Migrants vénézuéliens, coronavirus : voyage aux frontières de la Colombie

Auteurs : Diana Ribeiro et Guilhem Meillour – Ecrit en décembre 2020, publié le 04 février 2021

Militaires vénézuéliens patrouillant à la frontière colombienne. Crédits : El Periodista, Buenos Aires.

Durant nos voyages en Colombie, nous avons franchi trois frontières de la Colombie
(Équateur, Brésil et Venezuela). Ces expériences nous amènent à réfléchir sur la porosité des
frontières en Colombie et la difficulté des migrants vénézuéliens à les traverser dans un
contexte d’épidémie du COVID-19.

Lorsque Diana s’est rendue dans la ville colombienne de Leticia, dans la région
amazonienne à la croisée des frontières colombienne, brésilienne et péruvienne, elle s’est
retrouvée au Brésil sans s’en apercevoir. Lorsqu’elle a traversé la frontière à Ipiales, séparant
l’Équateur de la Colombie, elle a dû présenter son passeport aux gardes du poste de contrôle,
dépassant des centaines de vénézuéliens qui dormaient dans les rues et les gares dans l’attente
d’un visa. Guilhem s’est rendu à Cucuta, ville frontalière avec Venezuela, et le constat est le
même qu’à Ipiales. Dans cet article, nous nous demandons quelles sont les caractéristiques de
ces différentes frontières et pourquoi il est plus facile de les traverser à certains points de
passage qu’à d’autres.

Les frontières contrôlées dans le contexte de la migration vénézuélienne et du COVID-19

Google Maps

A la frontière au niveau de Ipiales (Colombie / Équateur, voir carte), les vénézuéliens sont bloqués par les autorités colombiennes faute de justificatif de casier judiciaire et à cause des restrictions imposées par l’Équateur. Alors que Diana a pu franchir la frontière en 5 minutes avec son passeport européen, des centaines de migrants vénézuéliens dormaient à même le sol dans les gares et sur les trottoirs sans pouvoir franchir la centaine de mètres qui sépare les deux pays. Traverser de manière illégale est très dangereux à cause du relief et de la Rivière Carchi, mais de plus en plus de passeurs proposent leur services pour contourner les durcissement des politiques migratoires.

Les réfugiés vénézuéliens dans la zone du pont international de Rumichaca, à la frontière équatorienne. Crédits : Reuters.
Google Maps

Au début de la crise économique, beaucoup de vénézuéliens ont pu passer en
Colombie (voir carte). Les zones comme la Guajira, où le peuple Wayuu étend son territoire
sur les deux pays, et la jungle épaisse au sud de Cucuta rendent très difficile la surveillance
de cette frontière longue de 2200 km .
Aujourd’hui, les autorités du Venezuela tentent de mieux contrôler les flux
migratoires, notamment le retour des ressortissants. Les migrants vénézueliens, sans
ressources et sans papiers à cause de l’épidémie de COVID-19, éprouvent de grandes
difficultées à revenir au pays. “Un trochero infecté est un bio terroriste » a affirmé Nicolas
Maduro sur Twitter en juillet 2020. L’armée vénézuélienne se serait alliée à l’ELN (groupe
guérillero colombien) afin d’empêcher les transites illégaux (entrants et sortants) en posant
des mines antipersonnelles et en bloquant des routes.

Militaires vénézuéliens patrouillant à la frontière colombienne. Crédits : El Periodista, Buenos Aires.

Des frontières poreuses à Leticia en Amazonie colombienne

Google Maps


La ville de Leticia fait frontière avec Tabatinga (Brésil) et Santa Rosa de Yavarí
(Pérou). L’employé de l’auberge où Diana logeait lui a proposé de la conduire jusqu’à
Tabatinga pour acheter quelques spécialités introuvables à Leticia, en lui disant de laisser ses
objets de valeur dans l’auberge, notamment le passeport. «On ne peut pas traverser la
frontière sans passeport, si?» Et bien oui.
La notion de frontière est très floue dans la région. Les trois villes frontalières dépendent
fortement de l’échange entre elles, c’est pourquoi ses limites sont presque indétectables. Ce
lien est essentiel pour les villes de Leticia et Tabatinga, mais de moindre importance pour la
ville péruvienne. Le coût de la vie à Tabatinga est élevé en raison de son éloignement de la
capitale Manaus, et c’est donc Leticia son soutien économique, puisqu’elles échangent sans
aucune taxe. Il est possible de payer en reais et en pesos, on y parle le portuñol, et la frontière
n’est fermée qu’au moment des élections colombiennes ou brésiliennes.

Le Brésil commence ici . Diana C. Ribeiro, Tabatinga, 09/04/2019.

Aujourd’hui, le cours principal de l’Amazone, qui est une voie de transport vitale
dans la région, a joué un rôle certain dans la transmission de la Covid-19, affectant en
particulier la population indigène le long de la région frontalière de ces trois pays. Leticia est
la ville la plus touchée par la pandémie . Ainsi, la Colombie a décidé de renforcer les
contrôles à la frontière avec le Brésil. Le président Bolsonaro quant à lui continue d’ignorer
les autorités sanitaires et critique les dirigeants ayant développé des plans pour combattre
l’ennemi invisible.

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