État d’urgence au Brésil

Le Brésil est un pays d’une incroyable richesse naturelle. Surnommé le «poumon de la planète», de part la forêt amazonienne, qui se trouve en majorité sur le territoire national, il pourrait aussi être appelé le «château d’eau de la planète». En effet le pays possède l’une des plus grandes réserves d’eau douce au monde (l’autre se trouvant sur le plateau tibétain). De ces cours d’eau dépend tout un écosystème dont nous, êtres humains, faisons

Par Mathilde Terrier-Comte

Un sans précédent dans l’histoire du Brésil.

Le 5 novembre dernier, dans la périphérie de la ville de Mariana dans l’État du Minas Gerais, dans le sud-est du Brésil, deux barrages ont cédé. Une coulée de boue monstrueuse s’est alors déversée sur plusieurs centaines de kilomètres ravageant tout sur son passage, ne laissant place qu’à un paysage de désolation. Un peu moins d’un mois après la catastrophe, environ 17 morts sont à déplorer et beaucoup de disparus sont encore à retrouver. A l’heure actuelle, espérer le sauvetage de survivants est dérisoire, l’heure reste au décompte des victimes, le bilan ne cessant de s’alourdir. Qui sont les responsables ? Comment cela a-t-il pu se produire ? Les questions restent entières mais les doutes et les accusations planent au dessus de la tête de l’entreprise minière Samarco, propriété des groupes miniers brésilien et anglo-australien, respectivement Vale et BHP Billiton. Après avoir nié toute responsabilité en bloc, l’entreprise a concédé qu’en cas d’éventuelles fortes pluies, les infrastructures pourraient céder. Le district de Mariana a essuyé un épisode pluvieux de forte intensité, les barrages n’ont pas résisté. Selon le porte parole de Greenpeace Brésil, Nilo Davila, la catastrophe aurait pu être évitée si il n’y avait pas eu autant de négligences au niveau de la construction et de la sécurité.

L’écologie malmenée

L’État est connu pour ses ressources en métaux plus ou moins lourds et ses activités d’extractions, d’où le nom Minas Gerais. Le cataclysme qui a donc touché la région du Minas Gerais, et quasiment rasé les villes de Mariana et de Bento Rodrigues (pour ne citer qu’elles), est un des pires coups durs que le Brésil a dû encaisser. Les deux premiers barrages qui ont été détruits (d’autres pourraient potentiellement subir le même sort) avaient pour vocation la retenue des déchets miniers. Une fois détruits, l’eau s’est déversée en une gigantesque coulée de boue remplie de produits à hautes teneur toxique, allant jusqu’à atteindre l’État voisin, celui d’Esperito Santo. Outre les dégâts matériels et humains, c’est tout un pan de l’éco-système qui a été réduit à néant. Le fleuve majeur de la région, le Rio Doce est contaminé, est «mort» comme disent en pleurant les survivants. Tortues et poissons d’eau douce meurent par bancs entiers, et sont voués à disparaître, ainsi que la faune et la flore aquatique de la baie de l’Esperito Santo. Au vu de la situation sanitaire, il n’y a plus d’eau potable ni de produits alimentaires primaires, c’est-à-dire issus de la pêche et l’agriculture. S’ajoutant à cela, plus aucune habitation ne tient debout et la quasi-totalité de la population se retrouve au chômage technique. Selon toute vraisemblance, la région de Mariana va se heurter à un exode massif de sa population restante. Tout du moins jusqu’à ce que les choses s’arrangent.

Une sentence immédiate

Le jeudi suivant la catastrophe, du haut de son hélicoptère survolant la zone sinistrée, la présidente Dilma Rousseff a pris des mesures radicales et prenant effet sur-le-champ, en imposant des amendes aux entreprises à hauteur de 250 millions de reais (environ 61 millions d’euros). Par la suite, Samaco s’est engagé à verser au moins 260 millions de dollars (à peu près 241 millions d’euros) de dommages et intérêts. Ces sommes paraissent, à première vue couvrir l’étendue du sinistre, mais elles sont malheureusement insuffisantes pour une réparation totale des dégâts qui se chiffraient aux alentours de 1 milliard de dollars selon les dires de la Deutche Bank.

L’avenir de la biodiversité est cruellement compromise ainsi que celle des habitants de la région dont le gagne-pain principal est l’activité extractiviste (comme mentionné ci-dessus). Comme l’a dit monsieur Duarte Junior, maire PPS (Parti Populaire et Socialiste) de Mariana, «Sans mine la ville met la clé sous la porte».

Sachant que l’état d’urgence a été décrété par la présidente dans plus de 200 communes, espérons qu’elle arrive à soutirer à temps la recette des amendes infligées aux entreprises négligentes qui sont vraisemblablement la cause de cette situation apocalyptique. Enfin, l’espoir fait vivre comme on dit.

Ambiance sucrée-salée au bord de l’eau

En tant que spectateurs impuissants face à une telle désolation nous avons pu constater plusieurs phénomènes. Certains d’une logique implacable, comme par exemple, des survivants à la recherche de tout objets ou personnes pouvant encore être sauvés. Des familles se lamentent sur leur pertes et leur avenir plus qu’incertain. Attention, je ne tente aucunement de minimiser la peine ou l’ampleur de la tragédie. Nous avons vu un bataillon de journalistes filmant les secouristes en action, ainsi que les scientifiques dépêchés sur place pour mesurer la toxicité de l’eau ou encore constater la mort du fleuve. On a pu également voir des responsables de grandes entreprises plaidant non coupable, ou encore, madame Rousseff voltigeant au dessus de la zone sinistrée. Jusque là rien à signaler.

Tout cela sans compter sur la participation de nos pasteurs locaux ! Attention, dévots s’abstenir. Un petit groupe de pasteurs évangélistes s’est réuni au bord du Rio Doce pour une prière collective et emprunte de dévotion. Au bord de la transe, ils se sont mis à jeter de l’eau bénite sensée guérir le fleuve de toutes ses blessures. Dans leur arrosage saint et leurs supplications ils ont également jeté du sel. Pourquoi pas me direz-vous ? Plusieurs théories circulent sur ce comportement qui peut paraître franchement étrange. Voici un échantillon de ce que j’ai pu entendre. Le sel serrait comme le «fruit» de la mer, l’origine en quelque sorte. En jetant du sel dans le Rio Doce, ils prient l’eau pure de revenir à eux. Ce n’est pas l’explication la plus claire qui m’ait été donnée. Mon ami qui m’a fourni cette théorie scabreuse toute droite sortie des méandres de son imagination fertile, m’a conseillé d’essayer de voir la chose comme l’utilisation des cellules-souches utilisées pour la guérison des maladies graves. Le sel, l’ion, étant l’origine de l’eau, ou au moins une ses composantes premières, serait la solution miracle pour que le Rio Doce redevienne limpide et plein de vie.

Que ce soit de manière concrète ou spirituelle, c’est toute une nation qui se mobilise pour sauver ce qui peut encore l’être. Seul le temps pourra nous confirmer la «mort» du Rio Doce.

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