L’île de Roatán est-elle l’Atlantide du XXIème siècle ?

On raconte que jadis, l’Atlantide fut engloutie suite à un phénomène naturel de grande ampleur qui la détruisit totalement, sans laisser de trace. Aujourd’hui, l’île de Roatán, au large du Honduras semble réécrire l’histoire, avec cependant une note de modernité dramatique. Attraction touristique de luxe et rêve des plongeurs : c’est un paradis qui n’est protégé de la destruction que par les courants marins, mais pour combien de temps encore ?

Loélia MAIRE

Une île perdue qui fait rêver

L’île Roatán est une petite île située au large du Honduras. Très prisée par les touristes américains venus bronzer en toute tranquillité, elle n’en demeure pas moins un milieu en sursis. Ancien repaire de pirates, on dit qu’elle regorge d’or et de précieux trésors, cachés dans une forêt quasiment inaccessible. D’ailleurs, il existe toujours de nombreuses épaves qui reposent encore sur les fonds marins et qui sont explorables par tous, pour peu que l’on possède le matériel adéquat.

Son plus précieux trésor n’est cependant pas d’or et d’argent mais d’ordre naturel. En effet, rares sont les touristes venus sur Roatán qui ne se sont pas essayé au snorkeling, cette pratique n’incluant qu’un masque, un tuba, une paire de palmes et une irrépressible envie d’explorer les « coraux magiques » qui font la réputation de l’île. Les récifs sont facilement accessibles aux plongeurs de tous poils et sont d’une beauté à couper le souffle. Les courants marins qui entourent l’île repoussent les eaux les plus froides vers le large, ce qui permet de maintenir l’eau à une température favorable à l’éclosion d’une vie sous-marine foisonnante et colorée. Il n’est pas surprenant au cours de quelques brasses de se retrouver entraîné dans les batifolages d’un banc de poissons-perroquets ou de tomber nez à nez avec un requin pacifique.

Mer de déchets plastiques à Roatan (Caroline Power) – Récifs coralliens (DR)

Le génocide caché au paradis

Mais cet article n’est pas une brochure touristique. Il s’agit de l’appel au secours d’une île prise en otage par une mer de déchets. Dénoncé en 2017 par la photographe Coraline Power, il s’agit d’un véritable désastre écologique qui se prépare à anéantir l’ensemble d’un écosystème jusque-là protégé par la mécanique de l’océan. A peine à une centaine de kilomètres au large de l’île s’en étend une autre, d’un tout autre genre. Des centaines de milliers de déchets plastiques se sont agglutinés, encerclant désormais la biosphère marine et étendant chaque jour un peu plus ses tentacules vers ce paradis sous-marin si cher aux habitants et aux touristes. Dans quelques années, si aucune mesure n’est prise, il ne restera des eaux fourmillantes de vie de Roatán qu’une mer de plastique nauséabonde.

Alors que les plages de l’île sont consciencieusement nettoyées, les déchets, principalement de nature plastique sont rejetés au large, loin des regards des touristes où ils continuent de détruire des milieux marins tout aussi importants et de polluer l’océan. Il est intéressant et tragique de constater qu’outre l’ingestion de couverts, morceaux ou encore sacs plastique par les animaux marins, la dégradation en profondeur des fonds océaniques est aussi à prendre en compte. La mer de plastique qui entoure Roatán n’est cependant que ce que l’on pourrait appeler la face émergée de l’iceberg car le vent et les vagues détruisent lentement mais sûrement ces déchets, les réduisant à de fines particules ensuite ingérées par les poissons, les méduses, et toutes sortes de créatures marines.

Malheureusement, ce phénomène est généralisé dans les Caraïbes et dans la majorité des mers du globe. En effet, on parle de plus de 64 millions de tonnes de poubelles rejetées chaque année dans nos océans, soit qui y sont directement déversées, soit qui s’y échouent après des semaines de « voyage » par les rivières. Il s’agit d’un défi régional dans cette partie du monde puisque de la propreté des sites de plongée et autres sites touristiques dépend en partie la bonne santé économique des Etats. Au Honduras, le tourisme est le 3ème secteur qui rapporte le plus chaque année après l’agro-industrie et le textile. En 2014, on estime la part du tourisme dans le PIB à 15,9%.

 

Plage de Roatan (DR) – Tortue étouffée par du plastique (DR)

Une prise de conscience trop légère

Depuis la parution des images choc de la photographe Caroline Power, des tentatives de mobilisation se sont mises en place, sans succès pour l’instant. La protection des océans doit être un mouvement mondial généralisé, puisque le phénomène ne touche pas que les eaux caribéennes et chaque habitant doit prendre la mesure de l’importance des mers et des milieux aquatiques pour notre bien-être commun. Les organisations mondiales de protection des océans peinent à estimer la quantité exacte de déchets rejetés chaque année dans l’océan. Le site Planetoscope permet de se rendre compte en temps réel de ces chiffres.

Couple de touristes italiens à Roatan (Crughy) – Requin baleine étranglé par de vieux filets (DR)

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