« Les reggaetoneros », nouveaux porte-paroles des mouvements sociaux en Amérique latine ?

Ricky Martin, Bad Bunny, J-Balvin… Ces grands noms du reggaeton sont connus pour leur titres populaires mais ont surpris par leur implication dans des mouvements de contestation en Amérique latine. De Porto Rico à la Colombie, ils ont soutenus leurs compatriotes descendus dans les rues pour clamer leur colère contre leurs gouvernements. Quel a été l’enjeu de leur soutien à la mobilisation de leurs compatriotes? Quelques réponses

Source: Los Angeles Times, 2019.

Le 8 juillet 2019 éclate un scandale impliquant le gouverneur de Porto Rico Ricardo Rosselló. 889 pages de conversations sur l’application Telegram entre 11 hommes (tous membres de son cabinet) sont divulguées, ce qui vaudra le nom à l’affaire de Telegramgate, Chatgate ou Rickyleaks. Ces messages datent de novembre 2018 à janvier 2019. L’un des plus marquants vise l’ex-conseillère de New York Melissa Mark-Viverito, en l’insultant de “pute”. Natalie Jaresko, ex-directrice du Conseil du Contrôle Fiscale est appelée “petite chatte” par Ramón Rosario, l’ex-secrétaire aux Affaires Publiques. La troisième femme concernée est Marta Font, ex-candidate aux municipales de San Juan. Rafael Cerame, consultant en communication pour le gouvernement de Porto Rico, se moque de son décès en disant qu’il aura “une nano seconde de deuil”.  Outre les femmes, Ricardo Rosselló appelle le journaliste homosexuel Benjamin Torres Gotay “mamabicho”, “suce bite”.

Qualifiée par les manifestants de raciste, homophobe et misogyne, les messages font également référence aux victimes de l’ouragan Maria qui avait fait 2975 morts en 2017: “En parlant de ça, on aurait pas des cadavres pour nourrir nos corbeaux ?”. Cette allégation a été vécue comme une trahison impardonnable pour la population, s’ajoutant aux preuves de corruption du gouverneur. (source: Periodismo Investigativo).

Un tiers de la population du pays mobilisé pour exiger la démission de Ricardo Rosselló. 

Après la divulgation des conversations par une société (qui a désiré rester anonyme), un million de personnes descendent dans la rue à partir du 13 juillet. Contre toute attente, trois grandes figures musicales s’unissent aux manifestants. Comme des chefs de file, les portoricains Ricky Martin, Residente et Bad Bunny entonnent en coeur “Ricky renuncia” – “Ricky démissionne”, slogan phare des manifestations. Residente en vient même à comparer le gouverneur à un dictateur, qui selon lui devrait démissionner de lui même.

Ils ont tous tenu à revenir sur l’île bien que certains soient en tournée. Leur participation a grandement contribué à la médiatisation des manifestations, du fait que leur public soit mondial. Pour appuyer leur soutien et cristalliser leur message, Residente, iLe et Bad Bunny s’expriment contre le gouverneur dans une chanson publiée le 17 juillet intitulée “Afillando los cuchillos” (“En aiguisant les couteaux”). Les paroles appellent à la manifestation “avec le poing en l’air” contre la “dictature”. “La furie est le seul parti qui nous unit” prononce Bad Bunny dans son couplet dans lequel il insulte en retour Rosselló, comme pour se venger de l’affront aux femmes, à la communauté LGBT et aux victimes de l’ouragan. 

Ricky martin en première ligne

Ricky Martin, lui même homosexuel, brandit le drapeau multicolore pour défendre sa communauté, à côté des autres artistes présents qui tiennent fièrement le drapeau de Porto Rico surplombant la foule. “Ceci n’est pas que pour Porto Rico, cela va être contagieux pour toute l’Amérique latine” déclare-t-il alors sur Univision lors des manifestations le 22 juillet à San Juan

Source: Los Angeles Times, 2019.

Ricardo Rossello finit par démissionner le 24 juillet. Quelques mois plus tard, dans une vague de contestations s’étend sur le continent, et un schéma similaire se dessine en Colombie en novembre lors des manifestations contre le gouvernement d’Iván Duque. Lors de la grève nationale, le public a reproché aux artistes de reggaeton colombiens Karol G, Maluma et J Balvin de ne pas s’être prononcés sur la situation. Suite à cela, ils se sont exprimés sur les réseaux sociaux en soutien aux manifestants. L’ont-ils fait dans un souci d’image médiatique ou par revendication personnelle ? J Balvin, lui, revient sur son silence en concert dans sa ville natale à Medellin, où il prie le gouvernement d’écouter son peuple.

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