L’Ecole de Pères Noël de Rio, une alternative à la crise économique

Par Sonia Berrakama

Depuis sa création en 1993, l’école de Rio de Janeiro forme des étudiants au gros bidon et à la longue barbe blanche pour devenir de « bons » Pères Noël . Cette année, face à la situation de crise économique du Brésil, la direction a reçu plus de 200 candidatures. Un quota qui dépasse leurs prévisions.

A Rio de Janeiro, sous 40°C, les nouveaux élèves de l’Ecole des Pères Noël arrivent pour la rentrée des classes: dans le quartier d’Ipanema, ils sont une une cinquantaine en file indienne, barbe blanche et bermuda, attroupés devant ce grand bâtiment blanc, dont le toit est entièrement recouvert de guirlandes de Noel.

La saison des fêtes approchant à grand pas, ces hommes à la longue barbe blanche ont décidé de suivre une formation qui leur permettra de revêtir le rôle de vrai Père Noël. « Devenir Père Noël n’est pas chose facile, comme le souligne un étudiant retraité de 68 ans qui va entamer sa troisième année consécutive de formation. Il convient de respecter des normes bien précises, comme d’avoir les bons gestes auprès des enfants et de leurs parents par exemple ».

Aussi, les nouveaux étudiants ne vont pas avoir le temps de s’ennuyer !

Au programme, une formation complète alliant ateliers de chant, gymnastique, théâtre, expression corporelle, maquillage … pour le plus grand bonheur de ces retraités, tous prêts à devenir les premiers de la classe.

Mais la plus grande difficulté concerne sans doute les conditions d’apprentissage, car au Brésil les fêtes de fin d’année tombent en pleine saison estivale. Les futurs diplômés vont donc devoir apprendre à troquer leur petit bermuda contre le traditionnel gros costume de velour rouge.

Loin d’être facile sous le soleil brésilien brûlant, c’est cependant un critère indispensable pour réussir à épater les passants lors de la grande parade de fin d’année.

Ici, incarner la magie de Noël est un art singulier : On ne née pas Père Noël, on le devient !

 

Limachen Cherem, directeur de l’école et professeur de théâtre et d’expression corporelle, indique que la formation qu’il propose était jusque là peu connue. Seuls les étrangers de visite à Rio s’y intéressaient, et ils ne manquaient pas l’occasion de photographier ces hommes au ventre proéminent défiler dans leur traîneau le long de la plage.

« Les étudiants que nous recevons sont principalement des hommes d’un certain âge qui désirent impressionner leurs petits enfants lors de la parade de Noël, ou le soir du réveillon en revêtant leur costume de Père Noël », indique t-il.

Mais cette année, la direction a reçu un nombre considérable de candidatures de la part des résidents brésiliens.

La raison ? Le pays connaît depuis le second trimestre une aggravation importante de la crise, et celle-ci a posté les retraités brésiliens dans une situation financière particulièrement difficile.

En effet, en plus de subir des mesures d’austérité relatives à leurs revenus,  ils ont également vu les avantages dont ils bénéficiaient diminuer considérablement. Un étudiant de l’Ecole témoigne : « Notre situation n’est plus ce qu’elle était. Avec la crise qui bat son plein, mes allocations me permettent à peine de manger. Je suis souvent obligé de demander à ma fille de m’aider pour payer mon loyer en début du mois, alors qu’elle a trois enfants à charge, vous vous rendez compte ?! »

L’Ecole des Pères Noël de Rio apparaît donc comme une alternative pour pallier aux difficultés financières qui touchent les personnes du troisième âge.

Mais dans le cadre de cette crise généralisée, les plus jeunes pâtissent également de la précarité de l’emploi. Le pays qui connaît la récession depuis 7 mois consécutifs, a atteint son taux de chômage le plus élevé depuis 2009.

De nombreuses PME brésiliennes se sont vues obligées de mettre la clé sous la porte par manque de revenus, et c’est plus de 7% de la population active du pays qui se retrouve soudainement sans emploi.

Limachen Cherem explique ainsi que bon nombre de candidatures lui sont parvenues de jeunes âgés entre 25 et 30 ans. Etonnant? pas vraiment si l’on considère que la rémunération d’un Père Noël embauché dans un grand centre commercial au Brésil peut aller de 3.000 à 15.000 réals. Un moyen d’assurer le bien être économique de cette nouvelle vague de chômeurs brésiliens pour toute la saison.

Aussi, fini le temps de l’école buissonière ! Ils se sont tous bousculés pour retourner sur les bancs de l’école, allant même parfois jusqu’à se teindre la barbe en blanc pour tromper les apparences et favoriser leurs chances de recrutement.

« L’Ecole ne possède que 40 places, et ces candidats n’ont pas le profil que nous recherchons. J’ai malheureusement du leur fermer nos portes. » explique le directeur, un peu gêné.

Un coup dur pour ces jeunes qui comptaient contracter un emploi saisonnier à l’issue de leur formation.

Limachen Cherem, brésilien né à Rio de Janeiro, est le fondateur de l’Ecole des Pères Noel.

Il nous confie avoir toujours attendu avec impatience les fêtes de fin d’année lorsqu’il était plus jeune. Issue d’un milieu populaire, Noël était pour lui un moyen d’échapper quelques instants à son quotidien difficile. Il étudie le théâtre plusieurs années, et se produit dans des pièces dans tout le Brésil.

C’est en 1993, à 33 ans, que ce grand enfant décide d’ouvrir l’Ecole des Pères Noël. Son objectif? donner la possibilité aux plus âgés de faire rêvéer les petits qui, comme lui, doivent déjà faire face à une vie d’adulte. Un doux moyen de leur rendre une partie de leur enfance.

  Néanmoins, mêmes les plus chanceux qui ont eu l’opportunité d’intégrer l’établissement ne sont pas pour autant assurer de trouver un emploi de Père Noël pour la saison.n effet, la baisse fulgurante de la consommation des ménages au Brésil ces derniers mois laisse supposer une diminution des investissements des entreprises pour la période des fêtes.

Ainsi, à seulement un mois du réveillon, de nombreux commerçants ont des doutes sur le fait que les magasins puissent embaucher à nouveau un Père Noël cette année.

« Les ventes ont baissé considérablement ces derniers mois,  et je crains que la baisse de la consommation ne se répercute sur les dépenses des entreprises qui commencent déjà à réduire leur nombre de personnel. Seuls les grands centres commerciaux seront susceptibles d’embaucher un Père Noël cette année, car les frais sont partagés entre tout les magasins », explique Fabiola, vendeuse depuis 7 ans dans une boutique de prêt à porter.

En d’autres termes, il semblerait que l’ensemble des diplômés de l’Ecole de  Pères Noël ne pourra pas décrocher un emploi, et ce malgré l’obtention de leur diplôme.

Se pose alors la question de la rentabilité du cursus proposé par Limachen Cherem, qui fixe les frais d’inscription à la hauteur de 1500 reals pour 40 jours, soit un coût plus que conséquent pour les brésiliens.

« Même si je ne trouve pas de travail, j’aurais au moins appris quelque chose », répond Luiz Tirelli, 53 ans, chômeur depuis la fermeture de son entreprise de télécommunications il y a 10 ans.

« Tout le monde veut être Père Noël! je serai fière de rentrer chez moi mon diplôme en poche. Et je sais que mes petits enfants le seront aussi» répond t-il sur de lui lorsque qu’on lui pose la question.

Ainsi, il semblerait que bien qu’ils aient perdu leur emploi, ces gros bonhommes à la barbe blanche ne soient pas prêts de perdre l’esprit de Noël. Cette année encore plus que les autres, les fêtes seront pour eux synonymes de famille, partage et magie !

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