Brésil: Face à Bolsonaro, les universités en mode survie

Le ministère de l’éducation brésilien avait annoncé en mai 2019 un gel de 30% des dépenses de fonctionnement pour l’ensemble des universités dans le cadre d’une politique d’austérité, justifiée par le déséquilibre budgétaire du pays. A partir d’août 2019 de nombreuses facultés ont commencé à tourner au ralenti pour s’accommoder autant que possible avec les moyens alloués. L’université de Santa Catarina dans le sud du pays n’a pas échappé à ces difficultés, comme nous le racontent deux de ses étudiants, Marcus et Gilian, tous deux âgés de vingt-cinq ans.

L’annonce en mai 2019 du gel d’une grande partie des budgets des universités fédérales avait vivement fait réagir le monde étudiant , qui n’avait pas tardé à se mobiliser à l’échelle nationale au travers de manifestations et de blocages successifs. Même si cette baisse des fonds n’a pas affecté les salaires des enseignants, elle a toutefois contraint de nombreuses universités à limiter leurs dépenses de fonctionnement, ce qui regroupe l’entretien des infrastructures, l’achat de matériel, ou encore les factures d’eau et d’électricité.

Selon Marcus, étudiant en journalisme à l’université de Santa Catarina (Florianópolis), le gouvernement de J.Bolsonaro a d’abord souhaité couper les vivres aux facultés de sciences humaines car ces dernières constituent des bastions contestataires à sa politique:  » en sciences sociales tout le monde est contre Bolsonaro, les profs comme les étudiants ».

Les symptômes du ralentissement des universités : le cas de Santa Catarina

Près d’un an et demi après l’annonce des coupes budgétaires, l’enseignement supérieur brésilien semble tourner au ralenti, un constat certes exacerbé par la crise du coronavirus : « depuis le début des mobilisations en mai 2019 je ne me rends quasiment plus à la faculté » raconte Gilian, elle aussi étudiante à l’Université de Santa Catarina en licence de littérature. « En août 2019 l’université de Santa Catarina ne pouvait plus assumer certaines dépenses de bases : le campus n’était plus entretenu et de nombreuses bourses ont été supprimées », poursuit-elle. Au final le coronavirus a été profitable à l’université qui a pu mettre en place des cours à distance pour faire d’avantage d’économies au niveau des infrastructures.

« ON ASSISTE AU DEPART DE NOMBREUX ETUDIANTS HAUTEMENT DIPLÔMES »

Marcus, étudiant en journalisme

Les coupes budgétaires ont eu également pour effet de réduire le nombre de bourses, que ce soit pour les étudiants moins dotés mais également pour la recherche. « On assiste à de nombreux départs d’étudiants hautement diplômés qui préfèrent aller tenter leur chance à l’étranger, et ce dans tous les domaines », précise Marcus, avant d’ajouter : « moi-même je pense aller faire mon master au Portugal ».

De son côté, Gilian s’estime « chanceuse » d’en avoir bientôt fini avec ses études, elle qui est sur le point d’être dipômée. « Jusque là j’ai pu compter sur un job d’inventaire sur un site internet pour m’aider à financer mes études, mais si j’avais eu à les entamer aujourd’hui cela aurait été vraiment difficile pour moi ».

Vers une privatisation des universités fédérales ?

Face à la vive réaction du monde étudiant, le président brésilien n’avait pas joué la carte de l’apaisement en appelant ses partisans à organiser des contre manifestations. Pour Marcus, ce qui est vraiment marquant chez Bolsonaro c’est son refus catégorique du compromis: « il exacerbe les clivages politiques de la société brésilienne et défini lui même les sujets de fracture. Il cherche à opposer le monde universitaire aux catégories populaires, en présentant ce premier comme une sphère de nantis condescendants ».

« POURREZ-VOUS ÉTUDIER LA PHILOSOPHIE ET LA SOCIOLOGIE ? OUI VOUS POURREZ, MAIS AVEC VOTRE PROPRE ARGENT« 

Abraham Weintraub, ministre de l’éducation du Brésil jusqu’à juin 2020

Pourtant, ces coupes budgétaires incitent les universités publiques à rechercher des financements et des partenaires dans le secteur privé, « leur objectif est clair : restreindre le plus possible l’accès aux facultés de sciences sociales où tout le monde répudie leur politique » affirme Gilian.

En avril 2019 le ministre de l’éducation de l’époque A.Weintraub avait posé cette question rhétorique : « pourrez-vous étudier la philosophie et la sociologie ? Vous pourrez, mais avec votre propre argent », esquissant le projet d’une privatisation de l’enseignement supérieur en sciences sociales. Ces déclarations furent suivies de vives réactions dans l’opposition et dans le monde étudiant, ce à quoi le gouvernement, à défaut d’apaiser les choses, avait répondu par la généralisation des coupes budgétaires à toutes les disciplines.

Par Simon Viard

Pour approfondir :

Reportage Arte: « Au Brésil les universitaires décampent »

https://www.arte.tv/fr/videos/095549-000-A/bresil-les-universitaires-decampent/

Article Le Monde.fr : « Au Brésil, les coupes budgétaires ravagent l’université »

https://www.lemonde.fr/international/article/2020/03/16/au-bresil-les-coupes-budgetaires-ravagent-l-universite_6033264_3210.html

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