À Oaxaca, l’émergence d’initiatives low-tech pour réinventer l’économie locale

Dans l’État de Oaxaca au sud du Mexique, des jeunes sensibilisés par les enjeux sociaux et environnementaux, tentent de développer des projets alternatifs plus écologiques et plus justes. Entre auto-développement et autosuffisance, ils cherchent à se responsabiliser face à leurs propres ressources locales et changent leur relation aux technologies. 

Par Anouk Abt

Depuis les années 90, le Mexique comme tant d’autres pays d’Amérique du Sud et des Caraïbes, a tenté de s’adapter au libéralisme économique. Il s’est alors inséré dans des accords de libres échanges, en ouvrant son marché et en mettant l’accent sur le productivisme et l’exploitation intensive. Son économie rurale a été durablement déstabilisée. Les chaînes de consommations ont changé du tout au tout, dû à une forte dépendance alimentaire avec les États-Unis.

Exode rural, migrations et ressources locales

L’État de Oaxaca, situé au sud du Mexique, est le berceau des cultures zapotèque et mixtèque. Entre zones montagneuses arides, grands espaces boisés et littoral tropical, ses paysages et sa biodiversité sont denses et variés. Pourtant, cet État figure comme l’un des plus pauvres du Mexique et il est surtout marqué par de fortes inégalités sociales. La population rurale a soit dû s’adapter aux nouvelles conditions productives soit s’est retrouvée contrainte à migrer pour gagner les bidonvilles du pays ou les États-Unis.

Mais, aujourd’hui de plus en plus de jeunes entrepreneurs mexicains, sensibilisés par les enjeux sociaux et environnementaux que traverse le pays, tentent de développer des solutions alternatives plus écologiques et plus justes. Entre volonté d’auto-développement et d’auto-suffisance, ils cherchent à se responsabiliser et à revaloriser leurs propres ressources locales. Ils tendent également à changer leur relation aux technologies dans l’idée d’un progrès durable pour l’humain et la planète. 

Soleil et Cuisine Low Tech

C’est le cas de Victoria, entrepreneuse du projet « La Sazón del Sol » où sont confectionnés des produits alimentaires bio et locaux cuisinés avec le soleil. La naissance de ce projet répond à un désir d’autonomie :« Je voulais proposer une alternative aux grandes industries tout en sensibilisant la population à la préservation de l’environnement » confie-t-elle.

La sazón del sol – Vente de produits confectionnés avec des techniques solaires low-tech. ©Victoria Aguilera Velazco

La confection des produits alimentaires se fait grâce à l’énergie solaire. Sachant que dans cette région au climat propice, cette ressource naturelle est accessible à tous et à portée de main. Elle recourt ainsi à des technologies appropriées n’ayant aucun impact environnemental: fours solaires, marmites solaires et séchoirs solaires pour déshydrater et conserver les produits.

Des mangues en processus de déshydratation grâce aux séchoirs solaires de la sazón del sol. ©Victoria Aguilera Velazco

Des créations textiles donnant un second usage aux fleurs locales

Kei, une autre entrepreneuse mexicaine, a de son côté développé “El Retal Textil”, un projet soutenable de créations textiles artisanales. Elle met en vente des pièces artisanales, élaborées avec des produits locaux et ses techniques d’élaboration tendent à un impact carbone minimal. Elle a récemment organisé une grande collecte de fleurs de cempasúchi. Les fameuses fleurs qui ornent les rues mexicaines et les tombes durant la célèbre fête des morts de novembre. Son but est de redonner un nouvel usage à ces fleurs après ces grandes festivités populaires. Elle les fait sécher puis les déshydrate afin d’en extraire les pigments pour ses réalisations de vêtements et d’accessoires. 

Les fleurs de cempasúchi. © Kei Komori

Ces projets parmi tant d’autres dans la région, mettent en avant l’usage d’«ecotecnologías»  dénommés également low-tech. Cet usage se développe de plus en plus, car il semble pour une part de la population opportun pour bâtir l’avenir. Les projets low-tech à la fois durables et réparables, permettent de s’affranchir des grands systèmes de productions industrielles. À l’inverse du high-tech nuisible à l’environnement et à la société, ces techniques se veulent le moins dépendantes possible des ressources non renouvelables. Elles permettent à chacun de subvenir plus sainement et plus sobrement à ses besoins.  Dans l’État de Oaxaca, les démarches low-tech sont alors devenues prometteuses, car elles permettent d’améliorer l’autonomie et la résilience des populations et contribuent à préserver ou régénérer les écosystèmes.

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