L’Exploitation minière au Honduras : développement ou destruction ?

Le 19 Juillet dernier, le président hondurien, Juan Orlando Hernandez, accueillait le « Premier congrès international d’extraction minière au Honduras », qui réunissait des hommes d’affaires, des politiciens, des techniciens et des académiques, tous engagés dans l’industrie minière. Alors que le pays traverse l’une des plus graves crises de protestations contre la corruption généralisée du gouvernement, ce congrès ne fait qu’alimenter le mécontentement de la population.

Par Philippa Andonian

En effet, ils étaient nombreux à se mobiliser la veille du congrès. Des ONG, le Conseil Civique des organisations populaires et indigènes du Honduras (COPINH), le Centre hondurien pour la promotion du développement des communautés (CEHPRODEC), tous manifestaient dans les emplacements clés, contre la multiplication de l’exploitation minière qui vise à livrer près d’un tiers des terres honduriennes aux transnationales occidentales. Alors que l’Etat justifie cette vente par le soi-disant « développement » qu’apporteraient les entreprises étrangères, les indignés, eux, mettent en avant la réalité de l’extraction minière : déforestation massive, déplacement systématique de populations, pollution de l’eau potable, privatisation des terres des communautés indigènes …

Au Honduras, de nombreuses concessions minières sont déjà dans leur première phase d’exploitation. La plus connue d’entre elle est située dans la Vallée de Siria en plein centre du pays, au nord de la capitale, elle appartient au géant Canadien Goldcorp. Ce projet d’extraction à ciel ouvert a été initié en 2000 pour la collecte d’or, de cuivre, d’aluminium et de zinc. L’entreprise utilise des explosifs pour éclater la roche et en extraire les minerais. Avant ce processus, les terres avaient été privatisées et vendues. La communauté de Palo Ralo avait été relocalisée à 10 kilomètres de ses terres et une déforestation totale avait été entreprise. Mais un autre problème plus grave réside derrière cette exploitation : en effet, les roches extraites de la terre sont ensuite plongées dans des réservoirs d’eau et de cyanure d’une haute toxicité. Bien évidemment l’eau est au préalable pompée dans les sources locales ce qui dans ce cas avait asséché 17 des 21 sources d’eau existantes. Par la même occasion, cela avait détruit 70 % de l’agriculture vivrière des habitants des zones concernées. Et pour comble de l‘irresponsabilité : les eaux usées composées de cyanure avaient été déversées dans les mêmes cours d’eau où elles avaient été puisées initialement. En 2007, l’eau potable avait été testée positive à la contamination mais le ministère de la santé avait dissimulé l’information jusqu’en 2011, selon l’enquête menée par la journaliste Sandra Cuffe, basée en Amérique Centrale. 40 000 personnes avaient alors été touchées de grave maladies parce qu’elles continuaient à boire l’eau courante. On compte ainsi par milliers les victimes de grave maladie de peaux, des yeux, de cancers et des bébés nés avec des déformations, toujours selon cette même source. La journaliste a d’ailleurs publié de nombreuses photos le démontrant, et les images ont été repris par de nombreux mouvements anti-exploitation, tel que le M4, Mouvement Mésoaméricain contre le Modèle extractiviste Minier.

Mais l’exemple de la Vallée de Siria n’est qu’une pièce du puzzle du paysage minier qu’entend constituer le président hondurien dans l’ensemble du pays. En 2013, il mettait en marche les « Nouvelles Lois Générales de l’Exploitation Minière » qui décrétaient l’exploitation minière « d’importance nationale » et la positionnait prioritaire sur les impacts environnementaux et sociaux. En 2014 cette décision réduisait le temps habituellement nécessaire à l’accord d’une licence d’exploitation. En effet, à quoi bon perdre du temps à évaluer les risques si l’exploitation passe avant ceux-ci ? Et bien évidemment le tout contribuait à la multiplication des concessions minières. A ce jour, près de 900 concessions ont prévu d’être attribuées, soit l’équivalent d’un tiers du territoire abandonné aux mains de transnationales qui peuvent exploiter les terres et les ressources comme bon leur semble et sans rendre de comptes à personne.

Le congrès qui s’est tenu au mois de juillet, bien au-delà de l’injustice sociale, a soulevé dans le pays deux autres problèmes majeurs et bien plus profonds.

Le premier concerne la situation interne du Honduras, cette corruption généralisée qui atteint des records. Transparency International, qui base ses résultats en matière de corruption sur des études indépendantes, a attribué la note de 29/100 au Honduras (plus l’on se rapproche de 100, moins le pays est corrompu) en spécifiant que ce chiffre est sous-estimé. Il suffit en effet de regarder qui étaient les invités du congrès minier : des intellectuels « pro-exploitation » et des hommes d’affaires bénéficiaires de ce système. La COPINH dénonçait d’ailleurs la veille du congrès, lors de la conférence de presse organisée par la Plateforme des mouvements populaires et sociaux du Honduras, le manque de dialogue. Ils se demandaient, en effet, « où est la place de ceux qui veulent démontrer les dégâts environnementaux et sociaux engendrés par l’exploitation minière ? Pour eux elle était dehors, puisque l’unique moyen qu’ils ont eu de participer au « débat » était de manifester. Privés de leurs droits démocratiques, les victimes de l’exploitation minière, soutenus par la population, veulent mettre fin à la corruption qui entraîne la destruction de leurs terres et leur propre destruction… Encore une fois, les fortes limites de la démocratie hondurienne se font sentir…La récente étude menée par la Faculté Latino-Américaine des Sciences Sociales en Argentine, a révélé que la majorité des latino-américains peinent à entreprendre des démarches pour l’obtention d’un droit social car ils ont peur de ce que l’on pourrait leur demander en retour de ce qu’il considère comme une faveur de l’Etat. Cela montre, selon ces mêmes chercheurs, la méfiance et l’opposition des latino-américains face à l’Etat, qui ne le différencieraient pas du gouvernement. Dans la représentation des populations modestes, l’Etat est un cercle élitiste qui ne cultive que ses propres intérêts économiques au détriment d’un développement durable qui profiterait à tous. Il y a au Honduras, tout comme dans le reste de l’Amérique Latine, une désillusion face au politique. Cependant, cette désillusion, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ne conduit à un désengagement, bien au contraire, les populations ont plus que jamais cette rage de se battre pour changer les choses. La question aujourd’hui est de savoir quel prix ils devront payer pour y arriver puisque chaque contestation entraîne des victimes.

Le second problème c’est le lien économique, commercial et militaire qui unit le Honduras aux gouvernements occidentaux. En effet, bien que tous les pays et toutes les entreprises investissant dans l’exploitation minière ou d’autres types d’échanges, connaissent l’état de corruption qui règne dans le pays et les atteintes à la démocratie et aux droits fondamentaux des habitants, ceux-ci continuent à investir de plus belle. Toute éthique est mise de côté dans cette course poursuite au bénéfice. Si les pauvres, les indignés, les paysans honduriens sont marginalisés au sein de leur propre pays, il en est de même des pays pays du Centre-Amérique dans le monde. En effet, dans les pays dits « développés » qui parlent du Honduras, du Guatemala, du Salvador… ? Les médias ne s’y intéressent pas ou que très peu. Bien souvent nous ne sommes même pas au courant des enjeux qui s’y déploient alors même que les pays occidentaux ont, dans la majorité du temps, un rôle important dans les problématiques en cours.

Aujourd’hui il est du devoir de tous les citoyens d’engager une pression pour que cesse de telles pratiques. Si les bénéficiaires du système minier sont trop avides pour remettre en question leurs agissements, peut-être serait-il temps que ceux qui s’en rendent compte réagissent ! Au-delà d’un devoir moral, c’est également un acte de citoyenneté que de préserver l’environnement et le Droit de de tous les hommes.

Ce mois de décembre 2015, a été le témoin de la COP 21, rassemblement de 195 pays du monde, pour l’obtention d’objectifs et d’accords environnementaux à confirmer d’ici 2020 et qui réduiraient les dégâts sur la planète terre. Bilan de ce meeting : contenir l’augmentation de la température d’ici 2100, fixer l’objectif d’émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050, répartir le financement des efforts selon la richesse des pays… Ce qui ressort de manière générale à la fin des discussions, c’est le rôle d’exemple que doivent porter les « pays développés » pour « montrer la voie » aux « pays en développement ». Mais en ce sens, ce bilan porte en lui un double paradoxe lorsque l’on s’intéresse de plus près au vrai rôle que jouent les pays développés dans les pays en développement. Jusqu’à preuve du contraire beaucoup de « pays riches » se rendent dans les « pays pauvres » pour exploiter les ressources qui s’y trouvent et le plus souvent au détriment de l’environnement. Nous sommes en 2016, il reste plus de 4 ans pour que les textes de la COP 21 entrent en vigueur. Mais les victimes quotidiennes de l’exploitation elles n’attendent pas, elles continuent à souffrir et à mourir des effets de ces exploitations. Autrement dit, c’est un problème qui ne peut être résolut dans l’attente. La question qui se pose alors est de savoir pourquoi ne pas cibler des objectifs beaucoup plus concrets et dans un temps plus proche ? Pourquoi ne pas imposer des restrictions environnementales aux firmes qui sont le problème majeur en terme d’environnement dans ces pays en développement ? Le caractère généraliste de la COP 21 serait-il le moyen de faire durer les exploitations qui de manière générale apporte quand même plus de destruction que de développement ?

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