L’entreprise de Soft Power du Maroc en Amérique Latine

Centre Mohammed VI pour le dialogue des civilisations surplombant la ville de  Coquimbo, situé à 400 km au nord de Santiago, au Chili.

Le continent américain incarne une des régions cibles auxquelles le Maroc attache un intérêt prononcé. C’est dans ce cadre que le pays a consolidé sa coopération politique, économique et culturel avec les pays d’Amérique latine et des Caraïbes. Cependant, le regain d’attrait pour cette partie du monde pourrait bien cacher des intérêts plus géostratégiques. 

Par Sara Ait Jilali

La tournée effectuée par le Roi du Maroc, fin novembre, début décembre 2004, dans plusieurs pays latino-américains, à savoir le Brésil, l’Argentine, le Chili, le Pérou et le Mexique, a permis d’instiller, depuis, une véritable dynamique de consolidation de la coopération, entre le Maroc et l’ensemble de la région latino-américaine en général.

Au moment où, le voisin algérien explore et établie des partenariats  via la présence de la compagnie nationale « Sonatrach » dans la région. Cet acteur majeur de l’industrie pétrolière n’a cessé de se renforcer au cours des dernières années, au travers de son active participation au financement de plusieurs projets d’investissement en matière d’exploration gazière ou pétrolière dans divers Etats latino-américains.

En effet, il s’avère que sur les 35 pays du continent américain et des Caraïbes, seuls 15 Etats continuent de reconnaître « République arabe sahraouie démocratique », contre 20 qui ne reconnaissent pas cette entité. 

Ne serions nous pas témoins d’une nouvelle configuration stratégique de Sphère d’influence ? Où le Maroc et l’Algérie établiraient d’importantes stratégies de coopérations économiques, politiques et culturelles dans l’optique de défendre et de garantir leurs intérêts nationaux respectifs dans la région.

Car le moins que l’on puisse dire, est que le Royaume du Maroc ne ménage pas ses efforts en matière d’élargissement de ces zones d’influences en Amérique latine.

Assurément, le projet phare de ce nouveau regain d’intérêt étant la construction du Centre culturel Mohammed VI pour le dialogue des civilisations au Chili, trait d’union entre le pays en question et l’Amérique latine, qui a été inaugurée le 14 mars 2007 en présence du maire de Coquimbo et d’une délégation des autorités marocaines.

Le Centre Mohammed VI pour le dialogue des civilisations de Coquimbo

Le Centre Mohammed VI pour le dialogue des civilisations de Coquimbo

Divers sont les objectifs et les finalités que l’on pourrait assimiler au centre dans la région. Il s’agit tout d’abord d’un projet culturel touristique religieux de la municipalité de Coquimbo, dont le seul objectif serait de sensibiliser à la culture arabo-islamique et en particulier à la culture marocaine. Il ne serait nullement destiné à coloniser ou à islamiser la population locale. En plus de faire connaître la culture, le site propose diverses activités tout au long de l’année, notamment des activités culturelles, sportives et récréatives, ainsi que des œuvres sociales. Parmi les dernières activités réalisées, grâce aux bonnes relations que les deux pays entretiennent est la publication du livre de Gabriela Mistral en arabe intitulé « Marruecos vistos por chilenos », de même que  la publication et la traduction espagnol d’ouvrages d’auteur marocains.

Marruecos, lugar en el mundo visto por chilenos

Première de couverture du livre : Marruecos, lugar en el mundo visto por chilenos.

D’ailleurs, toujours dans cette élancé de promotion de la connaissance et de l’interculturalité entre le Royaume du Maroc et l’Amérique latine. Ce Centre, unique en son genre en Amérique latine, offre une opportunité inestimable pour le brassage culturel entre les intellectuels des deux rives.

Element qui transparait clairement dans les travaux du colloque international sur la diplomatie culturelle qui s’est tenu, en aout dernier à Santiago du Chili, sous le thème « La diplomatie culturelle comme pont du dialogue entre les civilisations ». Cette assemblée cosmopolite, instigué par le-dit Centre et l’ambassade du Royaume du Maroc au Chili, a réuni, dans la capitale chilienne et à Valparaiso, une multitude de diplomates et d’intellectuelles autour du concept de la diplomatie culturelle. Cet outils formidable, qui permet aux Etats de véhiculer leurs idées et leurs valeurs dans l’optique de consolider et de préserver leurs zones d’influence.  

Un congrès international sur la diplomatie culturelle organisé à l’initiative du Maroc

Un congrès international sur la diplomatie culturelle organisé à l’initiative du Maroc au Chili

Toujours est-il que cette diplomatie culturelle, qui de facto est une pure diplomatie d’influence, sert à promouvoir les intérêts nationaux des pays en question. Ce Soft Power  qui selon F-B Huyghe recouvre :

« Toute une gamme de méthodes étatiques ou non étatiques, obéissant à des intérêts économiques, politiques ou idéologiques, allant du lobbying à la désinformation, de la production d’idées à l’exploitation des relations, de l’argumentation auprès des instances officielles à la production de l’agenda du débat public, de l’action sur l’opinion à la déstabilisation informationnelle »

Ainsi, Cette dynamique nouvelle et ambitieuse de la politique étrangère du Royaume du Maroc envers l’Amérique latine qui se traduit par un élargissement notable des programmes de coopération culturelle mais pas que. Cette diversification ainsi que cette augmentation substantielle des champs d’intervention aussi bien économique, politique que humanitaire dans la région nourrirait donc des aspirations nationale dans un espace où l’Algérie n’est pas moins influente.

 

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