Airbnb au Mexique, l’économie collaborative entre adhésion et rejet

L’essor du site de partage de logements Airbnb au Mexique est un phénomène qui bénéficie au secteur touristique. Problème : la pratique, répandue dans la capitale et les stations balnéaires, révolte les professionnels de l’hôtellerie. Une initiative de loi a été entreprise dans le but de réguler cette activité, perçue comme déloyale. Pourtant, ses bénéfices sont considérables, tant sur le plan économique, social que culturel, c’est pourquoi Airbnb n’a pas fini de prospérer.

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Logo – Crédits : Airbnb.

Airbnb est pionnier dans l’air de l’économie collaborative. Apparu en 2008, le projet a été initié aux Etats-Unis par deux designers Brian Chesky et Joe Gebbia qui ont accueilli trois voyageurs à la recherche d’un endroit où passer la nuit dans une chambre d’amis. Actuellement présent dans 190 pays, il répertorie environ 800 000 annonces pour près de 50 millions d’utilisateurs.

La plateforme virtuelle permet grâce à la création d’un compte gratuit de publier des annonces de logements. Les services sont sécurisés par la vérification des profils et des logements par Airbnb, rassurant ainsi les usagers. Une messagerie permet la communication entre l’hôte et le voyageur et une plateforme favorise la sécurité  des paiements. La possibilité de noter en ligne le logement et la prestation permet de recommander une offre Airbnb.

Le Mexique est lui aussi concerné par cette pratique touristique depuis 2013. D’après Jordi Torres, directeur d’Airbnb pour l’Amérique Latine, le pays se positionne au second rang continental après le géant brésilien (Expansión, 2014).

D’autres types de logements existent au Mexique, les plus célèbres sont le «Departamento», la location d’un appartement meublé et équipé à moindre coût et les «Hostales», petits établissements hôteliers à tarifs réduits situés dans des zones  touristiques. Le Departamento peut être plus long à trouver qu’un logement Airbnb et aboutit à une plus longue durée. L’«Hostal», quant à lui, est généralement ciblé par le jeune public.

Un logement à moindre coût et la garantie d’une expérience unique

La plateforme de logements partagés permet de profiter d’opportunités à des prix bas en réduisant les intermédiaires. Airbnb crée de la concurrence en offrant une grande disponibilité d’offres pour les consommateurs et réduit les coûts de transaction. Les hôtes reçoivent 97% de la prestation et Airbnb prélève 3% de commission pour chaque réservation.

Au niveau social, les adeptes cherchent surtout, à travers le service, à nouer des relations :

«J’ai commencé il y a un an exactement. Ayant une chambre disponible, j’ai pris conscience que je pouvais la louer par Airbnb. J’ai décidé de le faire afin d’obtenir un revenu supplémentaire bien que ce ne soit pas constant. De plus, rencontrer des étrangers c’est merveilleux. La différence de culture et de langue est enrichissante, cela m’a permis en particulier d’apprendre et de pratiquer l’anglais», raconte Ulices, Hôte d’Airbnb à Playa del Carmen (Quintana Roo, Mexique).

Ce modèle permet de tester une nouvelle façon de voyager. L’objectif d’Airbnb est de proposer une expérience de voyage alternative, à la fois économique et enrichissante.

Pour Jordi Torres, Directeur d’Airbnb pour l’Amérique Latine:

«Le voyageur utilitaire d’Airbnb ne recherche pas un hébergement mais plutôt une expérience principalement connectée avec la communauté locale de destination, afin de pouvoir sentir qu’il appartient à tous les endroits, même si il se trouve à l’autre bout du monde».

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Page d’accueil d’Airbnb pour le Mexique – Crédits : Airbnb.

Le boom renversant de la plateforme

L’essor d’Airbnb au Mexique s’est propagé à une vitesse incroyable. La croissance à trois chiffres de la plateforme confirme la vocation touristique du pays, 9ème le plus visité au monde selon l’Organisation Mondiale du Tourisme. La compagnie présente officiellement au Mexique depuis 2013 affiche des vocations d’expansion pour le pays. Depuis 2015, l’objectif est de conquérir le tourisme national. Des milliers d’utilisateurs, pour la majorité étrangers : des américains, des canadiens et des européens, sont parvenus à augmenter l’activité de l’entreprise de 200% depuis son arrivée. Au premier trimestre 2016, 79% des touristes de la Riviera Maya sont étrangers (El Universal, 2016). Airbnb cherche à attirer le tourisme domestique qui représente 90% du flux du tourisme national, selon le INEGI (Institut National de Statistiques et de Géographie).

En effet, le nombre de voyageurs a augmenté de 160% entre 2014 et 2016 (Economía hoy, 2016). L’augmentation du nombre d’offres de logements disponibles sur le site internet est de 144%. Actuellement, ce sont 25 000 membres répertoriés pour la communauté de Mexico. La startup compte plus de 37 000 propriétés réparties dans toute la République. En comparaison, la chaine hôtelière la plus importante du pays : le Groupe Posedas dénombre 22 000 chambres d’hôtel (El financiero, 2015).

Les destinations touristiques les plus touchées sont :

1 – Playa del Carmen : 8 000 offres, (en comparaison 2 000 logements sont répertoriés à Rio de Janeiro, 8 000 pour Buenos Aires, et 7 000 pour São Paulo)

2 – México : 6 000 offres,

3 – Puerto Vallarta : 4 400 offres,

4 – Cancun et Cabo San Lucas : 1 400 offres.

La Riviera Maya, partie orientale de la péninsule du Yucatán est fortement concernée par l’essor de la plateforme car le secteur touristique est largement développé. La zone abrite des somptueux complexes hôteliers (Cancun, Playa del Carmen). Le long de la mer bleu turquoise des Caraïbes, les plages sont les plus réputées du pays. La destination s’avère incontournable pour la plongée : un long récif coralien abrite un grand nombre d’espèces. De même, les cénotes sont à explorer, ces bassins naturels insolites et spectaculaires. L’histoire locale se découvre à travers la culture fascinante des Mayas dans les antiques cités de Tulum, Cobá et El Rey, sans oublier le majestueux site archéologique de Chichén Itza. L’expérience de la richesse mexicaine passe également par l’initiation à des plats préhispaniques et des rituels religieux.

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Tulum – Crédits : Océane Aucour.

L’apparition d’Airbnb bouleverse le milieu hôtelier

Le partage des biens privés prôné par le modèle Airbnb a subi des critiques. Selon les associations professionnelles, elles mettent en cause le manque de régulation, la concurrence déloyale et le non-respect des règlements. Des revendications se font entendre par le biais des syndicats pour la qualification du statut des travailleurs. Les responsables politiques quant à eux, souhaitent protéger les consommateurs comme les travailleurs. S’ajoutent à cela les professionnels du milieu hôtelier qui dénoncent la menace des emplois et des affaires traditionnelles. Le négoce qui prône les valeurs du partage et de la confiance ne bénéficie pas aux chaines hôtelières.

A Cancun, dans la région de Quintana Roo, le secteur hôtelier s’est manifesté pour instituer un contrôle d’Airbnb, notamment concernant ses obligations fiscales.

James Tobin Cunningham, dirigeant de l’Association des Professionnels Immobiliers à Cancun affirme qu’«Airbnb est parti pour rester. Nous ne pouvons pas nous opposer à cela, mais il est légitime de chercher à ce que la pratique s’intègre et rivalise sous les mêmes conditions que celles de l’hôtellerie de Cancun et dans n’importe quel autre endroit du pays».

Le gouverneur Carlos Joaquín González et son équipe ont pratiqué du lobbying afin d’endurcir la régulation de la plateforme de location touristique (El Economista, 2016). L’idée est d’imposer aux bénéficiaires d’Airbnb l’obligation d’être enregistrés dans une base de données pour payer les mêmes impôts et charges sociales que le secteur hôtelier traditionnel.

Il s’agirait de proposer une réforme qui n’interdirait pas l’activité mais qui chercherait à la contrôler.

Ce type de plateformes entraîne des compétences déloyales, en marge de l’économie informelle. L’association des Hôtels de Cancun a estimé environ 10 000 emplois générés par la location de maisons et de chambres à travers la plateforme digitale Airbnb au Quintana Roo. Les hôtes d’Airbnb non seulement ne payent pas d’impôts mais ils ne génèrent pas d’emplois et n’ont pas à garantir la qualité du logement comme pour un hôtel.

Il existe certaines dérives puisque des propriétés sont achetées dans l’unique but d’être louées à travers la plateforme. Dans ce contexte, un contrôle de l’activité semble en effet nécessaire.

Le texte de loi pour réguler cette activité a été initié en 2015. La mairie Benito Juárez à Cancun a présenté le projet devant le gouvernement de l’Etat. La proposition intègre donc le paiement de l’impôt à l’hébergement pour ce type de logement dans la zone hôtelière de Cancun. Pour le moment, la proposition n’a pas abouti.

Avec des prix compétitifs, une concurrence déloyale et des offres de logement hors la loi, le boom de la plateforme représente le plus grand risque pour le négoce hôtelier mondial.

Mais l’économie collaborative continue à croître bien que les régulations commencent à se mettre en place. La mentalité de la société est en train de changer puisque chaque jour de nouvelles startups voient le jour avec le même mode de fonctionnement. Ainsi, l’équipe Airbnb au Mexique recherche le consensus puisque Torres déclare:

«Dans la mesure où nous nous agrandissons comme entreprise, une friction naît dans le lobbying hôtelier, avec le statut quo de l’industrie, donc, nous sommes proactifs pour maintenir le dialogue ouvert avec toutes les personnes impliquées afin de garantir la compréhension de notre modèle».

Pour le Mexique, le défi est bien de renforcer la confiance, en partie grâce à des régulations légales dans un réseau global d’utilisateurs. Ces derniers partagent la culture locale mexicaine et contribuent à son rayonnement international.

Océane Aucour

 

           

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