À Buenos Aires, l’impact de l’interminable confinement sur le système éducatif

Alors que la quasi-totalité de la population mondiale a été contrainte de s’isoler, les portègnes ont vécu le confinement le plus long au monde. Ce triste record a accentué la crise économique et sociale que l’Argentine subit depuis 2018. Les inégalités se sont accrues, y compris dans l’accès à l’éducation.

Comme dans la plupart des pays, le confinement argentin a débuté au mois de mars. Les écoles et universités ont donc fermé au moment où devait avoir lieu la rentrée scolaire. Cet isolement social préventif et obligatoire, appellation officielle en Argentine, dura six longs mois. Ce n’est qu’à partir du mois de septembre qu’il s’est progressivement assoupli.

Le système éducatif du pays en sort fortement affaibli. Durant toute cette année scolaire, l’inégal accès à l’éducation s’est considérablement aggravé.

Une fermeture des écoles qui creuse les disparités entre institutions publiques et privées

Pourtant supposée être la ville la plus privilégiée du pays, Buenos Aires n’a pas fait exception à la règle. Les écoles privées ont pu mettre en place des cours à distance, contrairement à la plupart des institutions publiques. L’État a pallié avec difficulté la fermeture des écoles et le résultat est sans appel. Beaucoup d’élèves se sont retrouvés complètement démunis et ont perdu une année d’étude.

Certaines universités publiques ont suspendu les cours, tandis que d’autres ont organisé des classes virtuelles. Mais beaucoup de cours n’ont jamais eu lieu. Tous les  examens virtuels de fin d’année ont été suspendus, parce que les universités n’ont pas trouvé d’accord sur les modalités d’examen. 

Agustina Serra, ancienne étudiante à Buenos Aires

Cette incapacité à mettre en place des mesures adaptées s’explique par les faibles moyens du secteur, aggravés par les coupes budgétaires imposées par l’ancien chef d’État Mauricio Macri. Au pouvoir de 2015 à 2019, il avait notamment suspendu un plan d’aide mis en place par sa prédécesseure Cristina Kirchner, qui assurait la distribution d’ordinateurs aux élèves dans le besoin. L’existence de cette aide aurait été particulièrement utile en temps de crise sanitaire.

Manque de moyens et risques de déscolarisation

Aujourd’hui, près de la moitié de la population argentine n’aurait pas accès aux nouvelles technologies. Près de 60% des argentins vivent sous le seuil de la pauvreté et beaucoup de ménages ne possèdent qu’un ordinateur. Pour les élèves, l’accès aux cours en ligne, s’ils existent, est donc compromis lorsque les familles ne sont pas suffisamment équipées.

D’après L’Observatoire Argentin de l’Éducation, 90% des écoles primaires publiques ont communiqué avec les élèves, mais de manière unilatérale, [via WhatsApp ou par mail]. La plupart des élèves n’ont pas eu d’interaction directe avec leurs professeurs.

Observatorio Argentino por la Educación – Données recueillies en juillet 2020

En français: 51% des élèves ont communiqué avec l’école ou les professeurs tous les jours. Environ 21% ont eu des nouvelles 3 à 4 fois par jour, 18% 1 à 2 fois par jour, 8% tous les 15 jours, et 0,4% n’ont jamais eu de nouvelles

Seules les familles ayant une connexion internet ont répondu à ce sondage. Or dans les périphéries et dans la province de Buenos Aires, beaucoup de familles n’ont pas accès à internet.

Plusieurs stratégies se sont mises en place. Une plateforme numérique a été créée pour que les professeurs puissent mettre en ligne des exercices. Quand la collectivité a constaté que la moitié des élèves n’avait pas accès à internet, l’État a réalisé des petits carnets d’activité qui étaient distribués tous les mois. L’école ouvrait donc mensuellement pour donner ces livrets, et distribuait en plus des produits de première nécessité. Un dispositif de visites à domicile a aussi été mis en place et a permis aux professeurs de se rendre chez les élèves qui n’ont pas internet deux fois par semaine, pour approfondir les cours et éviter un décrochage scolaire. 

Juan Manuel Leiva, Professeur à Florencio Varela dans la grande banlieue de Buenos Aires

D’après lui, cette pandémie aura finalement permis aux pouvoirs publics de mieux se rendre compte de ce que les Argentins traversent depuis deux ans. La mise en place d’un plan d’aide pour les personnes en difficultés a par exemple permis de savoir que dans le pays, 45% de la population travaille au noir. Avant cela, aucune donnée officielle ne rendait compte de la situation.

 Aujourd’hui, le système scolaire public n’est toujours pas rétabli. Un système d’alternance entre cours à distance et cours en ligne se met progressivement en place, et ne règle que partiellement les problèmes d’accès aux cours en ligne. Reste à savoir si l’État et ses provinces feront du problème de l’accès à l’éducation une priorité.

Par Judith Prost

Cet article vous a plu? Découvrez ce reportage pour en savoir plus sur les conséquences du Covid-19 en Argentine

Lire aussi:

La Nación:

Infobae, julio de 2020: https://www.infobae.com/educacion/2020/07/23/coronavirus-en-argentina-solo-1-de-cada-5-escuelas-tiene-clases-por-videoconferencia-y-proyectan-un-deficit-de-aprendizajes/

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