Le B.A.B.A du STOP féminin en solitaire

Carratera austral

Sophie GANDER, Carratera Austral, Chili – 2016

Après 3 000 kilomètres en STOP en 47 voitures différentes, parcouru pour la grande majorité en Solitaire en Argentine et au Chili, j’ai constaté que ce mode de transport fait peur, même si beaucoup souhaiterai éviter d’avoir à vendre un rein pour se payer un trajet en bus.  Faire du stop, c’est avant tout rencontrer des gens, alors je vous dresserai donc un petit portrait des personnes avec lesquels vous risquez de voyager si vous tentez l’expérience.

Sophie Gander

 

  • Le papa

C’est un homme seul dans la cinquantaine, qui ne prend jamais d’auto-stoppeur, mais qui aujourd’hui a fait une exception en vous voyant sur le bord de la route parce que vous avez « Presque l’âge de sa fille ».
Vous pouvez être certain que vos discussions tourneront autour de votre inconscience, que l’une des premières questions qu’il vous posera sera « Et ton père, il n’a pas peur ? », et qu’il écoutera vos histoires de voyages à moitié horrifié, à moitié amusée, en priant Dieu pour que sa fille ne fasse jamais la même chose. Soyez sympa, épargnez-le un peu dans vos récits.

Stop 1

Sophie Gander, de Punta del Este à Montevidéo, Uruguay, 2016.

  • Le papa envahissant

C’est une variante du « Papa », mais qui se sent investi de la mission divine de vous responsabiliser et de vous mettre face à face avec votre inconscience. Vous risquez d’entendre parler de toutes ces histoires d’agressions et de viols qui ont eu lieu dans les environs, mais également de vous faire passer un vrai savon. Le papa envahissant se distingue du « Papa » dans la mesure où il considère que son rôle ne s’arrête pas à simplement vous déposer plus loin sur la route, mais se considère garant de votre sécurité. Il sera souvent prêt à vous payer une chambre d’hôtel, ou vous donner de l’argent pour un Taxi tant l’idée de vous relâcher comme ça, sur le bord de la route, lui parait insoutenable.

 

  • La famille modèle

Assurance d’un voyage tranquille et agréable, la Famille modèle vous prendra car « Il reste une place entre le bébé et la grande », qu’ils sont de bonne humeur et partent en vacances, et que vous paraissez jeune et sympathique. Les discussions tourneront d’ailleurs toutes autour du thème de la famille : Ce que font vos parents dans la vie, comment ils perçoivent le fait que vous voyagez toute seule (Et d’ailleurs, quel drôle d’idée de voyagez seule, on est tellement plus heureux tous en famille !), votre nombre de frères et sœurs et la qualité de vos liens familiaux. Au moins une fois sur deux, si vous faites du Stop sur l’heure d’un déjeuner, ils vous inviteront à partager leurs repas, ou bien au restaurant, prendront une petite photo souvenir avec eux, et vous regarderont partir avec nostalgie comme s’ils vous avaient déjà adopté.

 

  • Le Chauvin (parfois le Chauvin raciste).

Pour ce trajet en votre compagnie, le chauvin se sent investi d’une mission : celle de vous faire changer d’itinéraire. Quoi, vous n’êtes pas allé à Torres Del Paine ? Impossible de continuer votre trajet sans retourner en arrière, de toute façon, vous ne trouverez jamais rien de plus magnifique sur terre.
Il faut aussi aller là, là, et là, et si vous n’avez pas le temps, vous n’avez qu’à annuler le reste de votre itinéraire, parce qu’il y a-t-il de plus beau sur cette terre que l’Argentine/le Chili ?
Vous passerez votre trajet à écouter la musique traditionnelle du pays, qu’il chantera avec des larmes d’émotions dans les yeux en vous comptant à quel point son peuple est un peuple d’exception, dans un territoire parfait. Il y a trop de pluie ? C’est bien ce qui rend les paysages aussi magnifique et aussi vert, beaucoup plus verte que n’importe où ailleurs. Trop de soleil ? ça ne vous fera pas de mal, regardez-vous, vous êtes blanche comme un cul. Vous trouvez l’accent argentin-chilien incompréhensible ? C’est pourtant la plus belle langue du monde et les espagnols devraient prendre exemple sur eux.
Il arrive que le Chauvin soit également raciste : Si vous tombez sur un bon nationaliste chilien, attendez-vous à ne parler pendant tout le trajet que de cette sale race de voleurs d’Argentins.

 

  • Le « Crise de la quarantaine »

Souvent pas un habitué du Stop, il vous prendra car il est en phase de remise en question de toute son existence et à l’affût de nouvelles opportunités. Mais rapidement, le voyage tourne au drame pour lui si vous commencez à lui exposer votre projet de voyage un peu fou, en solitaire, surtout si vous êtes actuellement loin de chez vous et pour longtemps. Vos discussions tourneront majoritairement autour de tout ce qu’il n’a pas pu faire et pourquoi (Marié trop jeune, enfants très tôt). L’atmosphère deviendra rapidement lourd et empreint de regret, surtout s’il commence à vous dire à quel point vous le faite se sentir mal, vous qui, ayant la moitié de son âge, avez eu l’occasion de faire plus de choses que lui. Vous pourrez rapidement vous retrouver à prier pour que ce voyage s’arrête, et vous sentir mal à votre tour d’infliger autant de remord à une personne qui vous rend service. Soyez-cool, si vous le repérez directement, dites-lui que vous allez simplement en vacances chez votre grand-mère ou un truc un peu moins exotique.

 

  • Le creepy-psychopathe

Dans l’idéal, si vous repérez que le conducteur qui s’arrête fait partie de cette catégorie, ne montez pas, cela vous évitera de longues minutes à réfléchir à comment l’informer gentiment que vous souhaitez descendre de son véhicule.
Si les premières questions qu’il vous pose sont de l’ordre de « Et est-tu toute seule ? », « Communique tu souvent avec ta famille ? », et que celles-ci vous font pensez que c’est en réalité une forme détournée de vous demander « Et si tu disparais comme ça du jour au lendemain, y a-t-il quelqu’un qui s’en rendra compte et qui saura ou te chercher ? », assurez lui que si, quitte à lui dire en riant que votre famille est tellement flippée que ils vous obligent à envoyer un message dès que vous rentrez dans la voiture pour décrire le véhicule, ou que votre copain vous attend dans la ville suivante, ou encore que vous vivez ici et avez un réseau de connaissances très étendues dans le coin.

 

  • Le Dépressif

Aujourd’hui, vous tombez bien, il se sentait un peu seul et avait besoin d’un avis extérieur pour prendre une décision existentielle, ou simplement se confier un peu sur ce qui lui arrive. Alors imaginez la joie qu’il a eu de vous trouver, sur le bord de la route. Vous le repérerez facilement, il fait preuve d’un enthousiasme à l’idée de vous prendre en STOP qui fait presque peur. S’empressera de mettre vos valises dans le coffre, vous demandera une bonne quinzaine de fois si vous êtes bien installés, et après les questions basiques de politesse commencera à vous exposer son problème ou ses réflexions du moment. Ne vous en faites pas si vous ne maîtrisez pas bien la langue, souvent il ne vous demandera que d’acquiescer, et un sourire polie avec un « Oui je comprends, c’est vrai que c’est une situation compliquée », ou bien « Vous avez bien raison », suffiront amplement.
S’il est particulièrement en forme, il vous accompagnera 100 voire 150 km plus loin que ce qu’il ne vous avait dit parce que « Je ne vais quand même pas te laisser là sur le bord de la route ». (Traduisez : Je n’ai pas fini de te raconter mon histoire, et j’ai encore besoin de vider un peu mon sac, et avoir une auto-stoppeuse me coute moins cher qu’une psy).

 

 

  • L’ancien Root ou l’Ex- Root

Celui-ci, c’est la pépite d’or, le conducteur parfait. Il vous prendra car il a connu la route, aime voyager et partager ses expériences qui sont souvent riches et intéressantes. Vous connaîtrez alors des trajets des plus instructifs, et prierez pour qu’il vous amène le plus loin possible et continue de vous raconter le monde, sa vie de Roots, ses expériences les plus tristes et les plus drôles. Il vous permettra de relativiser vos propres mauvaises expériences (Vous vous êtes fait voler tout votre argent par votre super pote et compagnon de voyage rencontrés 3 semaines auparavant et qui s’avère être en fait un cocaïnomane ? Rien d’anormal, lui aussi il s’était en plus fait voler sa carte bleue, son appareil photo, son passeport avant de se rendre compte que son ami était en fait un dealer recherché internationalement !).
Il sera le premier à vous proposer son aide, à partager sa nourriture, à faire des petits détours pour vous avancer ou à vous donner des contacts ou des conseils utiles : La route, il connait, il l’a pavé lui-même. Dans certains cas, il aura arrêté sa route après avoir rencontré la femme de sa vie et eu des enfants, mais vous pourrez voir à quel point ses yeux brillent à l’idée de se remémorer ses vieilles histoires de voyages. Dans d’autres, la Route restera son plus grand amour, et vous ne pourrez que crever d’admiration devant autant de fougue et de désir d’aventure. Ne vous en faites pas, le « Roots » n’est pas un phénomène rare sur la route, et sont en général très enclin à prendre les auto-stoppeurs.

bolivie voiture

Sophie Gander, sur la route du Salar d’Uyuni, Bolivie, 2016. 

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