El Niño : l’enfant terrible de retour en Amérique Latine

En cette fin d’année 2015, El Niño a fait son retour avec intensité. Il devrait se prolonger jusqu’au printemps 2016, et sème une fois de plus la pagaille au large des côtes pacifiques. Tous les trois à sept ans, ce phénomène climatique produit une accumulation d’eaux chaudes le long des côtes de l’Equateur et du Pérou et entraîne, durant plusieurs mois, d’importants bouleversements météorologiques à l’échelle mondiale. Retour sur les conséquences climatiques et économiques cataclysmiques de l’enfant le plus turbulent d’Amérique du Sud.

Par Léa Garrigues et Laetitia Hoarau

Au mois d’octobre 2015, il est tombé sur le Désert chilien d’Atacama l’équivalent de plusieurs années de précipitations en seulement une dizaine d’heures. Un spectacle d’une grande rareté s’est alors produit : une multitude de fleurs mauves, blanches, et jaunes ont tapissé ce sol, pourtant l’un des plus arides du monde. Cet évènement appelé « Desierto florido » s’explique par le retour d’El Niño, phénomène climatique cyclique qui revient tous les trois à sept ans, et cause de multiples bouleversements météorologiques. Sa présence se caractérise par une quantité de pluie inhabituelle dans certaines régions du globe, ce qui, dans le cas du Désert d’Atacama, a permis aux bulbes et rhizomes de germer, pour le plus grand bonheur des touristes.

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Source : Photo de MaxPPP sur http://www.franceinfo.fr

Cette merveille est pourtant l’un des seuls effets positifs né de ce phénomène. El Niño, après cinq ans d’absence, devrait en effet sévir jusqu’au printemps 2016, et sera la cause de multiples maux. Dans le contexte de la COP21, la 21ème conférence des Nations Unies sur les changements climatiques se déroulant à Paris au mois de décembre, de nombreuses analyses sont effectuées sur la potentielle existence de liens entre El Niño et le réchauffement climatique en cours. Cependant, il parait encore trop tôt aujourd’hui pour affirmer avec certitude que l’action humaine ait un impact sur l’intensité du phénomène. Ce dernier atteint généralement un paroxysme à la fin du mois de décembre, particularité d’où il tire d’ailleurs son nom.

En effet, el Niño signifie “l’enfant” en espagnol. Ce surnom lui aurait été attribué par les pécheurs de la région, en référence à la naissance de Jésus, son pic survenant généralement pendant la période de Noël. Sa venue n’a pourtant rien d’un cadeau pour les populations et les économies des pays qu’il touche. En 1998 par exemple, des milliers de morts et des milliards de dollars de dégâts économiques ont été causés par El Niño, l’un des plus puissants qu’ait connu le XXe siècle. Cependant aujourd’hui, de nombreux experts craignent que El Niño 2015-2016 n’atteigne ou ne dépasse l’intensité de celui de 1998.

Des bouleversements climatiques et météorologiques importants

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Source : http://www.tntv.fr

Grandissant dans l’océan Pacifique tropical, El Niño provoque un accroissement considérable de la température moyenne mondiale. Si l’Europe reste l’un des seuls continents très peu impacté, l’Afrique du Sud est confrontée à sa pire sécheresse depuis trente-trois ans. Et les conséquences du phénomène climatique ne s’arrêtent pas là. Elles se distinguent entre les sécheresses en Indonésie et en Australie d’une part, et les perturbations de la mousson dans le Sud-Est asiatique d’autre part, sans oublier les inondations de très grande importance en Amérique Centrale. Par ailleurs, une accumulation d’eaux chaudes se produit le long des côtes de l’Equateur et du Pérou, un fait accompagnant le renversement des alizés du Pacifique, caractéristique majeure de l’enfant prodige. Ce sont effectivement les coups de vents récurrents provenant de l’ouest qui provoquent un progressif écoulement du titanesque réservoir d’eau chaude vers l’est du Pacifique. Et tous ces effets climatiques ne vont pas sans entraîner de nombreuses conséquences économiques, parfois gravement néfastes.

Des répercussions économiques néfastes

Du fait de l’intensité du phénomène, de nombreux spécialistes annoncent qu’il causerait une baisse du PIB dans certains pays, à l’instar du Pérou. En Amérique latine, de nombreux secteurs économiques sont en effet touchés. C’est notamment le cas de la pêche, de la construction, de l’agriculture, du transport et de la télécommunication, en raison des tombées d’eaux et inondations abondantes provoquées dans la région. Ainsi, l’inflation pourrait augmenter et la production se voir réduite, du fait de toutes les répercussions engendrées par les bouleversements climatiques.

En ce qui concerne la pêche, ce sont d’importants changements qui vont avoir des effets néfastes dans ce secteur économique. En effet, El Niño bloque les apports de nutriments tels que le plancton, contenus habituellement dans les remontées d’eaux froides. Or, les modifications entraînées par El Niño vont bloquer et empêcher ces remontées. Ainsi, les côtes péruviennes se retrouvent particulièrement touchées, car elles sont en général très poissonneuses et vont se retrouver presque stérilisées. D’ailleurs, lors du précédent épisode de El Niño, 90% de la population d’anchois et de sardines avait disparu sur les côtes nord-ouest de l’Amérique du Sud. Le Pérou étant l’un des principaux pays pêcheurs d’anchois au monde, El Niño va donc provoquer de grandes difficultés économiques pour les plusieurs milliers de péruviens vivant de la pêche.

En outre, dans le nord du Chili, en Équateur et au Pérou, l’air devient plus chaud et plus humide, et de grands risques de pluies diluviennes apparaissent. Ces dernières représentent une source d’inquiétude importante, car elles peuvent, de manière non négligeable, causer des glissements de terrains et des dommages matériels et humains graves.

Par ailleurs, les inondations attendues au Chili et au Pérou pourraient, en plus de paralyser les mines de cuivre et de zinc, perturber grandement les récoltes agricoles. Ces dernières se retrouvent notablement chamboulées dans les régions les plus touchées par El Niño. De l’Amérique du Sud à l’Asie, les producteurs sont en état d’alerte depuis quelques mois. Afin de palier à ces complications, certains organismes prévoient de mettre en place des micro-crédits pour les agriculteurs, afin qu’ils puissent faire face et assumer les effets de El Niño cette année. C’est le cas notamment de l’entité financière suédoise Svalorna Latinoamérica, qui envisage d’accorder ce genre de crédit dans certaines régions d’Amérique latine très affectées par le phénomène et qui pourrait connaître une chute de la production agricole allant jusqu’à 30%.

2015, année historique en matière de climat

Cette année 2015 aura connu des événements historiques en matière de climat, tant par l’arrivée fracassante d’El Niño, que par la tenue de la Cop21. Il est encore trop tôt pour mettre un point final aux répercussions qu’auront ces deux événements, mais il est indispensable de les étudier au cours des mois et des années à venir. Si elle ne compte “que” pour moins de 10% des émissions de gaz à effet de serre mondiales, l’Amérique latine parait, dans son ensemble, préoccupée par les questions environnementales qui vont être abordées lors de la Cop21. Elle a connu au cours de ces dernières décennies une hausse des températures et une augmentation des précipitations dans le sud-est. D’une manière d’autant plus impressionnante, ses forets, ses terres et sa biodiversité ont été dégradées, et les glaciers ont largement perdu en taille.

Si au premier jour de la Cop 21, Evo Morales, Président de la Bolivie, a dénoncé le capitalisme comme principal coupable du réchauffement climatique, le Président de l’Equateur, Rafael Correa a, dans ce contexte, critiqué la logique perverse cachée sous l’exploitation intensive des ressources naturelles. Le Costa Rica avait quant à lui déjà affirmé auparavant son désir d’être le premier pays neutre en carbone d’ici 2021. Au sein des négociations, deux grandes coalitions de pays sont présentes. D’une part, l’Association indépendante de l’Amérique latine et des Caraïbes (Costa Rica,  Chili, Colombie, Guatemala, Panama, Perou, Paraguay), constituée en 2012 à la suite de la COP de Doha, entend appuyer les solutions telles que la réduction des émissions ainsi que la lutte contre la déforestation et la dégradation des forets. D’autre part, L’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA) regroupant notamment le Venezuela, Cuba, la Bolivie, l’Équateur et le Nicaragua, adopte des positions plus conservatrices et veut faire prévaloir la justice climatique, se reposant sur la responsabilité historique. Les conclusions de la Cop21 sont donc attendues avec impatience, et apporteront peut être quelques changements dans la gestion environnementale pour les pays touchés par El Niño. D’autant plus que peut être qu’un autre phénomène similaire, La Niña, avec des conséquences maritimes et climatiques globalement inverses à celles d’El Niño, fera à son tour une nouvelle apparition dans un futur proche. 



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