90 milles au Nord, l´histoire d´un voisinage très ancien…

La proximité géographique et historique entre Cuba et les Etats-Unis a incité un flux migratoire considérable entre les deux pays, même si, à un moment donné, leurs différences politiques ont impliqué la rupture des relations bilatérales. Alors que l´administration Trump renforce les politiques migratoires états-uniennes et sa position vers Cuba, il est important de comprendre la logique d´un mouvement de la population cubaine datant du XIXème siècle. Il s´agit d´un exemple précis qui symbolise l´ensemble des migrations hispaniques, puisqu´il a répondu aux antécédents historiques et témoigne des effets nocifs de la politisation du phénomène.

Par Lizandra Carvajal García

Passeport cubain (DR)

Le XIX siècle, le début d´un échange ininterrompu…

Le déplacement des Cubains vers les États-Unis a été une constante dans les tendances migratoires de Cuba, depuis le XIXème siècle. Pour cette raison, le « géant du Nord » peut être considéré comme l’une des destinations historiques des immigrés. Cette situation a déterminé l’existence de groupes d´individus qui ont vécu différentes expériences migratoires conditionnées par les diverses conjonctures historiques.

En 1820, la présence cubaine aux Etats-Unis a été estimée à plus de 1000 individus, un chiffre qui a atteint 12 000 personnes, en 1870. Cette population était principalement située à New York et à la New Orléans. Certains chercheurs ont observé une augmentation significative du mouvement migratoire cubain vers le sud de la Floride, à partir de 1869.  En particulier, Tampa et Cayo Hueso ont été les destinations les plus importantes. À ce moment-là, le gouvernement étasunien a interdit l´importation du tabac, et cet endroit est devenu une enclave pour des centaines de travailleurs et d’entrepreneurs liés à la fabrication dudit produit, qui quittaient Cuba en quête de meilleures opportunités de travail dans le territoire nord-américain.

José Martí et les producteurs du tabac de la fabrique de Vicente Martínez Ibor à Tampa, cité dans l´Habana Cultural : http://habanacultural.ohc.cu/?p=19235

Cette conjoncture favorable coïncide avec le début du processus d’indépendance dans l’Île, où l’émigration cubaine aux États-Unis a été considérée comme un élément essentiel aux opérations et au soutien de la cause indépendantiste. Aussi, elle est concomitante au processus de renforcement d´interdépendance économique entre les deux nations. Les États-Unis sont alors devenus la métropole économique de l´île jusqu`au 1959.

Rapport migratoire des populations hispaniques vers les États-Unis (1850-1970), cité dans La pupila insomne : https://lapupilainsomne.wordpress.com/2012/10/22/la-politica-migratoria-cubana-y-su-contexto-videos-y-cronologia/

Après l´indépendance, un lien qui se renforce…

L’arrivée du XXe siècle, avec la naissance de la République indépendante, a généré un flux d’immigration cubaine vers les États-Unis, motivé par des possibilités d’emploi à New York et au New Jersey, anciennes enclaves des insulaires. Il était ainsi possible d’apprécier un schéma migratoire divers, qui comprenait aussi bien les classes supérieures que les moyennes et basses. Par ailleurs, pendant cette période, il est possible de constater que les intentions migratoires de nature temporaire ont prévalu sur le type permanent qui a également été enregistré. Les principaux mobiles étaient les contradictions de l’ordre politique, et la situation économique du pays.

De 1930 à 1950, le mouvement migratoire insulaire vers les États-Unis reste une constante dans l´histoire de la nation, en raison de l’instabilité politique et économique que l’Île a connu pendant cette période, y compris deux processus révolutionnaires et de graves déséquilibres de l’économie nationale. Dans ce contexte, les États-Unis sont devenus le refuge des représentants des partis politiques déchus à Cuba et de certains membres des organisations révolutionnaires poursuivies dans le pays.

 1959 :  une nouvelle étape…

Le 1er janvier 1959 a marqué un point de rupture dans les relations entre Cuba et les États-Unis, puisque la question migratoire a été utilisée comme un instrument de pression et de déstabilisation politique par les nord-américains. Les premières années de 1960 ont représenté un changement significatif dans le processus migratoire cubain, car elles ont déterminé un changement dans la perception sociale et politique du phénomène, tant dans le pays d’origine que dans le pays d´accueil. Au moins pendant la première période, l’émigration cubaine laisse de côté les motivations économiques pour devenir fortement politiques. Puis, dans un second temps, elles se dirigent à nouveau vers des préoccupations financières.

L’existence de ce que les chercheurs appellent « vagues migratoires » a constitué l’une des caractéristiques de la migration au cours de la période post-révolutionnaire. Ce phénomène a commencé avec les flux immédiats au 1er janvier 1959, qui ont atteint leur niveau le plus critique en 1965 avec l’ouverture du port de Camarioca ; puis il s´est  réactivé, dans les années 1980, à cause de l’autorisation des départs par le port de Mariel et à nouveau stimulé au cours de la « crise des balseros », en 1994.

Connus comme les « marielitos », les groupes de cubains arrivent aux États-Unis pendant la crise du Mariel (1980) Copyright© Eddie Adams/Associated Press. https://www.nytimes.com/es/2017/01/16/los-marielitos-enfrentan-la-hora-de-la-verdad-su-expulsion-a-cuba/

De cette façon, le processus migratoire s’est concrétisé, à travers différentes étapes ou cycles, par des flux qui diffèrent qualitativement et quantitativement, selon leurs motivations et leurs traits démographiques. Il existe une différence considérable entre l’émigration qui a eu lieu jusqu’à 1965 et le reste des vagues ultérieures. Au-delà des divisions chronologiques, par rapport aux dates d’arrivée, il est possible de constater une diversité au sein de la communauté cubano-americaine, selon l´âge et la classe. Aussi, ces flux diffèrent par la forme d’insertion et d’adaptation dans le pays d’accueil, ainsi que par leurs relations avec le pays d’origine.

Les immigrés cubains se divisent alors en deux groupes distincts. Le premier, dénommé « exil historique » maintient une attitude réactionnaire en ce qui concerne une normalisation des relations américaines avec le gouvernement cubain, et soutient les mesures agressives contre l’Île. En revanche, le second groupe, composé de ceux arrivés dans les vagues subséquentes manifestent une préoccupation considérable par rapport à Cuba et ont une position plus favorable concernant un rapprochement entre les deux pays.

Une immigration encouragée par sa politisation

Dans une certaine mesure, les différents contextes d’insertion ont déterminé les chances de succès des premiers groupes de cubains par rapport aux arrivées ultérieures. En 1959, au milieu de la Guerre Froide, la politique établie par les États-Unis en matière d’immigration cubaine prévoyait un traitement préférentiel, grâce à la reconnaissance du statut de réfugié politique. Ledit statut a été légalisé par la signature de la Loi Publique 87-510, connue sous le nom de « Loi sur l’Aide à la migration et les réfugiés de l’Hémisphère Occidental », datant du 28 juin 1962, et approuvée sous l’administration de J. F. Kennedy.

Les membres de cette première vague ont été accueillis dans le territoire nord-américain comme des « héros fuyant le communisme ». Le gouvernement fédéral a consacré des fonds pour les programmes d’aide spéciale, comme par exemple le “Programme des réfugiés cubains” et le “Centre d’urgence pour les réfugiés cubains”, qui, jusqu’à sa fermeture en 1973, avait un budget annuel d´environ 100 millions de dollars.

En 1966, le président Lyndon B. Johnson a signé la « Loi pour adapter le statut des réfugiés cubains aux résidents permanents aux États-Unis, et à d’autres fins ». Communément appelée « Loi d’ajustement cubain », elle octroie l’asile politique, presque automatiquement, à tous les migrants cubains arrivant sur le sol nord-américain. Son objectif était d’adapter le statut de réfugié politique, à titre temporaire, pour les immigrants cubains (membres de « l’exil historique ») qui devenaient résidents permanents, en raison de l’accumulation de réfugiés dont la permanence n’avait pas une solution à court terme.

De cette manière, la loi a permis d’adapter le statut migratoire des nouveaux arrivants qui, après une année et une journée de permanence dans le pays, ont obtenu la catégorie de « résident permanent » et la possibilité d’acquérir la nationalité, en vertu de ce statut, après cinq ans de permanence sur le territoire. Il s´agit d´une prérogative encore valable pour la communauté immigrée cubaine.

Nombre d´immigrants cubains aux États-Unis (1959-1977). Source : Statistiques du MININT et de la Direction d´Immigration, Cuba.

Les vagues migratoires les plus récentes n’ont pas eu un contexte aussi bienveillant, en ce qui concerne la politique du gouvernement fédéral et en termes d’insertion sociale. Elles ont dû s’adapter non seulement au pays d´accueil, mais aussi aux codes sociaux pré-établis par les anciennes colonies cubaines dans le pays.

L´année 1995 représente un changement pour la stratégie migratoire nord-américaine vers Cuba avec l’approbation de la politique des « pieds secs et des pieds mouillés » comme un complément de la « Loi d’ajustement cubain ». Cette politique consistait à permettre l’entrée des immigrés insulaires aux États-Unis, soit par voie terrestre soit par voie fluviale, s´ils parvenaient à entrer sur le territoire sans être détectés par les autorités frontalières. Ce règlement a été aboli par l’administration Obama le 12 janvier 2017, laissant un contexte migratoire complètement différent qui traverse actuellement un processus d’adaptation, marqué par les défis imposés par l’administration Trump.

Les cubains interceptés par la police frontalière des États- Unis, cité dans El Nuevo Día :https://www.elnuevodia.com/noticias/internacionales/nota/eeuurepartioa55cubanosinterceptadosenelmar-2232507/#

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