CORREA À GRENOBLE “SI JE ME PRÉSENTE DEMAIN À UNE ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE EN EQUATEUR, JE SUIS RÉÉLU”

Mardi 7 novembre, venu pour la remise du titre de Docteur Honoris Causa par l’Université Grenoble-Alpes, l’ex Président équatorien en a profité lors d’une conférence sur l’économie pour défendre son bilan à la tête du pays et régler ses comptes avec son successeur.

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07 novembre 2017. Président de l’Équateur jusqu’au mois de mai dernier, Rafael Correa s’est vu décerner, la semaine dernière, le titre de Doctor Honoris Causa par l’Université Grenoble-Alpes. ©Julien Tacco-Narquin

Déjà honoré du même titre dans divers pays, l’économiste et ex-dirigeant a reçu cette distinction pour la seconde fois de la part d’une université française. Précédée d’une cérémonie officielle, une conférence d’économie donnée par l’ex-président a été pour lui l’occasion de défendre ses dix années de présidence du pays andin, chiffres à l’appui. Il a également fustigé son successeur et dauphin Lenin Moreno tandis que la relation entre les deux hommes va en se dégradant.  

Un cours d’économie pour définir le  “développement comme processus politique”…

Correa a d’abord rappelé sa vision de la dimension politique de l’économie. Une économie non soumise au Capital mais au service de l’humain.

“Il faut changer les rapports de pouvoir…savoir qui décide : l’humain ou le capital.?”, a-t-il exprimé dans un  français parfait.

C’est la ligne politique que l’ex-dirigeant a tenu lors de ses trois mandats avec les Plans Nationaux pour le Bien-Vivre: “Buen vivir”, ou “Sumak Kawsay” en quechua. La notion inscrite dans la Constitution équatorienne, adoptée par référendum en 2008, vise à repenser la définition du progrès en remettant la nature et l’humain au coeur des politiques de développement.

…aux relents de meeting de campagne…

Rafael Correa, ici professeur d’économie, a adopté un ton plus universitaire que d’ordinaire, illustrant ses propos par des références et citant de nombreux auteurs.

Cependant – et ne trompant personne – l’exercice a très vite pris une tournure politique, l’ex-président en profitant pour défendre ses mandats et dresser un bilan peu modeste de la “Révolution citoyenne”: négociation fructueuse de la dette extérieure du pays ; nationalisation du pétrole équatorien et construction de raffineries étatiques ; amélioration de la perception des impôts, basée sur la transparence et la lutte contre l’évasion fiscale ; diminution drastique de la pauvreté résultant d’une efficace redistribution des richesses … Le tout illustré par un power point dont chacune des diapositives visant à défendre la réussite du modèle “correiste”.

…d’un ex-leader à la gouvernance irréprochable ?

Correa a défendu le principe d’une “démocratie formelle et réelle”, portée par des États qui représenteraient les “intérêts populaires” plus que ceux d’une “croissance appauvrissante” (sous-entendu du modèle néolibéral) et privilégiant une sortie de la dépendance aux matières premières par la création d’une “économie des ressources infinies”: celle de la connaissance.

la liberté c’est la non-dépendance”

Se référant à l’ambitieuse politique d’investissement public entreprise lorsqu’il était au pouvoir, le président renvoie ici aux mesures adoptées par son gouvernement pour l’éducation et aux tentatives de diversification de l’appareil productif.

Lors de l’échange avec son auditoire,  l’homme d’État n’a pu échapper à ses contradictions. En effet, malgré la reconnaissance de l’autonomie juridique des territoires autochtones et celle des droits de la nature, l’extractivisme demeure d’actualité au désespoir des communautés indigènes. La polémique concernant l’exploitation pétrolière du sous-sol du parc Yasuni, réserve d’une exceptionnelle biodiversité, a notamment refait surface.

Le personnage charismatique, à l’argumentaire bien rodé, n’a finalement pu répondre que par son habituel refus de voir les équatoriens comme “un peuple de mendiants assis sur un tas d’or”. Il a tout de même rappelé sa proposition faite à la Communauté Internationale d’introduire des compensations financières à l’exploitation des ressources non renouvelables pour les pays exportateurs.

De même, face aux questions qui lui furent posée sur les effets néfastes de la dollarisation dans l’économie nationale, il n’a su répondre que de manière sceptique, voyant la dédollarisation inenvisageable et l’union régionale peu réaliste.  

Au final, l’incorrigible ex-dirigeant continue de défendre l’image d’une politique sans faille, tout comme il refuse de reconnaître l’essoufflement de la gauche latino-américaine. Rafael Correa a à nouveau qualifié la destitution de Dilma Roussef de coup d’État. Il a aussi défendu la réélection de Nicolas Maduro au Venezuela et n’a pas douté de la véracité des résultats.

L’ancien président semble avoir du mal à laisser les rênes du pouvoir, n’acceptant ni les changements d’orientation de son successeur, ni la lassitude du peuple équatorien à l’égard de la décennie de révolution citoyenne.

“Si je me présente demain à une élection présidentielle en Equateur, je suis réélu”, a affirmé l’ancien dirigeant dans un demi-sourire.

Tom Chabert, Johanne Rod, Adélaïde Helary

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