depuis 1989 ou le plus récent Qali Warma, développé au Pérou depuis 2013 et fonctionnant selon les mêmes principes.


POUR ALLER PLUS LOIN

 

·         CEPAL, 2013, “Agricultura familiar y circuitos cortos Nuevos esquemas de producción, comercialización y nutrición. Memoria del seminario sobre circuitos cortos realizado el 2 y 3 de septiembre de 2013”. Serie Seminario y Conferencia.

·         COFACE, 2014, Etudes économiques et risques pays-Honduras, (site web).

·         ENDESA 2011-2012-Honduras Encuesta Nacional de Demografía y Salud 2011-2012

·         FAO, 2014, “Escuelas Sostenibles”. Coopération Brésil-FAO (site web).

·         LA TRIBUNA, 30 Avril 2014 “La FAO impulsa el modelo de “Escuelas sostenible” en institución capitalina”, (Presse en ligne).

·         LA TRIBUNA, 17 Juin 2014, “Compras incentivan a agricultores locales” (Presse en ligne)

·         MASO.A, 13 Février 2014, “En Honduras la desnutrición tiene nombre y apellido: Corredor Seco”, El País Internacional.

·         MANEVY. Juan Carlos, Video YouTube “Escuelas Sostenibles” Experiencia de Honduras-2014
http://www.youtube.com/watch?v=H65NbPOUMKk

·         Radio HRN, 2 Septembre 2014, “Honduras compartirá experiencias con otros países en temas de agricultura familiar” (Presse en ligne).

 

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