L’Amérique latine en route vers les étoiles

L’Observatoire européen à choisit le Chili comme emplacement pour les télescopes les plus performant au monde. Pourtant, peu de pays latino-américains ont une agence spatiale. Alors où en est la conquête spatiale en Amérique Latine aujourd’hui ?

    Que vous évoque le spatial ? Les fusées ? L’astronomie ? Ou encore les satellites pour GPS ou télévision ?  Et bien toutes ces réponses sont correctes. Il s’agit d’une notion très vaste et peu définie, qui change selon la personne qui en parle. Et si l’on entend beaucoup parler de certaines régions du monde comme l’Amérique du Nord, l’Europe, l’Asie ou encore de la Guyane pour la France, la visibilité de l’Amérique latine dans ce domaine est bien moindre. A tort pourtant. Car le spatial reste pour eux un secteur d’avenir.                                                        

Arrivée du Pérou dans l’utilisation de la technologie spatiale 

      Le 15 septembre 2016 a eu lieu le vol VV07 depuis la base de Kourou, en Guyane française. Le décollage s’est effectué en présence de nombreux membres d’Airbus et de la CONIDA (Comisión Nacional de Investigación y Desarrollo Aeroespacial, Pérou). A 22:27 précises, après quelques minutes d’ascension, le premier satellite d’observation de la Terre du Pérou s’est libéré de son lanceur (aussi appelé fusée)  afin de commencer le processus de mise en orbite à 694 km d’altitude – c’est-à-dire dans l’exosphère -, où se situent la plupart des autres satellites.

          L’emplacement de la base de lancement est très importante dans les lancements des satellites géostationnaire, et l’avoir autour de la ceinture de l’équateur permettent de profiter au maximum de la vitesse de rotation de  la Terre qui donne au satellite la stabilité nécessaire pour se maintenir dans l’espace. L’Amérique latine possède grâce à cela un avantage certain, et la Chine a par ailleurs déjà commencé depuis quelques années à lancer plusieurs partenariats avec des pays sud-américains concernant l’aérospatial.  

      Avec ce lancement et la création de ce satellite, le Pérou a fait un grand pas dans le développement et l’utilisation de la technologie spatiale. Nommé « PerúSAT – 1 » ou « SAT-1 Pérou », il a été créé en un temps record (24 mois) et lancé en partenariat avec Airbus Defence and Space (Division du Groupe Airbus, numéro 1 européen et numéro 3 mondial de l’industrie spatiale) dans le cadre d’un contrat au profit de l’agence spatiale péruvienne CONIDA. Soixante ingénieurs péruviens ont reçu une formation à Toulouse allant de 9 à 16 mois. L’accord va donc bien plus loin que la construction d’un satellite : les ingénieurs de la CONIDA ont bénéficié de l’expérience d’Airbus Defence and Space dans la conception, le contrôle et l’exploitation des systèmes spatiaux ainsi que dans toutes les opérations relatives à l’utilisation d’un satellite en orbite.

peru_sat_-_1_modelo

Péru-Sat1,  http://peru21.pe/politica/satelite-peru-sat-1-asi-se-gesto-su-polemica-compra-2261637

           Considéré comme le satellite sud-américain le plus sophistiqué en matière d’observation de la Terre, encore plus performant que les satellites brésiliens, il a une résolution de 70 centimètres et peut identifier les objets de moins d’un mètre de diamètre. Son but sera de fournir des images qui seront utilisées par la majorité des secteurs de l’État: agriculture, urbanisme, mines et pêche, environnement, activités illicites, catastrophes naturelles et bien d’autres. Le satellite sera suivi et géré par le Centre National des Operations d’Images Satellitaires (CNOIS) à Punto Lumbo au sud de Lima, où seront téléchargées les images prises par Perusat-1.                   

       La particularité de ce centre est d’avoir été remis par Airbus D&S en Octobre 2015 et qu’il servira également à traiter les images prises par tous les satellites auxquels le Pérou aura accès, comme prévu dans le contrat. Le centre et les images seront traités par des spécialistes péruviens formés par des techniciens français. Pour la CONIDA, nous avons donc là un très bon exemple de « transfert de technologie réussit vers un groupe de spécialistes péruviens qui constitueront à court et moyen terme un noyau national de développement et d’exploitation de technologie satellitaire d’observation de la Terre ». Le Pérou pourrait alors à terme être capable de construire ses propres satellites, peut-être même avant la fin de vie de Péru-Sat1 dans 10 ans. Le Pérou aura grâce au contrat qui a été signé non seulement pu acquérir un satellite, mais également un accès à six satellites français. De plus, les images obtenues pourront s’échanger avec d’autres Etats coopératifs, augmentant l’accès au nombre d’information qui pourront être utilisée par l’Etat péruvien, à travers la CNOIS.

      Le ministère de la Culture a fourni l’un des premiers objectifs de Peru-Sat 1, à savoir d’améliorer le cadastre des quelques 190 000 sites archéologiques du pays, dont le registre est pour l’instant incomplet. En effet, seuls 12 000 sites sont recensés actuellement et parmi celles-ci, 200 seulement sont officiellement inscrites par l’Etat. Le but de la DPAI (Direction du Patrimoine Archéologique Immeuble du Ministère de la Culture) est d’obtenir en juillet 2017 un premier catalogue d’images satellites et de données qui pourront être consultés dans tout le pays. Son impact sur le tourisme et la préservation des sites sera ainsi non négligeable. Une autre de ses utilisations prévue sera de mesurer les avancées de l’industrie minière dans leur jungle, ce qui sera plus efficace qu’auparavant grâce à la grande précision dont pourra faire preuve le satellite, tandis que l’Inspection des Finances de la République s’en servira afin de suivre la construction des grands chantiers publics.    

    Selon le directeur de la CONIDA Edgardo Barrueto, Peru-sat1 permettra donc une gestion plus facile et efficace du pays ainsi que d’éviter surcoût et perte de temps dans la mise en place d’opérations publiques quelles qu’elles soient, c’est-à-dire de contribuer au développement national.

Le Chili: Un des principaux sites d’observation astronomique du monde

       Traversons à présent le continent pour nous rendre au Chili. Si l’astronomie et l’espace vous intéressent, pourquoi ne pas sortir des chantiers battus et faire du tourisme astronomique? Le pays possède 40% de l’Observation astronomique du monde, notamment grâce à la présence des trois seuls sites d’observations de l’Observatoire européen austral (ESO). L’ESO est lui-même issu d’une coopération de 15 pays européens plus le Brésil. Ces trois sites sont l’Observatoire de La Silla, l’Observatoire du Cerro Paranal, et l’Observatoire du Llano de Chajnantor où se trouve l’ALMA, un radiotélescope géant situé a plus de 5000 mètres d’altitude. Vous avez la possibilité à partir de leur site internet d’organiser une visite de ces trois sites.

      Mais concentrons-nous sur l’Observatoire du Cerro Paranal, dans le désert d’Atacama – un des endroits les plus secs du monde – ne peut se visiter que les week end. Imaginez-vous un paysage martien, à 2635 mètres d’altitude, isolé(e), à deux heures de voiture de toute habitation, une terre rouge, un ciel pur et infini, des hangars solitaires, des rangées de fourgonnettes brûlant sous soleil, sans une personne en vue.        

      En montant une colline un peu plus loin, vous arrivez a l’observatoire optique le plus sophistiqué du monde, le fameux Very Large Telescope (VLT), composé au total de huits télescopes et équipé de plusieurs instruments. Vous y trouverez des bâtiments compacts hauts de huit étages contrôlés thermiquement et tournant de façon synchrone avec les quatre télescope qu’ils abritent. 

           Ces quatre Télescopes Unitaires (nommés depuis 1999 en langue mapuche Antu (le Soleil), Kueyen (la Lune), Melipal (la Croix du Sud) et Yepun (Venus ou Sirius, le doute subsiste)) sont équipés de miroirs de 8,2 mètres de diamètre. Pour les assister dans leurs observations vous trouverez les quatre Télescopes Auxiliaires, mobiles, de 1,8 mètre. Les faire travailler ensemble permettrait par exemple de repérer les deux phares d’une voiture située sur la Lune, et un grand télescope seul arrive à voir des entités ou objets quatre milliards de fois moins lumineux que ce qui peut être vu à l’œil nu.    

           Parmi ses nombreux faits d’armes, on dénombre l’obtention de la première image d’une exoplanète (ndrl : planète située en dehors du système solaire), le repérage de la plus vieille étoile de notre Voie Lactée (13,2 milliards d’années), la contemplation du premier système solaire connu au-delà du nôtre, la confirmation de l’expansion accélérée de l’univers et la première observation de ce qui arrive aux étoiles avalées par un trou noir. Au final, ce sont plusieurs découvertes par semaines qui sont effectuées.

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Vue des quatre télescopes du VLT – par Rivi-Travail personnel, CC BY-SA 3.0.,wikimedia

      Après avoir pu profiter de ce tour au VLT, vous serez emmenés, si les conditions le permettent, dans la grande salle de contrôle blanche et spartiate où travaillent de nuit, devant leurs écrans et séparés par de courts panneaux bleus marine, les quelques astronomes qui se relaient tous les dix jours.

       Ensuite, une fois ressortis, vous serez invités à descendre sous terre pour voir le lieu de résidence des quelques 200 personnes, scientifiques, techniciens, ingénieurs, qui se relaient sur le site. Vous y trouverez des couloirs sombres flanqués de rangées d’habitations, une immense coupole de cristal, un jardin exotique et une piscine. Et si vous vous décidez à y aller –ou mieux encore à y retourner- dans quelques années, vers 2024, vous pourrez même voir le E-ELT (Extremely Large Telescope) terminé, qui se trouvera sur le Cerro Armazones  à 3 060 mètres d’altitude et a vingt kilomètres seulement du VLT. Il sera capable de collecter quinze fois plus de lumière que le VLT, faisant de lui le télescope le plus puissant au monde.

La vulgarisation scientifique grâce au MIM (Museo Interactivo Mirado)

    Une fois de retour dans la capitale, ou avant de partir pour une telle aventure, pourquoi ne pas faire un tour au MIM (Museo Interactivo Mirado), équivalent chilien de notre Palais de la Découverte à Paris?

       Le MIM a déjà reçu en 2015 le Traveller’s Choice Award attribué par Trip Advisor et est l’un des 25 musées les plus populaires d’Amérique du Sud. Cette semaine, le musée inauguré en 2000 a accueilli son sept millionième visiteur, et fin 2017 devrait s’inaugurer dans la zone d’exposition le plus grand pavillon astronomique interactif d’Amérique latine. Si vous vous êtes déjà rendu dans un planétarium, vous aurez une petite idée de l’ambiance qui régnera dans ces nouvelles salles une fois le projet fini.

          Le nouveau pavillon sera composé d’un musée virtuel appelé « Espace univers » de 700 mètres carrés divisé en six zones comprenant 50 modules en rapport avec l’observation du ciel et la compréhension de l’univers. Ces zones permettront d’aborder en profondeur six thématiques distinctes parmi lesquelles: le « Système solaire », la « Vie des étoiles », la « Voie Lactée », ou encore les « Galaxies ». Il vous sera possible d’assister à la formation des planètes et de vous renseigner sur les trous noirs à travers la réalité virtuelle. Imaginez-vous dans une salle sombre de dix mètres de haut, une projection de la Voie Lactée sur un mur de plus de 200 mètres carrés, après être passé par plusieurs salles vous ayant donné l’impression de voyager dans l’espace. Nul doute qu’à la suite de ce périple  en Amérique latine vous aurez la tête et les yeux remplis d’étoiles.

Par Menon Celina

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