Au Mexique, la création d’entreprise, une voie difficile pour l’émancipation des femmes

Edition 2019 des 100 femmes les plus puissantes du Mexique réalisée par Forbes Mexico réunissant des entrepreneures, cheffes d’entreprises, scientifiques, personnalités politiques, militantes, sportives et artistes. ©Forbes Mexico

Selon l’Institut National Statistique et Géographique, alors qu’elles représentent la moitié de la population active et sont majoritairement plus diplômées, seulement 43,7 % des femmes au Mexique disposent d’une activité économique, contre 77,5 % des hommes. Malgré ces résultats, considérés comme les plus bas au sein de l’OCDE, le Mexique est pourtant le deuxième pays d’Amérique Latine après le Chili à offrir les meilleures conditions pour l’entreprenariat féminin. C’est en saisissant cette opportunité que certaines tentent de pénétrer un marché du travail encore difficile d’accès.

Par Guillemette Bellanger

La participation à l’économie des femmes mexicaines représente 37 % du PIB, néanmoins ce chiffre ne prend pas en compte la part du travail informel dans lequel elles sont pourtant majoritairement présentes. Certaines cumulant parfois ces deux formes de travail. Selon l’INEGI, 19 % des mexicaines sont entrepreneures, représentant environ 4 millions de femmes.

Malgré un nombre de femmes entrepreneures en augmentation, créer son entreprise amène des difficultés supplémentaires liées à la pression de s’imposer et de faire sa place dans un milieu majoritairement masculin. Pour Lizbeth Zamudio, qui a créé en 2008 son agence en événementiel, « réussir quand on est une femme c’est très compliqué. Je le ressentais surtout dans les réunions avec des clients. L’impact est beaucoup moins important quand c’est une femme, seule, qui vient représenter son entreprise et offrir un service, que quand c’est un groupe d’hommes. Il faut apprendre à penser et prendre des décisions comme un homme, rester déterminée, solide et garder la tête haute car c’est un des seuls talents qu’on dispose tous égalitairement ».

Lizbeth Zamudio, directrice et fondatrice de Strategy and Events MICE, est la deuxième personne à gauche sur cette photo ©Strategy and Events
Site internet : https://www.strategyandevents.com/

L’entreprenariat comme vecteur d’émancipation

Pays aux législations libérales et dont la culture du travail est fortement influencée par son voisin états-unien, le Mexique dispose des journées de travail les plus longues au monde, avec plus de 48h par semaine selon une enquête nationale publiée en 2020. L’émancipation se fait par le travail, ce qui explique que de plus en plus de Mexicaines se tournent vers l’entreprenariat, le convertissant en levier d’autonomie et de réduction des inégalités de genre.

3 PME sur 5 créées en 2019 sont dirigées par des femmes. Pour justifier ce choix, 29 % d’entre elles avancent l’idée d’être autonome et indépendante. C’est d’ailleurs cette raison qui a motivée Lizbeth Zamudio à se lancer dans l’entreprenariat  : « c’était un rêve, celui d’être indépendante, de me prouver à moi-même que j’étais capable de réussir dans mon entreprise ». L’entreprenariat est également un vecteur d’émancipation financière, puisque 20 % des femmes entrepreneures se sont lancées par nécessité d’élever sa qualité et son niveau de vie. « Monter mon entreprise m’a apporté de nombreux bienfaits : l’indépendance économique, le fait de contribuer à la société en créant des emplois et enfin de me développer professionnellement aux travers de rencontres et d’expériences ».

Une société profondément machiste

Avec une augmentation des féminicides de près de 137 % entre 2015 et 2019 et une discrimination encore bien notable sur l’ensemble des sphères productive, sociale, sanitaire ou politique, la condition des femmes au Mexique est loin d’être idéale et les inégalités restent criantes. Le mois de mars de cette année a été l’occasion pour de nombreux mouvements féministes d’organiser des événements poussant les femmes à investir les rues et déserter leur lieu de travail pour manifester contre le manque de reconnaissance à leur encontre. Selon les chiffres officiels, la mobilisation lors de ce Jour International de la Femme a réuni environ 80 000 personnes dans les rues de la capitale, animées par des féminicides particulièrement violents qui faisaient alors l’actualité, dont l’assassinat d’une femme par son compagnon dont les photos du cadavre ont été diffusées dans la presse. Le « paro nacional » du lundi 9 mars encourageant les femmes à déserter la sphère publique avait pour objectif de mettre la lumière sur la force de travail qu’elles représentent.

Publication du compte Instagram du mouvement féministe Las Brujas del Mar à l’initiative du « paro nacional » qui s’est rapidement diffusée sur les réseaux sociaux grâce à l’hashtag #UnDíaSinNosotras

Dans ce contexte qui pousse les femmes à s’émanciper financièrement, l’année 2020 est en net recul en raison de l’épidémie du Covid-19 qui touche durement le Mexique. En effet, les PME créées et dirigées par des femmes agissent surtout dans le milieu commercial et des services, fortement impactés par le confinement et l’arrêt économique qu’il suppose. De manière générale, la participation des femmes sur le marché du travail, parce qu’elles occupent majoritairement des postes dans domaines jugés « non essentiels » est passée de 45 % à 39 % au cours de l’année 2020.

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