La Guajira, les terres arides d’un peuple délaissé

La pointe septentrionale du continent sud-américain – Droit d’auteur : Suzie Mandier

Dans un environnement sec et isolé, les Wayùu luttent au quotidien pour leur survie. La beauté des paysages se lit sur les visages fiers, dont les plis se confondent avec les rides du désert. Cependant, une simple virée touristique dans la Guajira peut difficilement retracer l’histoire de ces communautés et ses années de résistance face aux pressions commerciales.

Par Suzie Mandier

 

A la découverte de la Guajira

Rioacha, porte d’entrée de la péninsule de la Guajira. Chaque jour, les 4×4 touristiques s’élancent à la conquête de la pointe septentrionale des terres sud-américaines.

Passée l’agitation citadine, les convois se retrouvent progressivement sur des routes de moins en moins asphaltées. A partir de là, les « péages » s’installent dans le décor. Loin de ce que l’esprit occidental nous laisse imaginer, les péages se matérialisent ici par une corde tirée au milieu de la voie, souvent tenue par des mains enfantines. Du pain, une sucrerie ou quelques pièces se transforment en droit de passage.

La corde tombe, le moteur se remet à vrombir, laissant ces êtres démunis dans un nuage noir d’indifférence.  En s’enfonçant dans ce labyrinthe désertique, seul l’œil affuté du chauffeur détecte la voie à emprunter. En chemin, dans la chaleur étouffante, se succèdent encore les enfants, gardiens de la route et illustrations des statistiques Oxfam.

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Gardien de la route, dès le plus jeune âge – Droit d’auteur : Suzie Mandier

Dans la Macuira, l’un des derniers parcs nationaux avant la frontière vénézuélienne, les traditions résistent encore et toujours à l’envahisseur. La gestion du tourisme et la vente d’artisanat dessinent un équilibre durable entre respect des coutumes et curiosité des voyageurs. Cet exemple laisse un goût de douceur sur les lèvres de l’espoir.

Mais cette réalité contraste avec les communautés plus proches du flux touristique, qui défigure petit à petit la beauté de cette culture aux mille facettes. C’est le cas de la baie de Cabo de la Vela, une étendue sablée qui se loge dans les bras d’une eau turquoise. Sur ces côtes, les familles confiaient leurs défunts aux tumultes de la mer, à bord d’un voilier, laissant leur âme prendre le large vers l’autre monde. Aujourd’hui, ce sont les voiles de kitesurf qui écument les flots.

Des airs de paradis à Cabo de la Vela – Droit d’auteur : Suzie Mandier

 

Les voiliers des âmes ont déserté pour laisser la place aux kitesurfs – Droit d’auteur : Solène Maurin

Des années de résistance du peuple Wayùu

Cet échantillon ne peut retracer que timidement la réalité des 700 000 âmes du peuple Wayùu. Ce peuple semi-nomade est constitué de plusieurs communautés, elles-mêmes composées de divers clans, réparties entre la Colombie et le Venezuela. Ils forment le peuple indigène le plus important de la nation colombienne.

Leur histoire va de pair avec la colonisation, période durant laquelle les « guajiros »  ont trouvé refuge dans ce désert hostile. Ils ont pu y développer des activités de commerce, d’élevage et d’artisanat malgré une lutte perpétuelle pour conserver leur territoire.

Après la résistance face aux colons, c’est l’invasion de projets d’extraction minière (El Cerrejon est une des plus importantes mines de charbon du monde) et pétrolifère que les Wayùu ont dû affronter. Ces immenses chantiers extractifs ont rapidement épuisé les ressources halieutiques et détourné les fleuves, sources de vie dans cet environnement aride, laissant ses habitants dans une sécheresse accrue.

Bienvenue dans l’aridité désertique – Droit d’auteur : Suzie Mandier

Ce peuple a également souffert de la localisation stratégique de sa région, un corridor pour les trafics en tout genre. Depuis des décennies, déplacements, exactions et assassinats ont été les « maux » d’ordre de la violence des groupes paramilitaires. Bien que la situation soit apaisée aujourd’hui, les stigmates du conflit persistent. Les problèmes liés à la sécheresse s’aggravent dans une zone où la course aux ressources naturelles s’accélère entre les familles locales et les entreprises internationales. Cette pénurie d’eau, minéral indispensable à l’hydratation des corps et des terres, entraine un nombre croissant de décès.

Face à ces circonstances, le gouvernement colombien fait l’autruche. En réponse, des associations locales se sont soulevées pour dénoncer les conditions de vie difficiles, le manque d’accès aux soins et à l’éducation. Cette indignation a été portée jusqu’à la Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme (CIDH) qui a ordonné aux responsables politiques de prendre des mesures d’urgence et de prévention pour sauver les plus vulnérables.

Un espoir avec le tourisme ?

Depuis leur installation sur ces lopins de sable, les Wayùu ont sans cesse lutté pour leur survie. Ces communautés ont su résister face aux colons puis aux paramilitaires. Aujourd’hui, le manque d’eau constitue la principale menace, et les opportunistes commerciaux se bousculent pour en tirer profit. Si les pouvoirs publics du pays continuent de fermer les yeux sur cette problématique, le peuple prendra les choses en main, encore une fois. Les Wayúu n’ont jamais attendu les aides extérieures pour subvenir à leurs besoins.

Grâce à la générosité de ses paysages, la région peut bénéficier d’un tourisme contribuant à son bon développement. Il reste à voir si la régulation de cet afflux pourra assurer la préservation des us et des coutumes du peuple Wayùu.

Le désert de la Macuira, un potentiel touristique – Droit d’auteur : Suzie Mandier

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