La maca : le tubercule que l’on adule

Par Corinne Duquesne

La maca est l’une des richesses naturelles du Pérou : cette plante ancestrale attire les convoitises des entreprises étrangères depuis une quinzaine d’année du fait de ses propriétés exceptionnelles.

Revitalisante, nourrissante, énergisante, anti-oxydante : les grandes vertus prêtées à la maca sont multiples. Il faut dire que la plante est méritante. De la famille des crucifères, le lepidium meyenii ressemble à un gros navet. De couleurs rouge, noir ou jaune, on le trouve à plus de 4000 mètres d’altitude sur certains hauts plateaux andins du Pérou, dans la province de Junin notamment, là où ne pousse aucun autre végétal alimentaire. Soleil impitoyable mais froid permanent, vents violents et gelées fréquentes : dans ces terres inhospitalières, la racine se faufile entre les cailloux pour rechercher les nutriments dont elle a besoin. Le tubercule, une fois récolté, sèche au soleil durant plusieurs mois. Il est ensuite transformé en farine par un procédé traditionnel. Selon Javier Pulgar Vidal, historien péruvien, son nom proviendrait de deux mots quechua, « ma » signifiant « altitude » et « ca » « nourriture fortifiante » : bienvenue dans le monde fascinant de la maca.

Millénaire et légendaire

Utilisée depuis des siècles par les populations préincas, la maca aurait été domestiquée vers 700 avant JC par le peuple Pumpush. Plante sacrée des Incas, la maca était d’abord réservée à la noblesse. On dit que les soldats de l’Empire du Soleil en mangeaient avant de partir au combat afin de décupler leur force. Les conquistadors espagnols ont reconnu à leur tour ses bienfaits, notamment son action sur la fertilité – d’où son surnom de « viagra péruvien » –  et se faisaient payer le tribut des populations soumises sous forme de maca. Aujourd’hui, les Péruviens continuent à utiliser le tubercule comme source alimentaire, dans des gâteaux ou des boissons. Au 395 de la rue Santa Catalina Ancha à Cusco, le restaurant Waminka propose des plats à base de maca « qui donnent un punch incroyable » selon Pacha et Maya, les propriétaires de cet endroit unique à l’ambiance informelle. Le « menú del día » au prix fixe de dix soles est un délice : la soupe à la maca, très réconfortante, a un goût de patate douce. Les études scientifiques ont démontré les propriétés nutritives de la maca : riche en vitamines et minéraux, c’est un véritable concentré d’énergie. La plante miracle aurait pu couler des jours heureux si elle n’avait pas éveillé les appétits commerciaux des laboratoires étrangers. Leur but : créer des compléments alimentaires vendus à prix d’or aux Occidentaux pour stimuler leurs capacités physiques et intellectuelles.

Corinne2

Photo : Corinne Duquesne

Biopiraterie et contrebande

Dans les Andes, depuis la fin des années 1990, des hommes parcourent les zones reculées à la recherche de remèdes ancestraux. Ils gagnent la confiance des populations locales qui leur livrent leurs savoirs. Ce pillage relève de la biopiraterie. Les bioprospecteurs s’approprient le brevet d’une molécule, d’un extrait naturel ou de toute autre ressource générique issue d’un végétal ou d’un animal et ne rémunèrent pas les découvreurs ou les peuples autochtones, alors que les effets thérapeutiques ou gustatifs ont été révélés par des connaissances traditionnelles locales. Les défenseurs des droits des populations autochtones contre la biopiraterie dénoncent la mainmise sur des savoirs ancestraux. Ils expliquent que les brevets déposés sur les semences les privent non seulement des retombées économiques mais menacent également leur utilisation locale.

Illustration : Jeremy Purser

Illustration : Jeremy Purser

Face au danger, les autorités péruviennes s’organisent : depuis 2003, une loi interdit la sortie de la maca sous sa forme naturelle pour éviter qu’elle puisse être semée dans d’autres pays. En 2004, a été créée la Commission nationale contre la Biopiraterie pour défendre les valeurs ancestrales de la biodiversité péruvienne, telles que la graine de sacha inchi ou le camu camu. La mesure est néanmoins insuffisante : les entreprises étrangères n’hésitent pas à contourner les lois et la contrebande sévit. Chaque année, des milliers de tonnes de maca sortiraient illégalement du Pérou en direction de la Chine. Les Chinois tenteraient de cultiver la maca dans la province de Yunnan avec les graines illégales. La manœuvre est bien rodée. De nombreux Chinois, grimés en touristes, arrivent dans la Province de Junin avec des gros camions, achètent le produit directement aux cultivateurs, à un prix nettement plus élevé que celui des entreprises péruviennes, puis l’exportent en Chine. « Les Chinois payent les producteurs quatre à cinq fois plus, avec de l’argent qu’ils transportent dans des sacs à dos et sans demander de reçu, c’est complètement déloyal » explique Alejandra Velasco, présidente du Comité des produits naturels de l’Association des Exportateurs (ADEX), au quotidien péruvien El Comercio. Seul espoir face à ce sombre tableau ? Les valeurs nutritives de la maca péruvienne seraient beaucoup plus élevées que celle cultivée en Chine.

Au niveau mondial, la biopiraterie est une pratique répandue. Le protocole de Nagoya, entré en vigueur le 12 octobre dernier, tente d’enrayer le phénomène. Espérons que la maca connaisse un sort plus heureux que le riz basmati, le rooibos ou la stévia, déjà pillés par les firmes transnationales. De nombreux citoyens ont envie d’y croire : chaque année, ils organisent le Festival International de la Maca, afin de célébrer comme il se doit la reine des hauts plateaux andins.

Publicités

Une réponse à “La maca : le tubercule que l’on adule

  1. Pingback: LA MACA : LE TUBERCULE QUE L’ON ADULE - Pérou en France·

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s