Bolivie : Les Cholets d’El Alto, signe extérieur de richesse de la bourgeoisie Aymara

Par Anaïs Lekouma

En périphérie de La Paz, capitale économique du pays se trouve la nouvelle ville de El Alto. Angel Cahuapaza, étudiant d’anthropologie vit dans le quartier 16 de julio à El Alto depuis son plus jeune âge, il nous décrit son quartier, sa vie et son rapport à ces mystiques architectures que sont les Cholets. 

 © Cholets en El Alto/ Arnau Rovira

Les « Cholets » un mélange du français chalet et du mot « cholo » se référant négativement à l’ethnie Aymara, sont des constructions d’un style roccocco que certains pourraient considérer comme « kitsch » mais qui sont envisagées, dans la culture Aymara, comme un symbole de bourgeoisie. Angel nous explique « qu’ils sont devenus une manifestation de la richesse non plus seulement économique mais aussi culturelle de cette ethnie ». Chaque construction est unique et possède sa propre personnalité. Le quartier d’Angel, le 16 de julio, se trouve être un des endroits où s’agglomère la plus grande quantité de Cholets. Ce quartier emblématique d’El Alto abrite le plus grand marché d’Amérique Latine donnant une visibilité accrue à ces étonnantes architectures andines. 

A l’intérieur, tout fonctionne selon un ordre défini. Le rez-de-chaussée est consacré à l’activité commerciale, certains peuvent vendre des meubles, des miroirs, des vêtements… Le premier étage est dédié, lui, à l’organisation de fête et d’évènements clés dans l’expression de la richesse andine. Les troisièmes, quatrièmes et parfois cinquièmes étages sont des appartements disponibles à la location avant d’atteindre le dernier étage, qui est lui consacré à l’espace de vie des propriétaires de l’architecture. Rien n’est pensé au hasard et le haut se trouve être proche du Alaqpacha ; « le monde supérieur » en Aymara. 

Quand de riches familles andines mettent en scène leur réussite

Les Cholets accueillent, au deuxième étage, plusieurs types d’évènements que Angel divise en deux catégories : les sociales et les prestes. Les sociales sont des réunions de taille moyenne avec un regroupement de familles, fêtant une occasion particulière : un mariage, un anniversaire ou un baptême. Les prestes sont eux, de grandes fêtes organisées par les qamilis, ces familles aymaras les plus aisées (où Angel nous raconte que l’on peut « croiser de grandes puissances économiques ») ou par des groupes de folklore voulant mettre en avant leur prestige.

Selon lui, il est possible de reconnaître ces riches personnalités selon leur manière de se vêtir d’une part mais aussi à leur consommation d’alcool pendant ces évènements : « on peut les reconnaître facilement, ils boivent plusieurs litres de bière ».

Les prestes se réalisent le vendredi soir jusqu’au petit matin et sont appelés verbena. Les sociales se déroulent les samedis et dimanches, ils commencent en début d’après-midi et se terminent généralement vers 19 ou 20 heures.

Les pasantes, expression des codes de la culture Aymara.

Les organisateurs de ces évènements sont appelés les pasantes. Ils se chargent de tout ce qui touche à la fête, des commandes jusqu’à l’organisation. Ils se chargent d’inviter les groupes qui vont se produire lors de la fête. Plus le groupe est célèbre et plus le prestige de la famille ou du groupe organisateur est mis en avant. Angel nous relate « il y a deux ans, C.C Catch est venu pour le preste des Morenadas Chacaltaya avec un contrat signé à plus de 80 000 dollars américains pour une heure de représentation ! ». Un concert utile puisque qu’Angel s’en souvient et qu’il fait référence, plus tard, aux Morenadas Chacaltaya comme d’un « groupe prestigieux ».

Mais l’organisation de ces fêtes est minutieuse. Afin d’être approuvé par la société folklorique il est nécessaire de répondre aux codes de cette dernière. Ainsi, les organisateurs se doivent de planifier une première réception sociale où se produisent les chanteurs et où de cette façon, la richesse est exposée à une liste d’invités plus restreinte. S’en suit la pre-entrada et la entrada où la salle se remplit d’invités désireux de venir faire la fête aux côtés des grandes familles Aymara d’El Alto. 

Les Cholets, phénomène culturel et politique.

Ces architectures hors du commun abritent donc bien plus qu’une fierté artistique Aymara. Ils servent aussi de vitrine d’une ascension sociale grandissante de riches familles de la plaine d’El Alto : les qamilis, grâce à de grandes fêtes et évènements étalant ce pouvoir. Cette volonté de la bourgeoisie indigène de Bolivie d’exposer sa richesse débute en 2005 avec la construction des premiers Cholets. Derrière cela, se trouve également une volonté patriote d’investir dans le développement économique de la nouvelle ville d’El Alto. 

On compte environ une soixantaine de Cholets à El Alto, ville précurseur d’un mouvement d’expression de la bourgeoisie Andine. En effet, les œuvres inspirées du grand artiste bolivien Freddy Mamani émergent dans d’autres pays d’Amérique Latine comme le Pérou ou le Chili. 

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