Bolsonaro, ma famille et moi.

Manifestation de femmes à Sao Paulo en septembre 2018, Source Andre Penner AFP

Le Brésil a connu en 2018, l’élection la plus polarisée de son histoire. La victoire du député Jair Bolsonaro à montrer les profondes divisions que connaît le pays jusqu’au sein de la famille et des cercles d’amis. Malgré ses propos misogynes, racistes et homophobes, le candidat a séduit femmes et hommes, originaires de toutes les franges de la société.

Par Olivia LELIEVRE

Jeune fille née d’un père français et d’une mère brésilienne. J’ai toujours partagé ma culture entre ces deux pays. Ma mère a quitté, il y a déjà 30 ans,sa région natale le Rio Grande Do Sul, l’une des régions les plus riches du Brésil, domaine des grands propriétaires terriens, pour se rendre à Paris. Les réseaux sociaux ont toujours été un outil important pour garder le contact avec la famille et les amis restés là-bas et pour se tenir au courant de l’actualité.

En 2018, 63,24% de la population de la région a voté pour le député d’extrême droite Jair Bolsonaro.

Un groupe Facebook pour lutter contre le candidat d’extrême droite.

A l’été 2018, je suis introduite par ma mère à un groupe facebook, “Mulheres Unidad contra Bolsonaro.  « Toutes les femmes au Brésil, et même ailleurs, doivent se battre contre cet homme qui nous méprise”, m’explique-t-elle. Les réseaux sociaux ont pris une place très importante dans la campagne brésilienne, des milliers de groupes “pro” ou “anti” Bolsonaro ont émergé et celui-ci a rapidement mobilisé plus de 3,9 millions de membres.

Annoncé comme un groupe officiel visant à unir les femmes de tout le Brésil (et celles qui vivent hors du Brésil) contre l’avancement et le renforcement du machisme, de la misogynie, du racisme, de l’homophobie et d’autres types de préjugés, cette page devenue si influente a même été victime d’un piratage, quelques semaines avant l’élection. Cette mobilisation virtuelle contre le candidat Bolsonaro s’est accompagnée d’une vague de manifestations de femmes dans tout le pays avec pour slogan “EleNao” (pas lui).

Pourtant, toutes les femmes du Brésil n’ont pas combattu le député d’extrême droite, et ses propos violents sur le viol et le harcèlement sexuel. Beaucoup, venants de milieux sociaux différents, qui ne partageaient en rien les valeurs du candidat l’ont d’ailleurs soutenues et portées au pouvoir.

Un président qui sert les intérêts d’une minorité.

Ma mère, qui partage son engagement politique entre la France et le Brésil m’explique, tout en nuance, pourquoi autant de nos connaissances ont pu voter pour celui qui a été présenté dans la presse étrangère comme un fasciste : ”Une partie de mon cercle d’amis au Brésil travaille justement dans l’agro-business et sont propriétaires de grandes Fazendas. Eux, je les comprends, même s’ils ne partageaient pas ces valeurs, ils avaient tout intérêt à soutenir Bolsonaro, il travaille pour eux en quelque sorte.” Explique-t-elle. Ils sont le deuxième B du lobby “BBB”, “Balles, Boeuf, Bible”, défendu par le président.

Mais pour autant, une forme d’incompréhension se dégage lorsqu’elle me parle de cousines éloignées ou d’amis qui défendent le président : “certains ont gobé tous les mensonges qu’il a pu raconter durant la campagne, j’ai coupé tout contact avec eux, ça fait mal mais je ne regrette pas.”. Mais alors comment expliquer l’adhésion si rapide qui s’est faite autour de la personnalité du président ? Elle continue : “Je connais beaucoup de personnes qui ont accès à l’information, qui ont reçu une très bonne éducation et qui se sont mis à relayer les théories conspirationnistes les plus absurdes et les attaques, parfois totalement farfelues, contre le PT. La victoire de Bolsonaro n’est pas entièrement un vote d’adhésion, c’est aussi un profond vote de rejet du parti des travailleurs de Lula et Dilma, entachés par tous ces scandales de corruption.”.

Elle termine, en expliquant que ce phénomène s’est moins ressenti à l’étranger “En France, même si on anticipait sa victoire, nous avons montré notre opposition. D’ailleurs, le jour de l’élection, tous ceux qui s’étaient déplacés à l’ambassade hurlaient des slogans contre Bolsonaro.”

L’élection de Jair Bolsonaro à la présidence brésilienne a ainsi renforcé les profondes disparités qui existaient déjà dans le pays. Le président à créer à son profit une alliance de couches sociales peu compatibles entre elles allant des plus riches aux plus pauvres.

Dans un Brésil fracturé, la politique est devenue un sujet qui fâche et qui met à mal les amitiés et la structure familiale. En effet, face à une personnalité qui suscite tant d’émotions contraires chez les brésiliens, difficile de rester cordial. 

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