Mexique : Une femme indigène présidente?

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 Création du Congrès National Indigène copyright © Congreso Nacional Indígena via Tweeter.

Le Mexique s’apprête à vivre en juillet 2018 des élections inédites : pour la première fois de son histoire, une femme indigène se présentera au poste de présidente si elle arrive à réunir 800 000 signatures avant le mois de février. María de Jesús Patricio se présente en tant que candidate indépendante et porte-parole des 43 communautés indigènes réunies au sein du Congrès National Indigène (CNI).

Par Zineb Fadhil, Lisa Froment, Coline Pla.

Mais qui est donc María de Jesús Patricio, surnommée Marichuy ? Pourquoi a-t-elle été choisie comme porte-parole par le CNI ? Originaire de la communauté nahua de Tuxpan (Etat de Jalisco), Marichuy comme d’autres femmes indigènes, est victime d’une triple discrimination en tant que femme, indigène et pauvre. Directrice de la « Casa de Salud » (Maison de la Santé), elle a fait de la médecine indigène traditionnelle un enjeu pour la défense des droits et des territoires indigènes. De cette lutte, est né l’engagement de Marichuy pour la lutte des droits indigènes au sein du CNI dont elle a été une des membres fondatrices.

Marichuy s’est aussi engagée sur la question des femmes et de leur libération. Lors d’un séminaire, Marichuy dénonce l’oppression et l’exclusion historique des femmes mexicaines et assure que ce sont aussi celles-ci qui sont à la tête de ces résistances. Elle a été désignée porte-parole du CNI en raison de sa condition de femme et d’indigène mais également pour sa longue expérience auprès des communautés.

Une démarche et des objectifs originaux

Depuis 2014, une réforme électorale a donné  le droit de se présenter comme candidat.e.s indépendant.e.s aux élections présidentielles. Le CNI, qui s’était toujours opposé à l’idée de participer au système électoral, a alors décidé d’inscrire la candidature de Marichuy. Ce choix a été largement soutenu et validé par 43 peuples autochtones mexicains ayant adopté la démocratie directe comme mode d’organisation.

L’objectif du CNI est d’utiliser l’outil des élections pour organiser les communautés autochtones et d’intégrer le thème de la cause indigène dans le débat public. Ce n’est donc pas dans la perspective d’arriver au pouvoir. C’est pourquoi Marichuy a refusé de recevoir les subventions publiques de l’Institut National Électoral pour financer sa campagne. Mais cette candidature a très rapidement été critiquée par de nombreux secteurs de la population mexicaine et de la sphère politique.

Marichuy, dans la ville de Mexico, le 7 octobre 2017, après avoir annoncé à l’Institut National Electoral son intention de se présenter comme candidate indépendante aux élections présidentielles mexicaines de 2018, copyright © youtube. 

Une candidature critiquée

Dans une société qui est reconnue et se reconnaît largement comme étant discriminante au niveau racial, religieux, social et du genre, les commentaires à caractère raciste et misogyne ne se seront pas fait attendre, remettant en cause la capacité d’une femme à diriger un pays, d’autant plus une femme indigène. Rien de très étonnant lorsque l’on part des résultats de l’enquête nationale mexicaine sur la discrimination avec 43% admettant la persistance d’une limitation sociale des indigènes pour leur caractéristiques raciales et 30% déclarent que la solution pour les indigènes de sortir de la pauvreté et d’arrêter de se comporter en tant que indigènes.

Alors que les communautés indigènes ne représentent qu’un « petit » pourcentage de la population (environ 7%) certains reprochent aux CNI une absence de représentativité de leur proposition de candidature. C’est notamment un argument utilisé par Francisco Gárate, le représentant du Parti Action Nationale (PAN, parti de droite),  qui a fini par décrire cette initiative comme étant « une drôle d’idée et une absurdité ».

Cependant la majorité des critiques ont émané des partis progressistes de gauche qui soulignent que cette candidature indépendante aura sûrement un effet en termes électorales sur les votes au détriment de la gauche institutionnelle et bénéficiera au PRI parti actuellement au pouvoir ; ou au PAN, deuxième force politique au Mexique.

Finalement, c’est dans ce contexte peu favorable et semé d’embûches que la porte-parole du Conseil Indigène de Gouvernement se lance dans une tournée nationale pour récolter au minimum 800 000 signatures de citoyen.ne.s mexicain.e.s avant février 2018. Arrivera-t-elle à valider officiellement sa candidature ?

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