Mexico passe en mode fashion

La Mercedes Benz Fashion Week de México Printemps-Eté 2016 s’est tenue du 15 au 18 octobre dernier. Parmi les semaines de la mode les plus courues du continent, elle a de nouveau donné la parole à une génération de créateurs mexicains qui souhaitent désormais s’exporter en Europe et aux Etats-Unis.

Par Adrian Kammarti

L’événement majeur de cette Mercedes Benz Fashion Week de México fut sans doute le défilé Nook Mx, plateforme coopérative fruit de la collaboration entre quatre des designers les plus influents de la scène mexicaine : Kris Goyri, Cihuah, Alfredo Martinez et Yakampot. Véritable réflexion sur la féminité à travers l’univers ultra-féminisé de Kris Goyri, ou les silhouettes saint-laurentesques de Vanessa Guckel, la collection est une nouvelle tentative pour cette génération dorée de faire de Mexico une nouvelle capitale de la mode.

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Cihuah – Printemps-Eté 2016

La marque Julia y Renata a misé quant à elle sur le célèbre conte « Luvina » pour présenter une collection faisant la belle au Mexique traditionnel à l’aide de couleurs neutres pour souligner un aspect rural.

Children Of A Town, marque dirigée par Natalia Ferriz et José Alfredo Silva, aussi directeur artistique de la maison Trista fut une nouvelle fois splendide. Hommage vibrant au quartier de la Colonia de Pedregal à Mexico, la collection fut dominée par le noir, le blanc et le gris bien aidées par des formes géométrique si chères aux deux créateurs.

Parmi les grandes capitales de la mode?

Se pose désormais la question de la mode à Mexico D.F et de sa place sur la carte mondiale du secteur. La ville se place sans nul doute depuis plusieurs années comme une des villes de mode les plus émergentes d’Amérique Latine. Elle a réussi un pari fou, occuper la deuxième place du continent en terme de présence de marques étrangère stout en privilégiant le design et la production locale. Il n’est pas rare d’entendre divers créateurs mexicains vanter les mérites d’une mode mexicaine à influence mexicaine et d’une production locale juste et raisonnée.

Sa semaine de la mode, la « Mercedes Benz Fashion Week », sponsorisée par la célèbre marque automobile, s’affirme au fil du temps comme un rendez-vous incontournable pour les acheteurs des boutiques latino-américaines et internationales. On observe l’entrée de marques comme Yakampot sur les sites de vente en ligne internationaux les plus prestigieux tel que le site de la fameuse boutique italienne « Luisaviaroma » ou encore celui de « Polyvore ». Ces marques tentent alors de s’y imposer au milieu des géants de la mode mondiale que sont Saint Laurent Paris, Gucci ou Givenchy. Une boutique en ligne des créateurs mexicains les plus en vogue du moment a par ailleurs été créée. Regroupant des marques comme Kris Goyri, Felina ou Cihuah, « mexcicouture.com.mx » est une plateforme qui a pour objectif de promouvoir le design mexicain grâce à une sélection éclectique et exigeante.

La capitale mexicaine doit néanmoins dépasser certaines carences avant de s’affirmer comme capitale de mode à part entière au même titre que Paris, Londres, New York ou Milan. Pour s’imposer, une capitale de mode se doit d’être le lieu incontournable de présentation des collections tout en étant un endroit de rencontres des divers acteurs de la mode. Mexico D.F peut difficilement prétendre à ce titre, du moins actuellement. Comme beaucoup de pays émergents, le Mexique est un marché porteur pour les marques de mode internationales en même temps qu’un lieu de production à bas coûts. Toutefois, son rayonnement international demeure limité et les mexicains préfèrent souvent les produits étrangers aux produits nationaux, la marque étrangère relevant encore d’un prestige indéniable. Certains créateurs mexicains continuent de faire le choix de présenter leur travail dans les 4 grandes capitales. Ce fut le cas lors de la Fashion Week masculine de Paris en juin dernier où le design mexicain s’est rendu visible grâce à l’événement « di.me », pop-up store mettant en avant le design mexicain en plein coeur du marais.

Une culture rayonnante

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Jean Paul Gaultier – Printemps – Eté 2007 – Couture

Le Mexique est depuis des décennies une scène artistique qui a inspiré les créateurs. Carven, Balmain, Paul & Joe en passant par Isabel Marant, tous ont utilisé l’imagerie mexicaine dans leurs créations. On y retrouve bon nombre de motifs géométriques tout droits sortis de la culture aztèque ou encore de multiples réinterpretations de la fameuse « calavera ».

Le phénomène n’est pas nouveau et le mariage blouse blanche décolletée – jupes à fleurs inspiré de Frida Fahlo fleurissait déjà en Europe dans les années 1950. Jean Paul Gaultier fut également influencé par l’iconographie mexicaine que cela soit en 1998 grâce à une collection bercée par le charisme de Frida Kahlo ou encore en 2007 par un hommage aux Vierges au coeurs ensanglanté.

Ces multiples emprunts à la culture mexicaine n’est pas sans poser problème. Un groupe de représentantes de la communauté autochtone Mixe à Santa Maria Tlahuitoltepec à Oxaca demande par exemple en ce moment réparation à la créatrice française Isabel Marant pour avoir consciemment copié le motif de la blouse Tlahuitoltepec traditionnelle pour sa collection printemps-été 2015.

Le numéro 2 des marchés de mode latino-américains

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Gallerie Saks – Fifth Avenue

Le Mexique fait aujourd’hui figure de concurrent de taille pour le Brésil en Amérique Latine. Pénalisé par ses frais de douanes élevés et par ses taxes à l’importation, le Brésil perd des parts de marchés face à un Mexique offrant plus de perspectives de profits pour les grandes marques étrangères. H&M a par exemple ouvert son premier magasin du continent au Mexique en 2012 et Forever21 vient d’ouvrir sa boutique à Mexico.

Le secteur du luxe n’est pas en reste. Les trois chaînes de grands magasins locales, El Palacio de Hierro, Liverpool et Saks Fifth Avenue offrent d’intéressants canaux de distribution pour les marques étrangères. Emporio Armani ou Coach se sont laissés séduire.

En 2014, le marché de la mode au Mexique représentait 23,5 milliards d’euros et est estimé à près de 30 milliards pour 2018. On compte au Mexique près de 186 000 millionaires en même qu’une classe moyenne en pleine expansion. Un rapport de 2013 de Ernst & Young estime que 7,2 millions de personnes feront partie de la classe moyenne d’ici 5 ans.

 

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