BlablaCar à la conquête de l’Amérique Latine

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Le site de covoiturage met en relation offertes et demandes de trajet. Crédit photo : Tim Demski

Il y a un an, la start-up de covoiturage BlablaCar jetait son dévolu sur le Brésil, après s’être  implantée au Mexique. Retour sur la stratégie d’expansion du champion français de la voiture partagée en Amérique du sud.  

Après l’Inde, la Russie et l’Europe de bout en large, BlablaCar a continué son expansion outre-Atlantique. Mexique puis Brésil, la start-up française s’est attaquée au marché latino-américain jugé parmi les plus “pertinents” du monde selon son fondateur Frédéric Mazzella.

“On regarde différentes composantes de chaque pays pour savoir si le covoiturage a une chance de marcher ou non, ça va du coût de l’essence et de la voiture en général, aux alternatives de transport dont les gens disposent pour aller d’une ville à une autre. Il y a des pays dans lesquels on est la seule manière de rejoindre une ville à une autre, parce qu’il n’y a pas forcément de bus ou le train », déclarait-il en septembre 2015 à l’AFP.

Ricardo Leite, directeur de la branche brésilienne, justifiait ainsi l’implantation de l’entreprise dans le pays en novembre 2015 : “Le Brésil est porteur d’un grand potentiel de développement de la pratique du covoiturage avec une population supérieure à 200 millions d’habitants et plus de 50 millions de voitures en circulation”. Arguments auxquels s’ajoutent le fait qu’il s’agit d’une population extrêmement connectée avec 75 millions d’utilisateurs Facebook et un taux d’équipement mobile qui s’élève à 132%. Tous les voyants verts étaient donc allumés.

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En un an d’activité de BlaBlaCar au Brésil, les brésiliens ont effectué près de 25 000 voyages  via la plateforme de covoiturage.Crédit photo : Tim Demski

Sélection de marchés porteurs 

« Cette implantation a fait suite à une étude de marché d’analyses de la culture locale et des facteurs économiques et démographiques », explique le directeur brésilien. Il mentionne les résultats d’une enquête du Ministère du Tourisme qui révèle, qu’au moment de la prise de décision, « 80% de la population locale exprimait l’intention d’augmenter ses déplacements à l’intérieur de l’espace national dans les six mois à venir ». « Nous voulons justement aider ces brésiliens à explorer leur territoire », confie-t-il.

Au Mexique, BlablaCar a aussi fêté cette année son premier anniversaire. Comme au Brésil, une étude de marché a précédé l’implantation dans le pays et révélé l’hyper connectivité de sa population : 50 millions d’utilisateurs Facebook et 43 millions de personnes en possession de smartphones.

Quand en avril 2015, la start-up annonce l’ouverture de son service dans le pays, elle s’accompagne de l’acquisition de Rides, la plateforme de covoiturage locale. Pas de faux-pas possibles pour BlablaCar au Mexique : en deux ans de services, Rides a eu le bénéfice de « faire entrer le covoiturage dans les mœurs » et a enregistré « une forte croissance », signalait-elle dans un communiqué officiel. Avant d’ajouter : « C’est le témoignage du besoin réel qu’ont les Mexicains pour un moyen de transport économique comme le covoiturage ».

« Après la suppression des subventions à l’essence, les Mexicains ont subi, depuis 2010, une hausse de 72% des prix à la pompe. Par ailleurs, le Mexique ne dispose pas d’infrastructures ferroviaires adéquates permettant de relier les 14 villes de plus d’un million d’habitants du pays », ajoutait BlablaCar qui s’est félicité d’avoir fait économiser 15 millions de pesos aux mexicains en un an d’activité.

Stratégie d’adaptation 

Alors, quel est le bilan ? Il semblerait que l’opération séduction en Amérique Latine fonctionne. Du moins c’est ce que témoignent les équipes depuis leurs nouveaux bureaux en Amérique du Sud.

Si le nombre d’utilisateurs n’est pas communiqué, ce sont plus de 30 000 voyages qui ont été effectués par les Mexicains, un an après, à leur première date anniversaire en avril 2016 ; 25 000 par les brésiliens en novembre 2016.

« L’adhésion de la plateforme est croissante, ce qui révèle véritablement le potentiel du marché pour la start-up », déclare Daniella Marques, chargée de communication à São Paulo, Brésil. Des résultats qui paraissent pourtant bien loin des 600 000 voyageurs trimestriels comptabilisés aux débuts de BlablaCar en France, en 2013.

Et pour cause, le défi à relever se présente compliqué. La région, connue comme “la plus inégalitaire et la moins sûre du monde” – Rapport PNUD 2013/2014 –est loin de représenter un terrain propice à l’instauration d’une culture collaborative.

Ainsi, des réactions comme celle de Kadyjina Anitoce, brésilienne originaire de Rio de Janeiro, font foison lorsqu’est évoquée l’arrivée de BlablaCar dans la région : “Ça ne marchera pas ici (au Brésil). Moi-même, je n’utiliserai pas cette application. Je n’ai pas confiance”. Et pourtant, il s’agit d’un site qu’elle connaît bien ayant vécue en France. “J’ai dû effectuer bien une cinquantaine de voyages grâce à l’application et n’ai jamais rencontré de problèmes quels qu’ils soient ”, affirme-t-elle.

Pour répondre à ces inquiétudes, BlablaCar décide de renforcer ses paramètres de sécurité. Le produit diffère de celui qu’utilise les français, notamment car l’utilisation du site exige un compte Facebook.

Grâce au réseau social, les utilisateurs sont rassurés de découvrir le nombre d’amis qu’ils possèdent. Ils ont aussi le moyen de filtrer les profils incomplets. Sur le modèle latino-américain, est signalé, par exemple, si l’identité du Blabla-utilisateur BlablaCar- a été vérifiée par l’équipe de l’entreprise.

Et, comme en France, tous les utilisateurs sont soumis aux commentaires post- trajets qui leur valent une note sur 5. La photo de profil est validée par le site tout comme un numéro de téléphone et une adresse email.

Chaque membre BlaBlaCar dispose d'un profil sur la plateforme avec ses informations personnelles vérifiées pour plus de sécurité. Crédit : divulgation BlaBlaCar.fr

Chaque membre BlaBlaCar dispose d’un profil sur la plateforme avec ses informations personnelles vérifiées pour plus de sécurité. Crédit : divulgation BlaBlaCar.fr

De la confiance à la rentabilité 

Julien Lafouge, directeur général pour l’Amérique Latine de Blablacar, explique le concept : “l’idée est de créer une communauté basée sur la confiance”. A terme, les utilisateurs ne se considéreront plus comme des étrangers mais comme des membres d’une même communauté. Et, pour arriver à cet objectif, Lafouge explique que “les profils des utilisateurs sont vérifiés sur Facebook, LinkedIn, par téléphone et courrier électronique. Nous disposons d’une équipe d’environ 500 employés spécialement prévue pour la validation des profils”.

Le problème pour l’entreprise est que, d’ici l’instauration de cette confiance, son expansion n’est pas rentable. Le modèle économique de la start-up ne peut tout simplement pas être appliqué au lendemain de son implantation à l’international s’il veut florir.

En effet, sa rentabilité passe par un système de commission aux voyages : des taxes imposées à l’utilisateur à hauteur de 90 centimes par transaction et 10 % du prix de la place réservée. Un système qui est établi dans seulement six des 22 pays où elle est implantée (France, Espagne, Belgique, Luxembourg, Pays-Bas et Portugal).

« Il n’y a pas de prévision concernant le début du lancement des commissions au voyage au Brésil », déclare Daniella Marques. « D’abord nous devons surtout travailler dans le but d’améliorer le produit et augmenter le nombre d’utilisateurs », ajoute-t-elle.

« La rentabilité, c’est un choix. Nous ne sommes pas du tout rentables car nous innovons en permanence et nous investissons à l’étranger. Pour être rentable, il faudrait arrêter d’innover et de s’étendre, et ce n’est pas dans nos plans », déclarait Frédéric Mazzella.

Il s’avère que, pour se positionner au Mexique et en Inde, la start-up a levé 100 millions de dollars de fonds en 2014. L’année dernière, elle a réussi à mobiliser 200 millions supplémentaires pour la suite de son expansion, au Brésil par exemple.

Une mise risquée qui lui a tout de même valu une entrée dans le club des licornes, ces start-ups technologiques dont la valorisation dépasse le milliard d’euros…

Tatiana Marotta

Histoire d’une success story  

BlablaCar est née de l’expérience personnelle de son fondateur, Frédéric Mazzella, découragé par l’image des trains bondés qui l’avaient presque privé de fêtes de Noël pendant l’hiver 2003. Forcé, à l’époque, de prendre la voiture pour rejoindre sa Vendée natale depuis Paris, Frédéric réfléchit alors à un service de covoiturage. Il pense à une pratique qu’il a déjà adopté à Stanford (Etats-Unis) pour rejoindre quotidiennement l’université où il étudiait. Il souhaite créer un service synchronisé via internet et téléphones mobiles, qui permettrait de partager des trajets à l’échelle nationale, et plus seulement en famille ou entre amis. A force de rencontres et d’obstination, l’entreprise Comuto voit le jour ainsi que son site covoiturage.fr, en 2006. Renommée BlablaCar en 2013, la start-up dénombre pas moins de 25 millions d’utilisateurs originaires de 22 pays. Elle permet à 10 millions de personnes de se déplacer chaque trimestre et contrôle 90% des marchés français, allemands, italiens et espagnols.

 

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Une réponse à “BlablaCar à la conquête de l’Amérique Latine

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