EN COLOMBIE, LA COUR CONSTITUTIONNELLE S’ATTAQUE A LA PLUS GRANDE MINE DE CHARBON

La Guajira : “Ce nord perdu de la Colombie, où les rafales de vent font se confondre le désert et la mer” (Mario Mendoza dans « Seul le Prix du sang »). ©Victoire Boileau

La plus haute autorité judiciaire du pays affiche sa volonté d’encadrer l’exploitation des ressources naturelles sur les territoires indigènes. Dans le département de la Guajira, elle a suspendu la déviation d’un fleuve demandée par les multinationales.

Par Victoire Boileau et Alexia Fournel

Après une première sentence de “restitution ethnique” en 2014 dans laquelle le Tribunal supérieur de Medellin a ordonné le retrait à cinq entreprises minières de treize mille hectares d’exploitation aurifère dans le département du Choco, la Cour Constitutionnelle colombienne s’attaque, à son tour, à la mine de charbon d’El Cerrejón, la plus grande à ciel ouvert de Colombie.

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El Cerrejón : la plus grande mine de charbon à ciel ouvert de Colombie

La mine El Cerrejón est une mine de charbon à ciel ouvert située dans le département de la Guajira en Colombie. Elle est l’une des plus grandes du monde et contribue à près de la moitié des exportations colombiennes (ce qui a permis au pays d’être classé parmi les dix premiers exportateurs mondiaux de charbon durant la dernière décennie). Ce mégaprojet minier, propriété de l’Etat jusqu’en 2001 est désormais détenu à 100% par des multinationales étrangères : l’australienne BHP Billiton et les européennes Anglo American et Glencore.

Les communautés de la Guajira dont le peuple Wayúu, majoritaire et représentant 38% des habitants, accusent depuis des années le mégaprojet minier d’El Cerrejón d’être responsable de la sécheresse, des problèmes de santé et de la détérioration de leurs modes de vie.

Le peuple Wayuu est la plus grande communauté indigène de Colombie par leur nombre. copyright ©Victoire Boileau

La Cour Constitutionnelle dénonce les méfaits de l’exploitation de la mine El Cerrejón

La Cour constitutionnelle colombienne a rendue une décision (sentencia T-704/16) le 1er mars 2017, dans laquelle elle dénonce les méfaits de l’exploitation de la mine El Cerrejón: “Il est évident pour la Cour que la région de La Guajira (…) supporte des charges environnementales disproportionnées dues à l’exploitation du charbon”. Dans cette décision, elle rappelle le principe de consultation préalable (consulta previa) des communautés indigènes et établit que les activités d’El Cerrejón “ont causé non seulement la mutation de l’espace physique où les activités sont réalisées, mais aussi la transformation de certaines communautés qui ont le plus souffert des effets de l’exploitation du charbon”. La Cour ordonne à El Cerrejón de “mettre en place une compensation visant à atténuer les effets négatifs causés par l’extraction de charbon par cette société dans la région« . Le gouvernement, à son tour, devra évaluer la nécessité de modifier, de suspendre, voire même de révoquer les licences accordées aux multinationales exploitant El Cerrejón.

©Victoire Boileau

Les mégaprojets miniers suscitent la peur. Le peu d’eau restant sur le territoire est-il voué à disparaître au profit de l’extraction ? L’Agence Nationale de la Licence Environnementale (ANLA) et Corpoguajira a donné l’autorisation à El Cerrejón de changer l’itinéraire du fleuve principal de la région (Rancherías) sur 3,6 kilomètres et de le déplacer à 700 mètres au nord, afin d’accéder aux quelques 500 tonnes de charbon enterrées sous son canal. Cependant, la Cour constitutionnelle a suspendu en août dernier les travaux à cet effet. Cette dernière a ordonné la suspension en déclarant qu’il était “nécessaire d’interrompre les travaux du Cerrejón si ce projet constitue une violation des droits fondamentaux de consultation préalable de la communauté, d’accès à l’eau, de sécurité alimentaire et d’égalité”.

Un arbitrage en faveur des communautés indigènes marginalisées

Les Wayúu sont victimes de violations des droits de l’Homme répétées et se trouvent dans une situation humanitaire critique. ©Victoire Boileau

Ces deux décisions de la Cour Constitutionnelle inquiètent les grandes firmes étrangères. Implantées sur le territoire depuis longtemps et jusqu’alors peu encadrées par les institutions nationales, leur pouvoir est aujourd’hui remis en question face aux réclamations indigènes en ce qui concerne le respect de leurs territoires ancestraux. La Colombie s’illustre ainsi, une nouvelle fois, comme novatrice dans la région en matière de respect des droits indigènes et de protection de l’environnement.

La Guajira est un département multilingue et pluriculturel comptant 400 000 habitants, on y retrouve de nombreuses communautés indigènes dont les Wayúu. Ce peuple, victime de violations des droits de l’Homme répétées et jusque là oublié par les institutions étatiques, se trouve dans une situation humanitaire critique.

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