Etre gay au Costa Rica, ça donne quoi ?   

Par Morgane Suanez

Le Costa Rica, petit pays accueillant et emblème de la devise ‘Pura Vida’ (vie pure), s’est vu chamboulé ces derniers temps sur le thème des couples homosexuels. Couverture sociale, union de fait… ces avancées positives semblent concorder avec la position plus ouverte du pape envers les couples de même sexe. Le pays pourrait-il être dans les prochains à autoriser la consécration légale de l’union, le mariage ? Décryptage.

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Drapeaux flottants lors de la journée internationale contre l’homophobie (17 mai). Compte Facebook Président Luis Guillermo Solís. « Aujourd’hui la Maison Présidentielle s’est teinte pour la première fois des couleurs de l’égalité et du respect des droits de l’homme ». 

La sécurité sociale, ou un pas en avant

Le 22 mai dernier, la Caisse Costaricienne de Sécurité Sociale a décidé d’autoriser les couples de même sexe à inscrire leur conjoint(e) à la Sécurité sociale et à les faire bénéficier du système de santé indirect. Cette décision a été saluée par l’ensemble de la communauté homosexuelle qui, selon des études réalisées par l’Université de Costa Rica et des ONGs, s’élèverait à 12,5% de la population nationale, soit près de 500.000 personnes.

Dans la forme, le couple devra prouver sa relation stable de plus de trois ans ainsi que l’activité économique de l’un/une, et la dépendance économique de son/sa conjoint(e).

Le président centriste issu du Parti d’Action Citoyenne Luis G. Solis, élu en avril, a fait le pari d’un gouvernement plus sensible et tolérant sur ce thème. Il a déclaré sur les réseaux sociaux que «le Costa Rica s’est réveillé avec une très bonne nouvelle », tandis que les couples de même sexe célébraient l’événement.

Roberto et Ronald, un couple de San José, ont sorti l’Imperial (bière locale). « Dans notre cas, nous travaillons tous les deux et bénéficions de la sécurité directe, mais ça il faut le célébrer. C’est le premier pas, après de nombreuses années de petites bagarres par-ci par-là, et aujourd’hui, grâce à Dieu, nous en récoltons les fruits », a déclaré Roberto au quotidien espagnol El Pais.

« Il faut célébrer l’amour, et non le punir » a déclaré la représentante des Nations Unies au Costa Rica, Yoriko Yasukawa, dans un communiqué de presse. Le Costa Rica ouvre le bal dans la région, puisque c’est la première reconnaissance des unions de même sexe par une institution d’Etat en Amérique centrale.

Vers l’union de fait ?

L’union de fait, ou union libre, établie dans le Code de la famille, n’est pas si différente du mariage, dans lequel le consentement mutuel est reconnu juridiquement.

Les conditions pour pouvoir formaliser l’union de fait reposent sur trois années d’existence commune (de « cohabitation »), une relation stable et un respect de la fidélité, des caractéristiques qui ouvrent la voie au mariage, en somme. Les effets sont d’ailleurs semblables : existence de biens communs, pension alimentaire en cas de séparation, droit à l’héritage en cas de décès, etc.

En juillet 2013, sous le gouvernement de droite du Parti de Libération Nationale (2010-2014), l’Assemblée nationale vote une loi qui modifie un article du Code de la famille concernant les jeunes, et qui leur ouvre le droit à la reconnaissance « sans discrimination (…), des effets sociaux et économiques des unions de fait, notoirement constituées, uniques et stables, et dans une situation pouvant les faire prétendre à un mariage (…) ».

Il faut noter l’absence de précision sur la composition de l’union ; un petit oubli qui a fait naître un grand espoir auprès de la communauté LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transgenres).

Cet incident a fait du gouvernement de Laura Chinchilla le promoteur involontaire et inopiné d’une reconnaissance accrue des unions entre personnes de même sexe.

L’ex-présidente, qui a pourtant participé à des marches contre l’avortement et le mariage homosexuel, a refusé d’apposer son veto et a préféré laisser aux juges et aux députés la liberté d’interpréter cette nouveauté.

Les législateurs « n’ont tout simplement pas lu le texte dans sa totalité avant de l’approuver » selon le député José Maria Villalta (parti de gauche). Les étourdis doivent s’en mordre les doigts, alors que plusieurs couples homosexuels réclament désormais la reconnaissance de leur union de fait devant les tribunaux.

En plein cœur des débats

Il faut dire que le pays est en mouvement sur le sujet. Quatre projets de loi sont actuellement soumis aux débats tumultueux de l’Assemblée Nationale, dont un pour légaliser officiellement les unions de fait. Une sous-commission composée de partis divers a également été créée pour discuter des projets sur les unions de fait et sur le concubinage. L’objectif est d’atteindre un consensus, mais les clivages sont perceptibles.

Le président Luis G. Solis a promis d’impulser la réforme pour la reconnaissance légale des couples homosexuels et la modification du Code de la Famille, en précisant toutefois que ce ne serait pas sous la forme du mariage mais de l’union de fait. Le parti de gauche (Frente Amplio) lui reproche son inaction et sa passivité quant à la promotion des droits des homosexuels.

Par ailleurs, cinq députés issus de partis très conservateurs (dont le Parti de la rénovation du Costa Rica), forment un bloc évangélique à l’Assemblée, qui, bien qu’ouverts au dialogue, entendent défendre leur vision de la famille et des mariages entre homme et femme.

L’issue d’un accord commun et unanime semble donc compromise.

 

Un conservatisme bien ancré

Le pays s’inscrit dans une tradition conservatrice bien établie. En témoignent les propos de Justo Orozco, membre du Parti de la rénovation du Costa Rica, qui déclarait au sujet de la décision de la sécurité sociale : « On ne peut pas donner des droits à ceux qui ne le méritent pas« . Un sondage réalisé dans la même période révèle que 73% des Costariciens s’opposent au mariage entre personnes de même sexe.

Le quotidien national La Nación dressait ainsi il y a peu le portrait de Johana et Maria, un couple de costariciennes qui se sont mariées en 2011 à New York, après 10 années de relation. Dans leur pays cependant, elles ne sont que deux amies. « C’est comme s’ils reléguaient un secteur de la population à un deuxième statut, comme si (…) nous n’étions pas assez bien », a déclaré Maria, 43 ans.  

Même les forces de police se montrent discriminantes. Francisco Madrigal, le chef de l’unité politique du Centre de Recherche et de promotion des droits de l’homme pour l’Amérique centrale (Cipac), reste incrédule devant les résultats d’une enquête récente menée auprès de 500 policiers. « 61,7 % (d’entre eux) considèrent l’homosexualité comme une maladie, et seulement 23% affirment que c’est une question de nature », tandis que beaucoup assurent que c’est mieux de ne pas traiter une plainte pour violence domestique lorsqu’il s’agit de couples de même sexe.

Rappelons que l’avortement est interdit, même en cas de viol ou de malformation du fœtus. La pilule du lendemain est aussi proscrite et la Constitution maintient la religion catholique comme religion d’Etat.

Le bilan semble donc plutôt mitigé, et la légalisation du mariage ne semble pas dans l’agenda politique actuel. D’ailleurs, l’organisation gay Mouvement diversité a opté pour l’initiative citoyenne afin de faire bouger les choses : depuis 9 mois, elle récolte des signatures afin que les députés actent sur le mariage égalitaire dans un délai qui ne peut dépasser 2 ans.

Si les résultats ne sont pas encore connus, Marco Castillo, son président, garde espoir : « cette Assemblée est normalement un peu mieux en ce qui concerne le respect des droits de l’homme. Nous avons espoir que nos droits soient pris en compte ».

Petit tour dans le reste de l’Amérique latine

2009 Mexique Le mariage entre personnes de même sexe est autorisé mais seulement dans le district fédéral
2010 Argentine Légalisation du mariage homosexuel. Les couples homosexuels peuvent également adopter
2013 Uruguay Autorisation du mariage homosexuel. L’adoption est légale depuis 2009
2013 Brésil  La justice brésilienne autorise de facto le mariage homosexuel dans tout le pays

L’union de fait entre personnes de même sexe est légale en Colombie et en Equateur.

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