La culture du pétard au Mexique: Attention, ça pique!

La quema del torito – Droits d’auteurs : Cid Marck

Les engins pyrotechniques sont présents dans la majorité des festivités traditionnelles et contemporaines mexicaines. Des milliers de  mexicains sont hospitalisés, ainsi que des dizaines y trouvent la mort chaque année. Retour sur la pyrotechnie au Mexique : de l’industrie à la pratique.

Lucas Vayssettes – 16/10/18

La culture du pétard, un art qui traverse le temps

Importés par les espagnols pendant la période de la “Colonia” (1521-1810), l’utilisation de la poudre dans les festivités mexicaines prend racine dans les coutumes religieuses des envahisseurs. Ces pratiques visaient à intimider les populations locales, en ajoutant un caractère quasi mystique à ces visiteurs blancs.

Au XVIIIème siècle, “la quema del torito” (l’embrasement de la vachette) lors des festivités dans les zones rurales mexicaines consiste à courir pour échapper à la vachette ardente, structure métallique bourrée d’engins pyrotechniques portée sur le dos par un volontaire. Elle rappelle l’encierro espagnol, tradition qui vise à lâcher les vachettes dans les rues lors des fêtes municipales. Ces similitudes témoignent de l’influence indélébile de la culture populaire espagnole dans les pratiques festives propres aux  traditions mexicaines.

La quema del torito – Droit d’auteur : Alan Alas

Aujourd’hui, le pays dispose de sa propre industrie d’engins pyrotechniques. La ville de Tultepec, au nord-ouest de Mexico DF, fabrique la majorité des produits utilisés à l’échelle nationale. Avec plus de deux siècles d’expérience, cette municipalité extrayait les matières premières nécessaires dans les alentours, à savoir autour du Lac de Texcoco (sur lequel s’est développé la ville de Mexico) pour le charbon, ainsi que sur la robe du volcan Popocatépetl pour la poussière de souffre. Depuis 200 ans, la majorité des familles de ce village vit de l’industrie du pétard. Ce marché est régulé par la Loi fédérale des armes et explosifs. Elle stipule 1 mois à 2 ans de prison pour non-respect des conditions de sécurité.

Elle est devenue la capitale du pétard et organise chaque année un festival international de la pyrotechnie.Décembre 2016, alors que la haute saison bat son plein pour les producteurs de pétard, le marché s’embrase en pleine journée. Ce marché, qui concentre un stock de plusieurs tonnes de matériel explosif, se consume et donne place à un feu d’artifice géant. Le bilan est lourd : au moins 42 personnes sont décédées et des centaines de blessés sont hospitalisés pour brûlures au troisième degré.

A Huejotzingo, le pétard pour la mémoire

Carnaval de Huejotzingo – Droits d’auteur : Pata de perro

Huejotzingo, Puebla. Chaque année, les habitants reproduisent la bataille de Puebla et les combats qui ont éclaté entre l’armée de Napoléon III et les populations locales lors de l’intervention française au Mexique au milieu du XIXieme siècle.

Chaque année, les Huejotzinguenses remplissent leur fusil de poudre, simulant l’arrivée des envahisseurs et le massacre des populations locales par ces derniers. Ici aussi, la poudre est au rendez-vous. Octobre 2014. La fameuse « Guerra de los batallones » vire au carnage. Alors qu’un participant est visé par le bataillon adverse, sa poche remplie de poudre s’enflamme et explose au niveau de la ceinture du membre du bataillon. L’homme  à terre ne sera pas la seule victime lors de cette édition du carnaval.

De l’exaltation a la désolation… et vice versa

La Secretaria de Salud, le ministère de la santé mexicain, estime que leurs infrastructures reçoivent plus de mille cas d’hospitalisation chaque année causés par les engins pyrotechniques. Les conséquences sur les victimes sont graves, elles peuvent aller d’une simple brûlure a un démembrement de la main, voire la perte d’un œil. Les victimes n’ont pas toujours atteint l’âge adulte.

Les engins pyrotechniques s’invitent dans l’ensemble des festivités réalisées au sein de la population mexicaine. Si chaque année de nombreux accidents ont lieu du a la pratique du pétard, elles se reproduisent au fil du temps. Dans un pays où le taux d’homicide annuel est supérieur a celui de l’Afghanistan, ou le ¾ de la population vit sous le seuil de pauvreté, la question des festivités explosives ne pose même pas; elle est nécessaire.

¿Viva Mexico cabrones?

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