Sport : Venezuela, le vent peut-il balayer la pauvreté?

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À El Yaque, petit village au sud de l’île de Margarita, des jeunes vénézuéliens peuvent pratiquer des sports extrêmes tout en s’émancipant de la misère sociale.

Par Julien Bianchini

El Yaque, une formidable fabrique de sportifs

Loin des terrains de foot et des pistes d’athlétisme, on retrouve le windsurf et le kitesurf, deux sports prisés des touristes en quête d’adrénaline. Bien qu’au Venezuela les prix sont inférieurs à ceux pratiqués en Europe, ils n’en restent pas moins inaccessibles aux jeunes vénézuéliens… et pourtant.

Gollito Estredo, Windsurf

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« Gollito » José Estredo Perez, copyright ©gollitoestredo

Issu d’une famille écrasée par l’extrême pauvreté vénézuélienne, Gollito a été initié au windsurf dès l’âge de 6 ans. C’est son frère, moniteur dans un club de voile qui lui a permis de s’initier au sport. Aujourd’hui huit fois champion du monde de Freestyle, son nom est synonyme d’excellence dans le milieu du Windsurf.

Gollito est un solide exemple d’ascension sociale mais il n’est pas le seul. Plus récemment, des jeunes athlètes se sont vus projetés sur le devant de la scène et font concurrence au maître. 

Miguelito Bruggeman, Windsurf

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Miguelito Bruggeman, copyright ©miguelitov05

Fils de windsurfer amateur, Miguelito a été plongé dans le sport dès son plus jeune âge. Profitant de la proximité avec Gollito, celui-ci a pu apprendre en l’observant. Comme la plupart des jeunes d’El Yaque, il travaillait de façon informelle avec les clubs du village en échange de prêt de matériel périodique pour s’entraîner. Sa passion pour le sport ainsi que son désir de se surpasser lui ont permis de progresser à une vitesse phénoménale, au point de battre les champions à quelques occasions. Dans l’esprit des Yaqueños [habitants d’El Yaque], il ne fait aucun doute que Miguelito sera la prochain porteur de flambeau en windsurf.

Sophie Carache, Kitesurf 

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Sophie Carache, copyright ©sophiecarache

Pour Sophie, une journée sans aller dans l’eau est une journée perdue. 18 ans et déjà double championne nationale ; entretien avec l’étoile montante du kitesurf féminin :

J’ai vécu toute ma vie à El Yaque, Margarita. Aujourd’hui je fais des études d’info-graphiste dans une université privée et je pratique le kitesurf en parallèle. Depuis mon enfance j’ai été entourée de touristes et sportifs étrangers, ce qui m’a permis de pratiquer l’anglais et apprendre de sportifs internationaux.

  •  Quelle est ta vision d’El Yaque, et par contraste, du Venezuela?

El Yaque est considéré comme étant un lieu plutôt tranquille mais surtout excellent pour la pratique du windsurf et du kite. Bien que la crise ait eu un impact direct sur le nombre touristes, le village est encore prisé pour le sport. La situation au Venezuela ne devrait pas être un sujet tabou, au contraire nous nous devons d’en parler. On ne peut occulter la crise économique et le nombre de personnes qui meurent de faim ou faute de soins médicaux. Deux ans auparavant cela semblait inconcevable. El Yaque est comme un autre monde qui ne semble pas être affecté par les problèmes du continent [nom donné au reste du Venezuela].

  • Pourquoi le Kitesurf?

Mon père était moniteur de windsurf et voulait que j’en fasse de même. Mais le sport ne me plaisait pas tant. J’ai décidé de m’orienter vers le Kite et je remercie encore mon père pour son soutien dans ce choix. Les sensations que le sport confère et la proximité à la nature est quelque chose d’unique.

  • Le kite est un sport presque de luxe, comment l’as-tu financé?

Mes parents m’ont toujours appuyée mais c’est surtout le Groupe Paradise [hôtel et club de voile d’El Yaque] qui m’a aidée en me prêtant du matériel pour naviguer. Depuis quelques temps je suis sponsorisée par des marques et je reçois du matériel ; quand je vend le matériel, l’argent va au club pour le rénover. Le club est ma deuxième maison maintenant.

  • Est-ce que tu as eu la possibilité d’aider des jeunes à ton tour?

Je donne volontiers des conseils et prête du matériel mais je suis encore trop jeune pour faire tout ce que je souhaiterais faire. Quand j’aurai avancé dans ma carrière j’aiderai les jeunes au maximum !

  • Penses-tu que le sport puisse sauver les jeunes de la pauvreté au Venezuela?

Le sport, quel qu’il soit, est un moyen très efficace pour échapper à la misère, ne serait-ce que le temps de la pratique. Le Kite est pour moi un sport très relaxant, la nature est partout : le vent, la mer… Le plus difficile est de réussir à en vivre mais El Yaque est le meilleur endroit pour y parvenir.

Une atmosphère favorable à  la prolifération sportive

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Plage d’El Yaque, copyright © http://circuitox.com/

Située au Nord-Est de Caracas, Margarita est l’île principale de l’État de Nueva Esparta au Venezuela. Si Margarita est partiellement à l’abri de la crise vénézuélienne, c’est sans compter sur El Yaque : une île dans l’île en marge de la république Bolivarienne. Bien que le village ne se trouve qu’à une centaine de kilomètres du continent, le sentiment est que celui-ci appartient à un tout autre pays en soi. Le village jouit des avantages du tourisme, et ce quel qu’en soit la crise. Les bodegón [petits commerces] sont riches en stock, les hôtels sont pleins et l’atmosphère est plutôt sûre (contrairement au reste du pays). À l’origine, le lieu, peuplé de pêcheurs, était une simple plage prisée pour ses conditions favorables à la pratique des sports extrêmes : un vent constant et peu de houle. Rapidement El Yaque prit forme grâce à la création d’infrastructures touristiques, de quartiers résidentiels et évidemment : des écoles de kitesurf et de windsurf.

Bien sûr cette réalité ne s’applique pas au pays entier, El Yaque est lieu quasi-exclusif de paix à l’ambiance favorable à la mobilité sociale. En effet, à une cinquantaine de kilomètres se trouve Porlamar, la plus grande ville de l’île, avec un peu plus de 150 000 habitants. Or, géographiquement proche d’El Yaque, Porlamar semble aux antipodes de celle-ci sur les problématiques sociales, économiques et de sécurité.

Si le vent ne balayera pas entièrement la pauvreté au Venezuela, le sport quant à lui permettra d’en échapper durant de brefs instants.

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