En Bolivie, le soutien des communautés indigènes et paysannes au MAS n’est pas inconditionnel

La politique bolivienne des 15 dernières années a été marquée par le Mouvement vers le socialisme (MAS) et la présidence de Evo Morales. Ils avaient proposé́ un modèle d’État et de société́ respectueux de cosmovision des peuples originels de Bolivie. Cependant, les élections de 2019 et 2020 ont montré que le soutien des communautés indigènes envers le MAS n’est pas inconditionnel.

Par Florencia Alejandra Pistan

Après le « no » à la troisième candidature de Evo Morales, lors d’un referendum (21F) en 2016, un mécontentement social généralisé s’est exprimé en Bolivie, notamment parmi les soutiens traditionnels du président bolivien.

Nous avons interrogé Selene Quispe Arzabe, une dirigeante de la nation « Killakas » dans le département de Potosí, appartenant au parti politique « Comunidad Ciudadana » et élue recensement à l’Assemblée départementale. Au cours d’un entretien, elle nous a fait part des limites qu’expriment les communautés paysannes et indigènes au système de gouvernance du MAS face à̀ la cosmovision andine et aux défis de la politique indigène.

Selene Quispe Arzabe est Psychopédagogue, spécialisé en enseignement supérieur et formation au leadership. Elle a créé et dirige également l’Association Leucasi (qui travaille avec  d’artisans, producteurs, prestataires touristiques originaux) et le Groupe des femmes auto-entrepreneurs Kantuta, du sud-ouest du Potosí. Elle intègre la Direction de l’Association Régionale des éleveurs de camélidés (ARCCA) à Uyuni, Potosi et elle est la  représentant de l’État plurinational de Bolivie auprès du Réseau International des Producteurs de Camélidés (Argentine, Chili, Équateur, Pérou et Bolivie) 

Les limites des discours politiques

Concernant le discours du vice-président, Selene Quispe Arzabe affirme: « Quand j’écoute M. Choquehuanca, je sais que nos frères autochtones sentent que c’est la vision, la logique, du pays que nous voulons construire … ». Néanmoins, « cela devrait être consolidé par la gouvernance, pas seulement par des discours ».

La leader indigène fait ainsi référence aux principes de gouvernance propres à la cosmovision andine pour comprendre les critiques adressées au MAS. « …le taku et le mullu disent que le pouvoir ne doit pas être concentré́ par une seule personne ni pendant longtemps, parce que le pouvoir corrompt les gens … il doit tourner. C’est en vertu de ces principes que la constitution politique de l’Etat a été́ faite et c’est pourquoi je dis qu’elle vient des entrailles du peuple … c’est ce principe que Monsieur Evo Morales a violé́ (en se représentant en 2019 NDLR) ».

Les femmes dans la vision du monde andin et en politique

Interrogé́ sur le rôle des femmes dans la politique, la députée de Potosi répond que « nous reconnaissons hautement la complémentarité́ », mais qu’il ne s’agit pas seulement d’une question de genre : « la complémentarité́…s’exprime entre tout ce qui existe autour de nous … et nous reconnaissons que nous faisons partie de cet ensemble … l’homme et la femme sont au même niveau, parce que tout est au même niveau. »

Selene Quispe Arzabe critique certaines pratiques du MAS en matière d’égalité homme-femme : « (le MAS) affirme représenter les paysannes et les pauvres… mais ce ne sont pas des ignorants… Je crois que les femmes ont énormément de capacités pour la gouvernance. Cependant le MAS a recruté des femmes -mais aussi des hommes- sans aucune formation ni expérience en politique. Je crois que les femmes ont beaucoup de potentiel et que, avec le principe de complémentarité́ de la cosmovision andine, nous sommes fondamentales … mais pas dans la logique du MAS. »

Un gouvernement paysan et indigène, mais pour qui?

Cette élue et dirigeante de l’altiplano bolivien affirme que : « dans les communautés autochtones, nous ne vivons pas, nous subsistons, même avec un gouvernement paysan et de gauche ».

Dans cet entretien Selene Quispe Arzabe revient sur un certain idéalisme autour des changements intervenus en Bolivie sous la présidence d’Evo Morales : « Nous sommes conscients que nous devons entrer dans un parti politique … et dans le cadre institutionnel … pour garantir le développement de nos communautés … Ce n’est qu’ainsi que nous garantirons une véritable représentation ».

Tout en tenant compte du fait que: « La plupart de nos autorités, à l’heure actuelle, ont été́ choisi par le parti (le MAS) qui désigne seul les candidats aux élections »

Les normes de gouvernance indigène établaient l’élection de représentants d’une façon collective et concerté au sein des communautés. La procédure électorale unilatérale du MAS est contraire à ces principes et elle est, par conséquent, illégitime aux yeux des communautés autochtones. 

Enfin, entre dénonciation et plaidoyer, notre interviewé exprime que: « Les paysannes, les indigènes de Bolivie et si j’ose dire d’Amérique du Sud, ne sommes pas seulement là pour tendre la main et demander des pièces de monnaie. Nous voulons construire des alliances, nous avonsbeaucoup à̀ donner et nous sommes capable de construire quelque chose ensemble. « 

Interview disponible chez Sound Cloud :

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