De Bogota aux zones rurales, une paix à deux vitesses

DSC_0530Conférence débat au forum des ONGs, Grenoble, 18 octobre 2017 copyright © Samuel Vorlet


À l’occasion de l’année France Colombie, de nombreux acteurs engagés dans la construction de la paix se sont réunis à Grenoble du 17 au 19 octobre. Le forum des ONGs, organisé par l’Ecole de la Paix a permis de présenter au public les enjeux d’un accord dont l’application révèle des disparités d’envergure entre les villes et les campagnes.

Par : Lise Fabbro, Juan Camilo Cuadrado, Samuel Vorlet.


“La paix ne doit pas seulement se construire par le haut, mais aussi par le bas”, Daniel Pécaut.

Quand Wilfrido se lève tous les jours dans son quartier 20 de Julio à Carthagène dans le département de Bolivar en Colombie, il ne se sent pas dans un climat de paix, « seguimos en las mismas » – « les choses sont les mêmes ».

D’une voix peu convaincue, le leader de la communauté indigène Zenú, reste dans l’attente de résultats concrets du post accord. Comme membre de la communauté, il remarque que « nous n’avons pas vu les reflets du compromis de la Havane”, toutefois un espoir jaillit lorsqu’il nous fait part de son attente à un réel changement pour les paysans et pour les communautés indigènes. Il aspire à une transformation significative dans la vie des déplacés du conflit, “nous espérons que certaines de ces initiatives parviennent à révéler certaines avancées, et qu’elles amènent des résultats pour les familles déplacées tant dans les campagnes que dans les zones urbaines”, affirme Wilfrido. 

Audio Wilfrido – Leader de la communauté indigène Zenú

“Enjeux d’exclusion et de discrimination”, Danilo Rueda, de la Comisión Intereclesial de Justicia y Paz (CJP).

Selon certains défenseurs des droits, la paix se fait attendre pour les populations minoritaires afro-descendantes et indigènes, résidant loin de Bogota. Pour Ana María González Forero, Directrice de la Fundación por la Educación Multidimensional à Carthagène, les accords dépeignent un véritable point de départ. Toutefois, le pari de ces applications en zones reculées est grandissant “le problème est la mise en oeuvre, comment la garantir, avec quelles opportunités, et avec quelles ressources ? Les entités de coopération et le gouvernement colombien se contentent de donner un objectif, mais qui n’est que partiellement accompli », a décrété la Directrice de la Fondation.  

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Habitants de Boca Cerrada, San Onofre, Sucre, Colombie, mai 2017 copyright © Lise Fabbro

En effet, le 12 octobre dernier la Cour Constitutionnelle colombienne a « blindé » les accords de paix entre le gouvernement et les FARCs pour les prochains trois mandats présidentiels. A l’aune des élections prévues en mai 2018, l’accord est au centre du débat politique en faisant apparaître des problèmes structurels. Au terme des dix premiers mois qui ont suivi le référendum controversé, la paix est troublée par des assassinats à répétition dont les principales cibles sont des défenseurs des droits de l’Homme et des leaders communautaires. Des divergences s’établissent aussi dans les chiffres comme l’a rapporté Diana Sanchez de l’association Somos Defensores, au journal Libération pour l’édition du 4 et 5 novembre dernier. Selon l’experte, près de 81 leaders civiques ont été abattus depuis janvier dernier dans les régions rurales du pays. Quant aux chiffres officiels annoncés par le Président de la République Juan Manuel Santos Calderon, ces victimes seraient au nombre de  47 jusqu’à la fin du mois d’octobre.

Audio Ana Maria Gonzáles – Directrice de la FEM

“La paix des riches, la paix des pauvres, la paix des minorités”, Daniel Pécaut.

Daniel Pécaut, Directeur à l’École des Hautes Etudes en Sciences Sociales, spécialisé sur le conflit colombien, aborde dans le cadre du forum des ONGs, les différentes lectures possibles du conflit. Le sociologue apporte une vision qui permet d’élargir l’horizon des possibles, en affirmant que « les colombiens ont découvert au travers de la résolution du conflit, un ensemble de réalités sociales dont ils ne soupçonnaient pas l’existence ».

Le forum s’est tenu en présence de Monsieur l’Ambassadeur de France en Colombie Gautier Mignot, Monsieur l’Ambassadeur de Colombie en France Federico Renjifo Velez, la communauté colombienne à Grenoble, des défenseurs du peuple, Juan Pablo Guerrero coordinateur du projet Gestion de territoire dans le Pacifique colombien au CINEP (Centro de Investigación y Educación Popular /Programa por la paz), les représentants de la CCONG, Coordination Sud et Vamos Mujer (…). 

Reportage au forum des ONGs, le 18 octobre 2017 à Grenoble, copyright © Samuel Vorlet, Camilo Cuadrado, Lise Fabbro.

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